Prix du carburant : Macron jette de l’essence sur le feu


Analyse : mensonges éhontés et choix politiques désastreux alors que la crise énergétique va déferler comme un tsunami, exigeons un état d’urgence sociale


Un Gilet Jaune portant un masque de Macron devant une barricade enflammée.

Comme à chaque crise, le gouvernement Macron rajoute du chaos, de l’anxiété et de l’insécurité plutôt que de protéger la population. Ce vendredi 18 septembre, le président jubile : il est en fin de règne et impopulaire, mais il peut revenir au centre du jeu et enfiler le rôle de personnage principal qu’il adore, ça flatte son égo.

Il a convoqué les dirigeants des partis politiques pour leur parler de la «dégradation rapide de la situation internationale». Il a surtout convoqué à l’Élysée les responsables du renseignement français : DGSI et DGSE, les services secrets de la police et l’armée, le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale et la Direction générale de l’énergie dans la salle de crise «Vega». Pour mieux préparer l’appareil d’État à une éventuelle révolte ?

À la sortie de cette réunion, Macron a prononcé quelques mots qui jettent de l’essence sur le feu du désespoir social. En plus de balayer d’un revers de la main l’idée de baisser les taxes ou de bloquer les prix des carburants, il a osé : «Nous avons énormément protégé les Français, beaucoup plus qu’ailleurs en Europe» ou encore : «Les prix à la pompe ne sont pas la conséquence de décisions gouvernementales, mais de la situation géopolitique».

C’est un triple mensonge.

D’abord parce que les prix sont évidemment une question politique, et reposent donc sur des décisions gouvernementales. Les taxes représentent environ 50 à 60% du prix total d’un litre de carburant en France, soit plus d’un euro sur un litre d’essence actuel. Il aurait pu faire le choix de diminuer les aides aux patrons ou les dépenses militaires pour financer un encadrement des prix et aider les foyers les plus précaires. Il ne l’a pas fait. C’est bien une décision. On peut même ajouter que, plus le prix du litre augmente, plus l’État français récolte de taxes, c’est rentable.

Ensuite, dire que le gouvernement aurait plus «protégé les français» qu’ailleurs en Europe est totalement faux. En Espagne, les autorités ont diminué les taxes et mis en place des aides pour limiter la hausse des prix du carburant. Même chose en Italie. En France, comme d’habitude, la plèbe peut crever. Jusqu’à ce qu’elle explose. Dans plusieurs pays voisins, des diminutions massives des prix du train ont également été appliquées, alors qu’en France, le transport ferroviaire est devenu un luxe. Ce serait pourtant une mesure de bon sens que de développer ce moyen de transport peu polluant et efficace, pour faire face à la hausse du prix de l’essence et aux crises énergétiques à venir.

Enfin, parce que le prix du baril de pétrole n’est pas plus élevé aujourd’hui qu’à certaines époques. Il est actuellement autour de 110$ sur le marché international. C’est haut, mais moins qu’en 2008, quand il atteignait 147$ au mois de juillet. Et à la pompe, le litre de carburant en France coûtait en moyenne entre 1,30€ et 1,50€ à l’époque. Alors pourquoi, si le baril est moins cher qu’en 2008, le prix à la pompe coute le double ? Parce que l’État et les intermédiaires se gavent beaucoup plus en 2026. Même chose entre 2011 et 2014, le prix du pétrole sur les Marchés était supérieur à celui d’aujourd’hui, et le tarif à la pompe plus bas.

De tels mensonges sont extrêmement inquiétants, car il y a bien une crise énergétique et agricole majeure qui nous arrive dessus comme un tsunami. L’Arabie Saoudite vient d’annoncer qu’elle n’enverra aucun pétrole brut aux raffineries européennes durant tout le mois d’octobre.

En effet, le 10 septembre, un de ses oléoducs stratégiques, celui qui permettait de contourner le détroit d’Ormuz, a été bombardé par les Houtis. Des stations de pompage ont été endommagées. Le port de Yanbu, qui permettait d’exporter le pétrole arabe vers le reste du monde, est à l’arrêt et sa raffinerie a été détruite. Tout cela est la conséquence directe de l’agression des USA contre l’Iran: autrement dit Trump, l’allié de Macron et des dirigeants européens, a provoqué une crise géopolitique et énergétique mondiale. Et les USA n’en paieront pas le prix, puisqu’ils ont la main sur d’énormes réserves de pétrole, contrairement à l’Europe. La bÊtise des dirigeants européens, qui auraient dÛ faire front commun contre l’impérialisme étasunien plutôt que de se soumettre à lui, leur revient en boomerang.

On imagine à peine les conséquences de telles ruptures d’approvisionnement. Ce sont des dizaines de millions de litres de diesel qui étaient produits quotidiennement à Yanbu puis exportés, ainsi que du soufre pour l’agriculture intensive.

Ce tableau est sombre, mais nous l’avons suffisamment répété : tout n’est que question de répartition de richesses et de volonté politique. Il faut exiger en urgence des mesures de protection et un état d’urgence sociale, faute de quoi des dizaines de millions de personnes souffriront ces prochains mois. Il faut aussi en finir avec les guerres impérialistes qui menacent les équilibres mondiaux, ce qui se répercute dans nos vies quotidiennes.

Mais avec ce gouvernement sans foi ni loi, qui n’a pas été capable de trouver de simples masques en tissu pendant la crise du Covid, cela ne passera que par le rapport de force dans la rue.

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