23-24-25 octobre : grande réussite du week-end d’actions contre l’armement de la police !


Récit et photos du week-end de Pont-de-Buis, un an après la mort de Rémi Fraisse


Image extraite du reportage de Taranis News

Image extraite du reportage de Taranis News

Le point info au départ de la manif. Photo : Taranis News.

Image extraite du reportage de Taranis News

Le vallon de Pont-de-Buis.

L’hélicoptère omniprésent au dessus du camp.

Musique et braseros.

C’est au fin fond du Finistère, dans un vallon verdoyant et humide qu’est implantée l’usine qui fabrique les armes de la police : Nobel Sport, producteur de grenades lacrymogènes, de balles en caoutchouc tirées par la police, et de balles de chasse.

Un an après la mort de Rémi Fraisse à Sivens, au cœur de l’automne, ce ne sont pas moins de 300 à 500 personnes chaque jour, venues de toute la France et de l’étranger, qui se sont retrouvées sur un campement situé à la sortie du bourg de Pont-de-Buis.

Vendredi

Vendredi, 14h : les premiers manifestants se regroupent sur la place de la gare, déserte et survolée par un hélicoptère de la gendarmerie. La préfecture et les médias ont annoncé un déploiement policier massif : toute une partie du village est bouclée. Malgré les barrages, près de 500 personnes se retrouvent et démarrent en cortège en direction d’une des entrées de la poudrerie classée «SEVESO haut». Une radio pirate, «radio poudrière», émet sur la zone pour diffuser des informations le déroulé du week-end en temps réel.

Quelques tags sont tracés en chemin : «Nobel Sport, marchand de mort», « De Paris à Tunis, désarmons la police !», «SEVESOcialisme mortifère» alors que des slogans, des chants, et de la musique résonnent. Tous les ponts du bourg sont bloqués par des barricades policières et des canons à eau : le premier barrage croisé par la manifestation est repeint, peu après une prise de parole et une conférence de presse de l’Assemblée des blessés par la police. La manifestation repart et s’oriente vers une petite passerelle vulnérable, indiquée par un habitant de Pont-de-Buis solidaire. Sur le ponton, un cordon de gendarmes doit reculer sur plus de 20 mètres après avoir été repeint en bleu, sous la pression de la tête de cortège et de quelques feux d’artifices, avant de faire pleuvoir des grenades lacrymogènes. La manifestation repart vers un champ qui servira de campement tout le week-end. Le site est beau et le climat plutôt clément. Là bas, cantines autogérées, débats, fest-noz et buvette permettent à chacun-e de se réchauffer. Et toujours le bruit de l’hélicoptère, jusqu’à la nuit.

Samedi

La journée est consacrée à des échanges. Le premier débat se concentre sur les armes de la police. Ce sont des blessés et des habitants de Pont-de-Buis qui introduisent les discussions. Parmi la grosse centaine de personnes qui débattent, on se traduit à voix basse les interventions dans plusieurs langues : espagnol, allemand, anglais. Une série de questions sont abordées. Comment, depuis 20 ans, le maintien de l’ordre se militarise ? En quoi l’industrie des armes policières et militaires est un marché florissant dont la France est l’une des championnes ? On y apprendra que l’usine Nobel Sport a déjà semé la mort dans le village de Pont-de-Buis, lors d’une explosion en 1975 ou à l’occasion d’accident réguliers qui touchent les gens qui y travaillent. On y entendra que 90% de la production est destinée à l’exportation, pour réprimer celles et ceux qui se révoltent partout autour du globe. On découvre la notion «d’armement rhéostatique» : pour chaque arme, les institutions peuvent décider du degré de létalité. Allant de la blessure à la mort.

Plus tard, des habitant-e-s du Finistère viennent raconter les luttes de territoire qui se multiplient : contre une centrale à gaz, contre des projets de mines, contre l’extension d’une base militaire, contre l’extraction de sable… La Bretagne est une terre de lutte, et à Pont-de-Buis même, nombreux seront les habitants qui, malgré la situation angoissante crée par la gendarmerie, témoigneront de leur sympathie pour les actions menées. Il y aura aussi, plus tard, des échanges sur la COP 21 et l’industrie de la violence en Israël.

En soirée, une marche aux flambeaux s’élance à nouveau dans le village, après une veillée aux lampions et des chants de lutte. Devant l’un des barrages, les policiers voient, médusés, une foule de plus de 300 manifestants s’asseoir pour écouter des lectures sur les luttes de Notre-Dame-des-Landes et du Val de Susa. Puis, quand le cortège repart, subitement, le dispositif reçoit une grêle de projectiles puis prend feu après avoir reçu feux d’artifices et cocktails molotovs, et répond par une généreuse salve de gaz. Plus haut, de larges portions du grillage de l’usine tombent alors qu’un portail est en partie démonté. Les policiers présents dans l’enceinte de l’usine ripostent à l’aveugle par des grenades assourdissantes et lacrymogènes. Le cortège rentre au camp, sans qu’il n’y ait de blessés ni d’interpellés, après avoir démontré la vulnérabilité du site. Contrairement à ce qu’écrivent la presse et la préfecture, la poudrière n’est pas «inatteignable».

Dimanche

25 octobre, cela fait un an précisément que Rémi Fraisse a été tué. Une longue marche à travers champs, forêts et ruisseaux permet à plusieurs centaines de personnes de déjouer tous les dispositifs policiers pour atteindre l’entrée principale de l’usine d’armement. Devant le grand portail, une importante rangée d’armures, de canons à eaux, de véhicules tactiques. Les forces de l’ordre s’attendent à l’affrontement final en pleine prairie. Après un quart d’heure d’hésitations, une fausse charge est lancée par les manifestants hilares, sur une dizaine de mètres. Les gendarmes, visiblement impressionnés, bombardent le champ de gaz au bout de quelques secondes. À l’évidence, la peur a changé de camp. Le cortège décide de repartir sans chercher une confrontation perdue d’avance devant les grilles, et repart vers le camp non sans taquiner les différents dispositifs rencontrés en route, qui répondent par des jets massifs de gaz lacrymogène.

Dimanche soir, dernière victoire du week-end. Alors que la préfecture avait annoncé sa ferme intention de fouiller et contrôler tous les véhicules et de procéder à des interpellations, un immense convoi de voitures s’élance du camp vers la voie rapide. Les clients d’un kebab et d’un PMU saluent le convoi qui klaxonne en signe d’au revoir dans les rues de Pont-de-Buis. Un check-point avec des unités anti-émeutes, survolé par un hélicoptère, est déployé à la sortie du bourg. Face à la détermination du convoi – une immense colonne de véhicules en rangs serrés, entourée de manifestants prêts à se défendre – le chef des gendarmes est obligé de rappeler ses hommes, solidement armés et hors d’eux, pour éviter l’embrasement. Il n’y aura aucun contrôle ce soir.


Tout au long du week-end d’actions, les plans de la police ont été déjoués, sa violence évitée, son contrôle esquivé. C’est le plus bel hommage qui pouvait être rendu à toutes celles et ceux qui ont subi la violence d’État.


D’autres images dans les jours à venir.

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