Mensonge policier : épisode 1312


«Eh babouin ! Eh macaque !» Un policier raciste se défoule sur un adolescent de 17 ans, puis ment sur le procès-verbal. Condamné à du sursis, il continuera à exercer.


«Eh babouin ! Eh macaque !» Un policier raciste se défoule sur un adolescent de 17 ans, puis ment sur le procès-verbal. Condamné à du sursis, il continuera à exercer.

La police française, bénéficiant d’une impunité généralisée, se croit désormais tout permis, comme le montre cette affaire qui vient d’être jugée à Bobigny. Ousmane a 17 ans. Il y a un an, alors qu’il est tranquillement assis au pied d’un immeuble, il a le malheur de croiser un équipage de police. Un des agents lui hurle immédiatement «Eh babouin ! Eh macaque !» en courant dans sa direction. Dans un déferlement de violence gratuite, Ousmane va alors recevoir de ce même policier un torrent d’insultes ainsi que deux coups de poing au visage, avant d’être menotté. La scène, insoutenable, dure 16 longues minutes.

Lors de la rédaction du procès-verbal consécutif à l’interpellation, le policier écrira pourtant que l’adolescent a essayé de s’enfuir à plusieurs reprises et va même jusqu’à porter plainte pour «violences et rébellion sur personne dépositaire de l’autorité publique». Une inversion sidérante de la réalité, qui aurait pu conduire Ousmane au tribunal, voire en prison. Mais dans un coup de chance, la caméra piéton du policier s’est déclenchée sans qu’il ne s’en aperçoive. Au tribunal, les images dévoilent donc une version très différente des mensonges du fonctionnaire, où le seul tort de l’adolescent était sans doute de ne pas avoir la bonne couleur de peau, ou de ne pas habiter le bon quartier.

Cette tactique de défense régulièrement utilisée dans les affaires de violences policières, consiste à systématiquement porter plainte contre les victimes d’agressions. C’est ce qui permet l’impunité policière en imposant le silence à celles et ceux qui en subissent la violence. Sans autres preuves que leur parole, les victimes se retrouvent confrontées à celle de leur bourreau, systématiquement crue par les tribunaux. Cette violence s’ajoute aux refus de plainte fréquents, à la durée délirante des enquêtes souvent bâclées, ainsi qu’au manque de moyens considérables alloués à la formation et au contrôle des effectifs.

Au cours de son procès, le policier de 30 ans assure pourtant qu’il n’est pas raciste, que son comportement résulte d’une «période difficile» et qu’il «ne se reconnaît pas» sur les images. Seulement, des millions de personnes traversent chaque année des moments de difficulté au travail, perdent leur logement ou se voient refuser une demande de titre de séjour, sans pour autant sombrer dans la violence gratuite.

Dans une société fonctionnelle, l’affaire aurait fait la Une des médias, et une enquête approfondie aurait été déclenchée pour comprendre comment ces faits, dont la répétition montre qu’ils sont structurels, ont pu advenir. Un faux témoignage par un agent assermenté est en théorie un fait très grave, passible de la Cour d’assises. Mais il n’en est rien, le ripoux n’est finalement condamné qu’à 8 mois de sursis et deux ans d’interdiction d’exercer. Il n’ira jamais en prison, reprendra son travail au sein de la police. Il pourra porter à nouveau l’uniforme sur la voie publique. Et seule la radio France Inter, dans sa chronique judiciaire, évoque l’affaire.

Dès lors, l’on devrait toutes et tous se poser la même question : combien d’autres personnes ont connu le même sort qu’Ousmane ? Combien d’innocents ont été tabassés sans raison ? Combien de fois la police a-t-elle réécrit la réalité, à l’abri des caméras ? Combien de Nahel sont morts dans l’indifférence la plus totale ? Loin d’être anecdotique, ou le fruit d’une énième «brebis galeuse», cette violence d’État est bien le produit d’un système entier fondé sur la violence, l’impunité et l’omerta généralisée.

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