Annonces du gouvernement : ils proposent des miettes, réclamons la boulangerie. Le gouvernement ne sait plus comment éteindre le mouvement de la jeunesse

«Ce n’est pas normal qu’à six mois d’une élection présidentielle, notre pays soit dans cet état d’ébullition» lance Emmanuel Macron, blême, lors d’une conférence de presse ce lundi 26 octobre. Comme un pompier qui viendrait d’allumer un baril d’essence dans une forêt et aurait perdu le contrôle de l’incendie.
En parallèle, le Premier Ministre et le Ministre de l’Éducation ont invité en urgence des influenceur·ses puis des syndicats lycéens et étudiants pour négocier. Une mascarade : des influenceuses révèlent qu’elles ont été contactées par le gouvernement la veille au soir sur Instagram pour faire de la figuration et tenter d’amadouer la Gen Z, alors même que le gouvernement veut à tout prix censurer les réseaux sociaux. Parmi les «représentants» du mouvement, on trouve aussi l’invraisemblable faux lycéen et vrai militant macroniste Nathanaël Combary, dont tout le monde sait qu’il est un imposteur absolu, mais qui est placé là pour faire illusion et parle à nouveau dans tous les médias pour appeler à la négociation et à l’arrêt du mouvement. Les syndicats de la sociale-démocratie aussi ont accepté le rendez-vous plutôt que d’envoyer valser ce régime qui mutile et enferme des milliers de jeunes en lutte.
Quoiqu’il en soit, cette mise en scène montre que le gouvernement est au pied du mur. Après 5 semaines de blocages et de manifestations monstres, il est arrivé au bout. Il a mis en œuvre la plus vaste répression de la Cinquième République, orchestré les plus grandes campagnes d’intoxication médiatiques depuis Vichy, et il demande désormais de négocier. Rappelez vous, il y a quelques semaines seulement Édouard Philippe et les éditorialistes ricanaient sur les lycéen·nes qui, selon eux, manifestaient parce que «la cantine c’est pas bon». Ces ignobles boomers ne rigolent plus du tout.
Et ça, c’est parce qu’il y a un énorme rapport de force qui ne faiblit pas. Macron a construit ses 10 ans de pouvoir sur le principe de ne jamais faire la moindre concession, de ne jamais reculer, de ne jamais négocier. Il est toujours passé en force, a humilié les syndicats durant ses deux mandats, même quand il y avait des millions de personnes dans la rue contre la réforme des retraites. Il n’a jamais écouté le peuple, et encore moins la rue. Il n’a plié le genoux qu’à deux reprises : pendant les Gilets jaunes, et maintenant. Deux moments de soulèvement, de flammes, de joie, de débordements, et de policiers tenus en échec.
Cela doit nous enseigner, une fois de plus, que les parcours encadrés et les «journées» isolées de grève syndicales ne sont rien d’autre que du maintien de l’ordre, et que les mouvements auto-organisés et offensifs sont les seuls à obtenir des résultats. Oui, quoiqu’on en pense, la «violence» ça marche. Mieux que les cortèges «responsables» et inoffensifs en tout cas.
Maintenant, que disent ces négociations ?
Le gouvernement prévoit de mettre fin à Parcoursup en 2028, et à plus de «transparence» sur les orientations des bacheliers en 2027. Ça ne coûte rien de l’annoncer : en 2028, Macron ne sera plus au pouvoir. Mais c’est une reconnaissance de ce que dénoncent les lycéen·nes depuis des années : ce système est injuste et détestable.
Autre promesse : un maximum de 28 élèves par classe de seconde à la rentrée prochaine. Même chose, les élections seront passées d’ici là et cela n’engage à pas grand chose. Mais cela prouve à tout le monde qu’il est possible et nécessaire de réduire les effectifs. 15.000 places supplémentaires sont annoncées dans l’enseignement supérieur. Une misère, quand on sait que ce sont 126.000 étudiant·es qui étaient sans affectation faute de places dans l’enseignement supérieur à la rentrée dernière. 5 milliards d’euros, sous forme de prêts, sont promis pour rénover les établissements scolaires, alors même que les besoins sont estimés à 40 milliards. Un autre aveu que les lycées, collèges et facs sont dans un état lamentable.
Le gouvernement annule aussi 800 suppressions de postes de profs dans le secondaire : le mouvement a donc vaincu l’austérité dans l’Éducation Nationale, alors que les budgets réduisaient chaque année le nombre d’enseignant·es. 900 recrutements doivent également compenser les profs absents. Quelques semaines de blocus et d’affrontements ont arraché plus que 20 ans de syndicalisme enseignant à base de pétitions, de sit-in et de négociations bidons auprès des institutions.
Dernières mesures : une réévaluation du contrôle continu, des modifications dans les pauses, et une augmentation des bourses étudiantes dès cette année pour faire face à l’inflation. Là encore : des années de protestations molles et d’AG étudiantes ennuyeuses sont ringardisées par le soulèvement autonome de la Gen Z.
Entendons-nous bien : ce n’est pas une victoire. D’abord parce qu’il ne faut jamais croire aux promesses de macronistes. Ces gens sont le mensonge et la perversité incarnée, et il est évident que ces petites concessions seront vite jetées à la poubelle si la situation de calme.
Surtout, parce que l’immense mouvement actuel n’a pas pour objectif de rapiécer avec un pansement une Éducation Nationale en lambeaux, inégalitaire et injuste. C’est le cri de toute une génération qui refuse de vivre dans un monde agonisant, sans perspective ni avenir. Cela va infiniment plus loin qu’une question budgétaire ou de salles de classes, et tout le monde en est parfaitement conscient.
Pour autant, la victoire c’est que le régime a peur. Il est terrifié et tente de reprendre le contrôle, pour que la campagne électorale puisse commencer et que la jeunesse rentre chez elle. Pour ça, il est prêt à lâcher du lest. Si le mouvement s’amplifie dans les jours à venir, ce ne sont pas des miettes que nous pouvons obtenir, mais toute la boulangerie. C’est donc le moment idéal pour accélérer.
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