
On entend trop parler de Carcassonne ces derniers jours. La ville de 50.000 habitants est tombée entre les mains du Rassemblement National en mars dernier, et le chef de sa police municipale s’était enregistré, sans le savoir, avec sa caméra piéton lors d’une patrouille. Une vidéo où on l’entend multiplier les propos néo-nazis sur les «nègres», les «bougnoules», les «pédés», les «gauchistes» et les «connasses», contre qui il faudrait instaurer «une dictature». Suite à ces révélations, ce chef de la police n’a jamais été sanctionné, et pour cause : il est proche du nouveau maire de la ville, Christophe Barthès.
Alors que l’élu a officiellement «dénoncé» dans les médias les propos de son policier, il n’a jamais pris la moindre mesure à son égard depuis son élection, pour la simple et bonne raison que cet ancien militaire est un membre du RN. Ce policier nommé César R. a soutenu la candidature de Christophe Barthès durant la campagne des municipales, l’a accompagné lors de ses actions, a «sécurisé le banquet de la victoire» organisé par le nouveau maire dans le centre-ville, et tout cela en portant un brassard du parti.
Mais Christophe Barthès ne se contente pas d’être entouré de policiers fascistes. Il est l’incarnation de ce que fait le RN quand il est au pouvoir dans une commune. En quelques semaines seulement, il a supprimé les subventions à la Ligue des droits de l’homme, organisation créée pendant l’affaire Dreyfus, qui défend les droits humains depuis plus d’un siècle. Il a publié un arrêté anti-mendicité pour rendre la vie impossible aux SDF. Il a refusé de prêter un local demandé par le consulat d’Algérie pour que les algériens de Carcassonne puissent voter dans le cadre des élections législatives dans leur pays. Une manœuvre anti-démocratique. Cela provoquerait une crise géopolitique si un pays refusait que des français habitant à l’étranger puissent voter dans leur ville de résidence. Et ce n’est pas tout.
Le dada de Christophe Barthès, c’est de se mettre en scène sur les réseau sociaux. Il s’est filmé au mois de juin en train de construire illégalement et maladroitement un mur de parpaings dans un local inhabité. Un lieu accusé par l’élu d’être squatté, en s’écriant «la propriété privée, c’est sacré». Depuis, il a fait murer 7 bâtiments, en affirmant qu’il va «évacuer les punks à chiens» et qu’il agit «concrètement pour défendre les droits des propriétaires».
Sauf que cette fois-ci, il est allé un peu trop loin, et ça, il ne l’a pas publié sur les réseaux sociaux. En faisant murer un nouveau lieu, il s’est trompé d’adresse. Le quotidien la Dépêche a publié des vidéos de deux hommes qui viennent, en pleine nuit, démolir les parpaings devant l’entrée le 9 septembre. Ils donnent de grands coups de masse, escortés par des policiers municipaux. «Une mauvaise information est parvenue au personnel. Les services ont muré l’entrée du 21 rue de la République mais il ne s’agissait pas du squat en question» explique le journal. Christophe Barthès passe pour un con.
Cet épisode grotesque s’inscrit dans une série de frasques. Le 25 juin, en plein conseil municipal, l’élu a sorti une lance à eau depuis le balcon de la mairie, qu’il a utilisé sur des syndicalistes qui manifestaient. Il leur a hurlé : «Allez, un peu de fraîcheur, bande de siphonnés». Sur sa vidéo, publiée sur Facebook, on peut lire «La canicule, c’est terminé !» Un maire d’extrême droite revendique attaquer, depuis la mairie, des opposant·es en les insultant et en leur jetant de l’eau, c’est scandaleux. Mais les médias ont plus parlé du jeune Hamza qui tirait au pistolet à eau à Paris au même moment que du maire de Carcassonne.
En arrosant les syndicalistes, Christophe Barthès les humiliait après avoir décidé de fermer la Bourse du Travail. Une attaque gravissime contre la liberté d’expression et d’organisation. Les Bourses du travail ont été créées au XIXème siècle, pour permettre à tous les travailleurs et travailleuses d’avoir accès, dans chaque ville, à des lieux de discussion, d’organisation et de formation. Elles permettent notamment aux salarié·es de connaître leurs droits et de lutter pour les garder. À Carcassonne, la Bourse du Travail existait depuis 89 ans. Pour faire son show anti-syndical, Christophe Barthès est même allé distribuer des cartons de déménagement à la CGT, devant la presse d’extrême droite. Et devinez qui était à ses côtés ? César R., le flic nazi. Les deux larrons n’ont pas encore muré le bâtiment.
On se demande comment les actes orduriers et stupides de Christophe Barthès ne sont pas encore la risée de toute la France, alors que les médias tombent sur les maires LFI dès qu’ils ouvrent la bouche. Par complaisance peut-être ?
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