Insolite : elle a viré Guillaume Meurice mais défend le «pluralisme» pour recruter un militant d’extrême droite


«C’est la grandeur du service public que d’être pluraliste», je veux «des gens qui ne pensent pas la même chose» ose Sybile Veil, qui a purgé France Inter


Sybile Veil (à gauche), la patronne de Radio France qui justifie le recrutement d'un fasciste (à droite) pour le pluralisme.

Le culot est sans limite. La patronne de Radio France, qui a viré Guillaume Meurice en 2023 pour une simple blague contre Netanyahou, brandit la carte du «pluralisme» pour recruter un militant d’extrême droite sur ses antennes.

Depuis le 30 août le service public, donc notre argent, rémunère un propagandiste néofasciste : un certain Charles Sapin bénéficie chaque dimanche sur France Inter d’un «éditorial politique» où il peut déverser son idéologie. Mais ce n’est pas tout, il est aussi embauché pour animer une autre chronique sur le plateau de France Info.

Charles Sapin est directeur adjoint du magazine Valeurs Actuelles, un obscur média dont la ligne éditoriale est proche du pétainisme. Ce magazine de l’extrême droite a impulsé à partir de 2012 le grand retour de la parole raciste dans l’espace médiatique. En 2015, il était condamné pour «provocation à la haine raciale» après avoir publié un dossier intitulé «Roms, l’overdose» et une semaine après une couverture avec une photo de Marianne voilée. En 2020, Valeurs Actuelles représentait la députée Insoumise noire Danièle Obono enchaînée comme une esclave. Nouvelle condamnation pour injure publique à caractère raciste.

En parallèle, Valeurs Actuelles multiplie les fake news, les campagnes d’intimidation, les contenus diffamatoires sur sa chaîne internet, et recycle toute la rhétorique vichyste sur «l’anti-France» et «l’invasion» étrangère. La France Insoumise, premier parti d’opposition, y est injurié et attaqué quasiment chaque semaine. Valeurs Actuelles est actuellement entre les mains du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui appelle à «avoir plus de bébés de souche européenne», à diffuser les valeurs catholiques intégristes et met sa fortune pour faire gagner l’extrême droite en France. Il finance notamment des écoles de journalisme, des associations et des médias pour y parvenir.

La direction de Radio France a donc choisi cet organe de propagande pour animer plusieurs émissions en pleine année électorale. C’est une promotion du racisme, un financement d’individus condamnés, mais aussi une attaque frontale contre un parti et un candidat de gauche dans le but évident d’influencer un scrutin.

Dans une motion adoptée à l’unanimité, les salariés de la radio disent leur «refus catégorique» de voir Charles Sapin prendre l’antenne. La perversité de la réponse de la patronne de Radio France, Sibyle Veil, est stupéfiante. Elle se défend en expliquant que «c’est la grandeur du service public que d’être pluraliste», qu’elle veut «des gens qui ne pensent pas la même chose», alors même que la rédaction de France Inter menace de faire grève.

C’est la même Sybile Veil qui ne tolère aucun «pluralisme» sur sa gauche. Il y a trois ans l’humoriste Guillaume Meurice avait ironisé sur Benjamin Netanyahou, qualifié de «nazi sans prépuce». Une blague bien timide étant donné l’horreur absolue des crimes commis par Israël en Palestine. Mais à l’époque, pas question de laisser passer : la direction de France Inter l’avait viré pour «faute grave». Et depuis, la radio subit une purge idéologique de ses contenus irrévérencieux. Sur France Inter, la «liberté d’expression», c’est uniquement pour écouter l’extrême droite, pas pour les blagues anti-colonialistes.

Tout le système fait bloc pour soutenir Sibyle Veil et sa nouvelle recrue. La ministre de la Culture appelle à ne pas faire de «procès d’intention» et dénonce une «chasse aux sorcières». Elle estime que «la maison de France Inter doit être ouverte. J’observe que ce pluralisme est respecté dans la rentrée de France Inter». Des propos délirants : le gouvernement défend des racistes condamnés alors qu’il n’a pas de mot assez durs pour l’antifascisme.

Même son de cloche dans certains grands médias: le présentateur Olivier Truchot, sur RMC, qualifie Charles Sapin de «journaliste sérieux, rigoureux et intègre», alors même que sa chaîne n’hésite pas à brocarder les enquêtes de Médiapart et dénonce le «manque d’ouverture d’esprit» des équipes de Radio France. Dans la grande inversion du réel, refuser le racisme est donc un manque de tolérance.

Derrière cette opération, le service public se prépare à une victoire de l’extrême droite, et semble même l’organiser. La chaîne France Info est carrément en train de doubler Cnews sur sa droite avec des émissions désormais intégralement animées par d’anciens chroniqueurs de Cnews, et des intervenants réguliers de Valeurs Actuelles.

Sibyle Veil, qui dirige Radio France, est une énarque qui s’est engagée auprès de Nicolas Sarkozy dès 2007, puis qui a été chargée de «restructurer» les hôpitaux de Paris en pleine vague de restrictions budgétaires dans la Santé, avant d’être envoyée pour dévaster la radio publique à partir de 2018. Elle fait partie de cette noblesse d’État qui va de poste en poste pour appliquer l’agenda néolibéral. Elle était aussi copine de promotion de Macron, qui l’a nommée à la tête de ce grand pôle de radio publique française.

En 2022, Sibyle Veil nommait Adèle Van Reeth à la tête de France Inter. Cette dame est en couple avec un certain Raphaël Enthoven, faux philosophe et vrai propagandiste macroniste, qui a déclaré qu’il préférait voter pour Le Pen que Mélenchon à la dernière élection présidentielle. La purge qu’elles organisent ces dernières années n’a rien d’une volonté de «gagner de l’audimat», au contraire : l’espace médiatique étant déjà saturé d’idées réactionnaires, toute une partie de la population n’est représentée par aucun grand média. Les choix éditoriaux de Sibyle Veil et Adèle Van Reeth font plonger le service public.

France Inter, jadis championne des ondes, qui battait tous les records d’audimat ces dernières années, a vu son audience s’effondrer : 458.000 auditeurs et auditrices quotidiens en moins l’année passée. Au sein de la radio, les salarié·es dénoncent une «confusion éditoriale», un «management brutal» et la crainte que Radio France «perde son âme». Et c’est toute la maison Radio France qui subit une hémorragie. France Info a perdu 76.000 auditeurs et auditrices, France Culture 162.000 et France Bleu 369.000.

S’il ne s’agit pas de quête d’audimat, alors il s’agit bien d’idéologie. Les médias privés comme publics font le choix conscient d’inonder leurs plateaux d’intervenants réactionnaires et d’effacer la parole de gauche. Notre camp ne perd pas la bataille des idées, c’est la caste à la tête des organes d’influence qui veut nous faire croire que ses propres idées seraient majoritaires. Lisez, soutenez et diffusez les médias de combats comme Contre Attaque.

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