L’actrice fait coup double : dénoncer le génocide en direct et ridiculiser la censure des médias dominants

Sur les chaînes de télévision et de radio publiques, les éditorialistes venus de journaux condamnés pour racisme obtiennent des postes, mais une artiste qui prend position contre un génocide est effacée. La véritable cancel culture a encore frappé sur France 5.
Mercredi 9 septembre, l’émission La Grande Librairie se conclut par l’intervention d’un ou une invitée, un moment intitulé «Droit dans les yeux». Le présentateur promet «une parole totalement libre» et laisse son fauteuil à un·e artiste pour lire un billet d’humeur. Ce soir là, c’est le tour de l’actrice Adèle Haenel. Elle y évoque la difficulté de dénoncer les violences sexuelles, le poids des mots, et conclut son intervention en parlant de la Palestine. Elle dénonce «le silence télévisuel qui englue le pays» et «ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l’absence omniprésente de certaines paroles». Elle termine : «Puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence afin que tout le monde l’entende. L’État d’Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël, et libérez la Palestine». Son regard bleu transperce la caméra.
Ironie totale, alors que France Télévision présente ce format comme une «carte blanche» offerte à ses invité·es, la séquence d’Adèle Haenel est immédiatement supprimée. Pire, sur le site de la télé publique, c’est toute l’émission de la soirée qui disparaît. «Droit dans les yeux», mais loin de celui des spectateurs. La chaîne publique se ridiculise d’emblée, puisque la séquence tourne alors massivement sur les réseaux sociaux et que sa suppression lui donne encore plus d’audience, tout en prouvant l’orientation scandaleuse de sa direction.
Adèle Haenel enfonce le clou le lendemain, en racontant dans une autre vidéo : «J’ai pris la parole dans un truc qui est en direct et absolument libre, et j’ai fait un lien entre la silenciation et le déni autour des violences sexuelles et la silenciation et le déni autour du génocide en Palestine. Évidemment, on se doutait que France 5 allait supprimer l’extrait», donc elle a pris soin de l’enregistrer. Elle poursuit, s’amusant de la situation : «Ce qui est assez fou, c’est qu’ils font la démonstration parfaite de la pertinence des propos qui consistaient à dire qu’il y a certains mots, certaines réalités, que tout le monde sait, et qui ne doivent surtout pas être dites. Ce qui est bien, c’est qu’ils ont aidé à faire notre démonstration. Félicitations France Télévision !»
La direction du groupe public tente de se défaire de l’effet Streisand, mais ne convainc personne: elle explique ce 11 septembre à Télérama que les propos d’Adèle Haenel n’ont «pas pu être contrebalancés par plusieurs points de vue, ce que notre cahier des charges impose». En conséquence, «suite à l’analyse de la séquence, à titre conservatoire, nous avons procédé à la dépublication de la vidéo». Mais bien sûr. France télévision diffuse unilatéralement des propos néolibéraux, pro-Israël, réactionnaires et mensongers à longueur de journée sans jamais aucun point de vue contradictoire. Ses chaînes ont été épinglées pour de nombreuses fake news, notamment à l’égard de manifestations pro-palestiniennes, ou visant la France Insoumise. Dans certaines émissions, des éditorialistes d’extrême droite issus de Cnews et de Valeurs Actuelles sont payés avec l’argent public pour parler entre eux pendant des heures. Mais trois minutes d’une voix dissidente à l’antenne serait une absence de «point de vue contradictoire». Renversant.
Pour rappel, en janvier 2025 sur France Info, un bandeau apparaissait à l’écran lors d’un reportage sur les libérations de détenus : «200 otages palestiniens retrouvent la liberté». Pour une fois, le choix des termes employés de visait pas à criminaliser ni à déshumaniser les palestiniens qui étaient enfermés en violation totale des règles de droit par l’État israélien.
Oui, Israël détient des otages palestiniens, les torture, les viole et les exécute en prison. Mais utiliser ce mot était inacceptable pour les génocidaires, et une véritable campagne du lobby pro-Israël s’était organisée. À sa tête, la députée Caroline Yadan, porte-voix de Netanyahou en France, écrivait que ce bandeau était une «injure à l’humanité», qu’il était «abject et INACCEPTABLE» et réclamait des sanctions contre France Info. La chaîne avait immédiatement obéi et viré la personne qui avait rédigé le bandeau. Le compte officiel de la chaîne publiait : «À la suite d’une erreur inadmissible, un titre totalement inapproprié concernant la situation au Proche-Orient a été brièvement diffusé dans un de nos journaux. Le responsable a été suspendu. Nous présentons toutes nos excuses aux téléspectateurs». C’est pour tout le reste de son contenu que France Info devrait s’excuser à la population.
Muriel Attal, directrice de France Télévision répondait alors sur X à la députée Yadan, visiblement une de ses amies : «On a immédiatement réagi Caroline. La direction de l’info et ftv ont été des lucky luke :)». Après Lucky Luke, le cowboy qui tire plus vite que son ombre, la télé qui censure plus vite que la lumière.
SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE
Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !
Les cryptos-fascistes de la Big Tech peuvent supprimer Contre Attaque des réseaux « sociaux » du jour au lendemain, d’un simple clic. Pour renforcer l’autonomie des médias révolutionnaires, il est urgent de se doter de moyens de diffusion indépendants. Tous les 15 jours, recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque !



