Le gouvernement assume la possibilité de tuer des lycéens

«Il n’y a aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement à disposition des forces de sécurité intérieure» contre les lycéen·nes. C’est la phrase, incroyable mais vraie, aussi terrifiante que révoltante, prononcée par le Ministre de l’Intérieur de Macron sur TF1 le 2 octobre.
Les armes comme le LBD ou les grenades de désencerclement sont qualifiées par des ONG comme Amnesty International comme des armes de torture. Laurent Nunez se vante d’être un tortionnaire d’enfants, et revendique même l’escalade de la violence.
En démocratie, un dirigeant formulerait au contraire des consignes de retenue maximale face à des mineurs dans un contexte aussi sensible. Le régime en place parle la langue des dictateurs sans même se cacher. Assumer à ce point une absence de «retenue» après la semaine qui vient de s’écouler, les centaines de lycéen·nes blessé·es, les trois mutilés, les vidéos de violences, c’est assumer qu’il y ait des morts. Notre gouvernement prend la responsabilité de tuer des mineurs.
Dans cette interview donnée au journal télévisé de TF1 vendredi soir, la journaliste déroule tous les éléments de langage les plus odieux : le policier soi-disant «lynché» à Belfort, les dégradations, les prétendues «manipulations» de lycéen·nes par LFI. Et puis, en fin d’échange, elle ose enfin faire un peu de journalisme, avec une question un peu dérangeante. Elle demande à Laurent Nunez : «Certains ont dit qu’en début de semaine, votre réponse à cette mobilisation a été disproportionnée et que c’est ça qui a mis le feu aux poudres. Qu’avez-vous à répondre ce soir ? On a vu quand même des lycéens être relativement malmenés par des policiers…»
Réponse du ministre : «Vous avez, sur la droite ou l’extrême droite de l’échiquier politique, des gens qui disent que le ministre de l’Intérieur donne des consignes de retenue. C’est faux, il n’y a aucune consigne de retenue». Ce gouvernement assume qu’il ne regarde plus qu’à l’extrême droite, et s’aligne sur ses standards. Il est interrogé sur la répression, il répond qu’il veut rassasier la soif de sang des fascistes.
La journaliste l’interrompt : «Mais justement, c’est ce que je vous dis. Est-ce que ça a été disproportionné ? Il y a quand même certains lycéens qui ont été blessés…» Nunez poursuit froidement «… et il n’y a aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement intermédiaire à disposition des forces de sécurité intérieure. On bascule dans de l’émeute, de la violence urbaine, on utilise toutes les armes intermédiaires».
Au cours de l’entretien, il revendique aussi fièrement les 5.000 arrestations de ces derniers jours, un chiffre qui devrait donner honte à n’importe quel dirigeant, et que mêmes les régimes autoritaires tentent d’habitude de dissimuler.

Ce samedi 3 octobre, le cabinet du Préfet de Paris se met en scène en train de féliciter les policiers déployés en Île-de-France ces derniers jours face aux lycéen·nes. Cette vidéo mise en ligne est accompagnée d’un commentaire : «L’occasion de saluer leur engagement, leur professionnalisme et leur sang-froid face aux casseurs, mais aussi de leur témoigner la fierté de toute la préfecture de police». La fierté ! Vous avez bien lu. Deux mineurs ont été mutilés en région parisienne, l’un a la mâchoire quasiment arrachée, l’autre a perdu un œil, et ils sont fiers. Nous avons définitivement basculé.
«Absence de retenue», «fierté» de mutiler, et tout cela combiné avec la loi de «présomption de légitime défense» votée cet été : le régime ne reculera plus devant rien. Nous avons le droit de nous défendre.
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