Les directions syndicales vont-elles regarder des milliers de lycéens se faire violenter sans réagir ?

Plus de 1.200 arrestations de mineur en quatre jours, au moins deux adolescents mutilés, des centaines d’autres blessés, des dizaines de vidéos d’exactions commises par des policiers sur des enfants… Et toujours aucune réaction des organisations syndicales !
Pourtant, il faut rappeler que le mouvement de Mai 68 dont tout le monde se réclame, est à la base une réaction de soutien à la jeunesse réprimée. On l’oublie souvent, mais cette année là, les directions syndicales ont eu le courage de lancer un appel à la grève pour soutenir le mouvement étudiant qui faisait face aux violences policières. Avec les suites que l’on connaît.
En 1968, la colère sociale gronde depuis des mois dans le monde ouvrier, alors qu’en parallèle, les universités sont en pleine agitation. Il y a des actions étudiantes dans plusieurs facs, notamment à Nantes dès février, puis en mars à Paris. La Sorbonne est occupée durant les premiers jours du mois de mai. C’est ainsi que le gouvernement De Gaulle déclenche la répression.
Le 3 mai 1968, les forces de l’ordre interviennent et interpellent des étudiants. Il y a des affrontements à Paris mais aussi dans plusieurs villes de France. La colère de la jeunesse explose dans la nuit du 10 au 11 mai : c’est la fameuse «Nuit des barricades». Au cœur de Paris, il y a des combats toute la nuit, des rues couvertes de pavés, des dizaines de voitures retournées ou brûlées, des jets de cocktails Molotov et des centaines de manifestants arrêtés.
Pour se rendre compte à quel point la France de 2026 est fascisée, et à quel point ses médias sont pourris, il faut regarder Mai 68. À l’époque, ce qui indigne l’opinion, ce ne sont pas quelques barricades et affrontements, mais l’arrestation de centaines de jeunes. Un fort mouvement de solidarité avec les étudiants a lieu, et les médias donnent la parole aux jeunes mobilisés…
Le 12 mai, les directions syndicales appellent à une journée de grève le lendemain contre la répression. On trouve parmi les signataires la CGT, la CFDT – aujourd’hui très à droite – et la FEN, un syndicat enseignant. La CFDT écrit notamment : «En se déclarant solidaire des manifestations étudiantes, la CFDT en a ressenti les motivations profondes […]. À la liberté dans les universités doit correspondre la même liberté dans les entreprises. Le combat des étudiants rejoint celui mené par les travailleurs depuis la naissance du syndicalisme.»
À Paris, 1 million de personnes manifestent, et les taux de grévistes dans les entreprises sont très élevés. Il faut dire qu’à l’époque, il n’y a pas BFM, Cnews ou France Info pour parler de «casseurs» et réclamer des «condamnations». Ce que tout le monde condamne, c’est les violences d’État. En tête du cortège, une banderole commune proclame : «Etudiants, enseignants, travailleurs solidaires». Le même jour, 50.000 personnes manifestent à Marseille, 40.000 à Toulouse, 35.000 à Lyon, 20.000 à Nantes, 12.000 à Rennes, 10.000 à Caen ou Limoges.
Les slogans expriment le raz-le-bol du gouvernement en place : «Dix ans, ça suffit», «Adieu de Gaulle», ou «De Gaulle au musée». Pour rappel, cela fait 10 ans que nous subissons les horreurs du macronisme. À Paris, l’immense manifestation a lieu dans le calme, car les policiers ne se montrent pas. Autrement dit, le gouvernement actuel est infiniment plus violent et irresponsable qu’il y a 60 ans.
Le succès de cette journée de grève est tel qu’elle est le point de départ de nombreuses autres grèves dans les entreprises. Des usines sont occupées et des patrons séquestrés. Les directions syndicales sont débordées. Il y aura jusqu’à 10 millions de grévistes et des manifestations monstres. Le pays est paralysé et le gouvernement est obligé de faire d’importantes concessions sociales. Il a bien failli tomber durant ce mois de révolte.
Cette page de l’histoire nous rappelle que cette victoire a été possible parce que les organisations ont tenu tête aux violences policières et n’ont pas abandonné la jeunesse. Pourquoi ce qui était possible en 68 ne l’est pas aujourd’hui ? Comment se fait-il que la répression, beaucoup plus violente contre les jeunes en 2026 provoque moins de réaction qu’en 1968 ? Les directions syndicales vont-elles regarder des milliers de lycéens se faire réprimer sans réagir ?
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