Révolte en Guadeloupe : un jeune homme de 23 ans placé dans le coma après avoir été percuté par la gendarmerie


Nous l’expliquions dans nos derniers articles, le soulèvement de la jeunesse a démarré des colonies d’outre-mer, où le mépris du pouvoir vis-à-vis de la population est encore plus fort qu’en Métropole. Et la colère sociale a débuté bien avant le 17 octobre en Guadeloupe, avec des barrages bloquants installés sur les routes.


Un camion de gendarmerie devant un barrage routier en Guadeloupe, où la colère n'a pas attendu le 17 octobre pour exploser.

C’est dans ce contexte que, dans la nuit du 20 au 21 octobre, Wendy Olibrice a été percuté par un véhicule de la gendarmerie. Victime de graves blessures au thorax, au pancréas et au bassin, le jeune homme de 23 ans a subi une lourde opération et a dû être placé dans un coma artificiel. Sa famille et son avocate demandent vérité et justice.

Les proches de Wendy ont réussi à récolter des témoignages sur les lieux du drame. Alors que les autorités affirment que la victime a été simplement effleurée par les gendarmes, les versions des témoins données à la famille indiquent le contraire. À partir de ces éléments, sa tante raconte au média Guadeloupe 1ère : «Ce n’est pas effleuré. Ils l’ont renversé, percuté. Ils lui ont roulé dessus. Ils l’ont battu et ils l’ont menotté». Lors du drame, la gendarmerie envoyait son dispositif contre l’installation d’un barrage à Basse-Terre.

Encore plus troublant, on apprend que les forces de l’ordre ont caché les blessures extrêmement graves à sa famille, et ont d’abord dit que Wendy était incarcéré : «J’ai appelé toutes les brigades, il n’était nulle part».

Ce n’est que bien plus tard que sa tante apprend que son neveu était en fait hospitalisé dans un état grave. On lui explique que les militaires l’ont pris en chasse et effleuré, «c’est l’information qu’on a eue» explique-t-elle aux journalistes. Après la rencontre avec les médecins de l’hôpital, elle se rend compte que les gendarmes ont tenté de maquiller leur tentative de crime.

Un des amis de Wendy s’interroge : «On aimerait savoir ce qui s’est passé, savoir ce qu’il a fait, ce qu’il a pu faire pour qu’on puisse en arriver là. Parce que selon nous, il n’y a aucune raison qui justifie l’état dans lequel il est actuellement». Même son de cloche du côté de l’avocate de la victime, Me Maritza Bernier, qui évoque «un pneumothorax, des côtes fracturées et un pronostic vital engagé». «Wendy, dans le dossier, est une victime, je tiens à le préciser. […] On parle d’un jeune de 23 ans qui est inconnu des services et pour lequel, en l’état, il n’y a rien qui puisse justifier de telles lésions».

Dans un communiqué lamentable publié le 24 octobre, le parquet tente de protéger les gendarmes, en affirmant que le jeune homme aurait été pris en chasse sur un barrage et aurait chuté devant le véhicule des forces de l’ordre. Après de multiples changements de versions, ce serait la victime qui serait responsable de ses propres lésions, alors que tous les témoignages racontent le contraire.

Une enquête est finalement ouverte pour blessures involontaires par une brigade de recherche de Pointe-à-Pitre. Liza Ravalière,la tante de la victime, est désemparée : «N’essayez pas d’étouffer l’affaire. (…) Moi, je réclame que les personnes en cause soient jugées pour leurs faits, leurs actes, et que tout le monde assume». «Il a 23 ans. 23 ans ! Et il a perdu sa mère au mois de mars. J’ai perdu ma sœur au mois de mars. Je ne pourrai pas perdre quelqu’un d’autre. Là, franchement, non…»

La terreur coloniale gronde dans les Antilles. Ne détournons pas le regard, et réclamons avec ses proches la justice pour Wendy.

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