À Tours, la Maison Internationale Populaire – MIP – est un lieu qui héberge depuis un an et demi, en autogestion, entre 70 et 80 personnes dont 20 enfants. Il est menacé d’expulsion par l’administration, tandis qu’un militant d’extrême-droite organise une mobilisation pour empêcher leur relogement.

Un espace de vie autogéré
Depuis avril 2025, la Maison Internationale Populaire garantit un toit à plusieurs dizaines de personnes : certaines seules, mais aussi des familles et notamment une vingtaine de mineurs dont deux bébés, qui ont trouvé refuge dans cet espace de vie autogéré.
La MIP s’est installée dans des bâtiments vides du centre-ville de Tours appartenant à la Société d’Équipement de la Touraine (SET) qui fut, d’après son propre site Internet, « fondée pour réaliser les projets d’intérêt général souhaités par les collectivités ». Selon cette même source, il s’agit d’une Société d’Économie Mixte détenue à 80% par les collectivités locales, chargée de l’aménagement et de la construction pour le compte du département d’Indre-et-Loire et de la métropole de Tours.
En avril 2025, une vague d’expulsions à l’issue de la trêve hivernale pousse des personnes jetées à la rue à s’organiser sans attendre le soutien de l’État. Des bâtiments vacants appartenant à la SET sont investis et la MIP est créée. Depuis bientôt un an et demi, le lieu s’autogère avec succès, aussi bien sur le plan de l’habitat que de la vie en communauté. En plus des raccordements à l’eau potable et à l’électricité ou de la culture d’un jardin partagé, habitant·es et bénévoles organisent régulièrement des banquets, concerts, projections et conférences, participant ainsi activement à la vie culturelle de la ville de Tours.

Un risque d’expulsion et des obstacles au relogement
Jusqu’à présent, la MIP reçoit le soutien de la mairie de Tours, notamment de son maire EELV Emmanuel Denis et de son adjointe LFI au logement Marie Quinton. La commune avait accepté de réhabiliter Beausite, un bâtiment appartenant à la métropole, pour le confier à la MIP et y loger ses habitant·es.
Mais c’était sans compter sur l’opposition d’un groupe de riverains du futur logement qui, avec le soutien du militant d’extrême-droite Alexandre Boumedienne, dit Boumi, s’efforce de mettre la pression sur la mairie. Ce dernier, qui est par ailleurs représentant du Comité du 9 Mai et porte-parole du Mouvement chouan, est intervenu à leurs côtés en réunion et sur Instagram pour le compte du groupuscule néofasciste Des Tours et des lys.
En l’état actuel des choses, le nouveau bâtiment ne pourra ouvrir ses portes qu’en décembre 2026 au plus tôt, et les riverains opposés au projet ont entamé des procédures judiciaires pour en freiner l’avancement. Pour couronner le tout, la MIP vient d’être mise en demeure par la SET et est désormais menacée d’une expulsion imminente, moins d’un mois et demi avant le début de la trêve hivernale.
La MIP demande donc aux autorités de prendre leurs responsabilités, par exemple pour la mairie en prenant des arrêtés anti-expulsion et de réquisition des logements vacants. Cela permettrait de patienter jusqu’au début de la trêve hivernale le 1er novembre, soit dans moins de 6 semaines. D’après le maire lui-même : “À Tours, pour n’avoir plus personne à la rue, il n’y a pas 36 solutions, il y en a 3500”, faisant référence à un décompte du nombre de logements vacants dans la ville.
Une responsabilité étatique
Il est important de rappeler la responsabilité de l’État et donc de la préfecture dans ce dossier :
dans une décision du 28 juillet 2026, le tribunal administratif de Strasbourg rappelle que l’État doit «mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale». En l’absence de solution de relogement, l’expulsion de la MIP pourrait donc faire courir à la préfecture le risque de méconnaître ses obligations légales en matière d’hébergement d’urgence.
Pourtant, du côté de l’État, l’heure est paradoxalement à une répression toujours plus féroce des squats : il y a un mois a eu lieu la promulgation, trois ans après celle de la loi Kasbarian, de la loi RIPOST qui offre notamment aux préfets des moyens répressifs supplémentaires contre les squats.

Pour cette raison, la MIP n’est aujourd’hui pas simplement une réponse à un problème de logement. Par sa défiance envers un modèle capitaliste toujours plus violent, ainsi que par son mode de gestion en pleine autonomie et en totale indépendance vis-à-vis de l’État et des marchands de sommeil, la MIP se pose en contre-société. Elle est une proposition concrète et fonctionnelle d’un autre modèle de vie en communauté, égalitaire et respectueux de la dignité inaliénable de chaque être humain. Tout ce que haïssent ensemble le capitalisme et l’extrême-droite.
Comment soutenir la MIP ?
Le lieu organise jusqu’au 26 septembre un festival de soutien dans des bars du centre-ville de Tours. Un documentaire sur les premiers mois de la MIP a par ailleurs été produit et a déjà été projeté plus d’une dizaine de fois à Tours. D’autres projections sont à venir, notamment le 27 septembre au cours d’une soirée organisée par un collectif d’artistes indépendantes et le 10 octobre au Cinéma Studio.
Une pétition de soutien à la MIP est également en ligne, ainsi qu’une cagnotte. Enfin, un communiqué signé par des organisations soutenant la MIP est consultable sur sa page Instagram.
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