Villages évacués, pluies diluviennes, transports fortement perturbés, températures très au dessus des normes : la France vit sous l’eau

Il est plus facile d’être climatosceptique dans un pays plutôt épargné par le réchauffement climatique que lorsque l’on habite, au hasard, l’île de Nauru. Un pays insulaire du Pacifique, qui est littéralement en train de couler à cause de la montée des eaux. Cette minuscule République en est arrivé à monnayer sa nationalité, afin de financer le transfert de l’intégralité de sa population. Ainsi, pour 105 000 euros, vous pouvez acheter un vrai passeport doré, puisqu’il vous ouvre les portes de nombreux pays.
Néanmoins, la France est de moins en moins épargnée, et il devient compliqué de continuer à nier le changement climatique quand on a les pieds dans l’eau depuis un mois. La période que nous vivons bat en effet tous les records. Avec 37 jours de pluie consécutifs entre le 14 janvier et le 19 février, on tient le record depuis le début des mesures en 1959. L’ancien record était de 32 jours en octobre 2023. « Avec 74 mm en moyenne, c’est aussi la période de 7 jours la plus arrosée en janvier, février, ou bien mars, depuis février 1990 » ajoute le prévisionniste de Météo-France François Jobard sur Bluesky. En janvier, l’excédent pluviométrique a atteint les 30%. La Charente-Maritime, le Maine-et-Loire, la Gironde et le Lot-et-Garonne restaient en vigilance crue maximale aujourd’hui. C’est un autre record : 33 jours de vigilance crue, l’événement est devenu ce qu’on appelle une crue généralisée. Mercredi à 16h, six tronçons de cours d’eau étaient en vigilance rouge, 22 tronçons en vigilance orange et 133 tronçons en vigilance jaune. La fin de la pluie prévue ce week-end ne signifie pas le retour à la normale, Vigicrue explique que « l’accalmie des pluies qui s’installe ne signifie absolument pas pour nous l’arrêt des crues[…] globalement les décrues vont être très lentes vu les niveaux d’eau qu’on a atteints dans les rivières et vu la saturation des sols actuels ». Une personne est portée disparue dans le Maine et Loire.
Oriana, Nils, Pedro… les tempêtes se sont succédées sur le territoire depuis le début de l’année. Et ce n’est qu’un avant goût de ce qui nous attend, emballement climatique oblige. En effet, chaque dixième de degré supplémentaire apporte une évaporation plus importante, et donc des pluies plus intenses. « Dans les années à venir, les tempêtes hivernales vont apporter de plus en plus de pluies. La situation que l’on vit actuellement, elle est amenée à devenir beaucoup plus régulière, et même beaucoup plus grave », rappelle la climatologue Françoise Vimeux. Les températures sont très au dessus des moyennes d’un mois de février. L’hiver 2025-2026 fait déjà partie des 10 plus doux depuis 126 ans au moins. Dans les prochains jours, une anomalie positive de plus de 5°C est prévue. Le bilan thermique de ce mois de février terminera au dessus des 3°C d’excédent. Il fera plus de 20°C dans de nombreuses villes, y compris du nord de la France. La végétation devrait démarrer la semaine prochaine. Depuis 2019, les mois de février sortent complètement du cadre hivernal et deviennent un mois de «printemps» pour la végétation.
En outre, ce surplus de pluie ne garantit absolument pas l’évitement de sécheresse en été : il suffit d’une canicule pour assécher les nappes phréatiques.
Depuis des années, les experts du climat tirent la sonnette d’alarme : notre pays n’est absolument pas prêt à affronter les conséquences du changement climatique. Après des décennies d’imperméabilisation des sols, d’agriculture intensive, de bétonisation massive, d’assèchement des zones humides, notre sol est tout simplement incapable d’absorber ces quantités d’eau. « En gros, tout ce qui permettait de ralentir et d’infiltrer l’eau a été détruit ou dégradé » explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges à Reporterre. « Avec nos sols appauvris, nos forêts uniformes, nos villes imperméables, on a détruit la capacité des milieux à absorber et à recycler la pluie » ajoute-t-elle.
Mais ne comptez pas sur les autorités pour endiguer la catastrophe. Un exemple parmi d’autres, révélé par l’observatoire des multinationales ce vendredi 19 février : l’État français, à travers la Caisse des dépôts et consignations, n’est rien de moins que l’un des plus gros actionnaires de Totalenergies. Totalenergies, l’une des entreprises les plus polluantes au monde, responsables du réchauffement climatique. Il finance donc directement ceux qui sont responsables de la situation actuelle.
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