Hamza : les médias des milliardaires battent leur record d’indignité


La France, 7ème puissance économique mondiale, est en proie à une crise climatique, sociale et politique majeure. Elle est dirigée par un gouvernement illégitime depuis plus de deux ans, frappée de plein fouet par l’inflation et la canicule. Mais le problème numéro 1 de ce début d’été selon les médias, c’est Hamza un enfant qui joue au pistolet à eau.


Hamza jouant avec son pistolet à eau fait plus de bruit dans les médias qu'un maire RN qui arrose des syndicalistes.

Si vous racontiez cela à un ami qui habite à l’étranger ou qui n’a pas la télévision, il ne vous croirait sans doute pas. Les grandes chaînes de télévision françaises viennent de passer une semaine en boucle sur Hamza, 14 ans, qui arrose les passants à Paris, en pleine vague de chaleur. Tout a été dit sur cet adolescent : qu’il «sème la terreur», qu’il «menace la République», qu’il est une «racaille» et un «délinquant» qui tient tête à l’État… Cnews, Europe 1, Le Figaro, LCI et BFM organisent des reportages et des débats sur cet enfant, envoient des reporters le long du Canal Saint-Martin, traquent sa famille, interrogent la police…

Toute la France entière connaît le nom et le visage d’un gamin. C’est peut-être l’un des épisodes de délire médiatique les plus hallucinant jamais connu, et pourtant, nos médias nous en ont offert un certain nombre. Cet emballement est tellement fou qu’on dirait un épisode de South Park ou une expérience sociale.

On peut penser ce qu’on veut d’Hamza, qu’il est un nouveau Gavroche, enfant turbulent et gouailleur comme il y en a toujours eu dans les rues de Paris, qu’il est un ado malpoli, ou tout simplement un enfant qui s’amuse avec de l’eau. Mais en faire le sujet de l’été révèle le niveau de pourrissement inédit du débat public dans notre pays. Il révèle surtout les obsessions racistes et anti-pauvres du petit monde médiatique parisien. Si Hamza s’appelait Louis et qu’il arrosait des gens dans le parc de Saint-Cloud, Cnews n’en aurait évidemment jamais parlé. Sur les réseaux sociaux aussi, c’est un véritable déchaînement de haine, sur le physique et la couleur de peau de l’ado.

Nous avons tous vu Hamza sur les écrans, mais vous ne connaissez sans doute pas Christophe. Il est âgé de 59 ans, donc il n’a pas l’excuse de la jeunesse. Christophe est surtout maire de Carcassonne, ville de 50.000 habitants dans le sud de la France. Il a donc infiniment plus de pouvoir qu’Hamza. Christophe Barthès de son nom complet est d’extrême droite, il a été élu sous les couleurs du RN.

Le 25 juin, en plein conseil municipal, Christophe a sorti une lance à eau depuis le balcon de la mairie, qu’il a utilisé sur des syndicalistes qui manifestaient. Il leur a hurlé : «Allez, un peu de fraîcheur, bande de siphonnés». Sur sa vidéo, publiée sur Facebook, on peut lire «La canicule, c’est terminé !» Un maire d’extrême droite revendique attaquer, depuis la mairie, des opposant·es en les insultant et en leur jetant de l’eau. Ni BFM, ni Cnews, ni LCI, ni aucun des médias qui se passionnent pour Hamza n’en a parlé.

Christophe est pourtant l’incarnation de ce que fait le RN quand il est au pouvoir dans une commune. En quelques semaines seulement, il a supprimé les subventions à la Ligue des droits de l’homme, organisation créée pendant l’affaire Dreyfus, qui défend les droits humains depuis plus d’un siècle. Il a publié un arrêté anti-mendicité pour rendre la vie impossible aux SDF. Il a refusé de prêter un local demandé par le consulat d’Algérie pour que les algériens de Carcassonne puissent voter dans le cadre des élections législatives dans leur pays. Une manœuvre anti-démocratique. Cela provoquerait une crise géopolitique si un pays refusait que des français habitant à l’étranger puissent voter dans leur ville de résidence. Il s’est aussi filmé en train de construire illégalement et maladroitement un mur de parpaings dans un local inhabité, accusé par l’élu d’être squatté, en s’écriant «la propriété privée, c’est sacré».

Quel est le motif de l’arrosage des syndicalistes ? Christophe Barthès veut priver les syndicats de Carcassonne de leur Bourse du Travail. C’est une attaque gravissime contre la liberté d’expression et d’organisation. Les Bourses du travail ont été créées au XIXème siècle, pour permettre à tous les travailleurs et travailleuses d’avoir accès, dans chaque ville, à des lieux de discussion, d’organisation et de formation. Elles permettent notamment aux salarié·es de connaître leurs droits et de lutter pour les garder. À Carcassonne, la Bourse du Travail existait depuis 89 ans, et le RN est donc en train de la fermer. C’est historique. Pour faire son show anti-syndical, Christophe Barthès est même allé distribuer des cartons de déménagement à la CGT, devant la presse d’extrême droite. Une provocation indigne.

Le petit cirque de Christophe Barthès s’inscrit dans une offensive générale des nouveaux maires RN, qui prennent des mesures contre les cérémonies mémorielles, contre les immigré·es, contre les associations… Et qui diffusent même parfois des chants pétainistes.

Guerre aux pauvres, aux syndicats, aux étrangers, agression d’un rassemblement depuis le balcon de la mairie… Il n’y a aucune raison pour que Christophe ne provoque aucune polémique, alors qu’Hamza fait la Une des médias. Aucune, sinon un climat profondément raciste et des médias qui préparent l’arrivée au pouvoir du RN.

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