«Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent» – Lucie Aubrac


L’élection du nouveau président a été un sommet historique de dépossession politique, un paroxysme du chantage électoral. Parmi les innombrables injonctions et autres menaces pour nous forcer à élire un banquier médiatique, déguisé pour l’occasion en rempart contre l’extrême droite, nous avons encore du subir l’incontournable argument selon lequel «des gens sont morts pour le droit de vote». Au-delà de l’absurdité d’une telle remarque, revenons sur un autre héritage : celui de la Résistance antifasciste.


Photo : résistantes à Marseille, en 1944.

Entre 1940 et 1944, la France est occupée par les troupes nazies et dirigée par un gouvernement de collaboration. 4 années de terreur. Dans la clandestinité, la Résistance s’organise. Intellectuels, ouvriers, paysans, une «armée des ombres» se fédère, imprime des journaux, s’attaque aux fascistes, sabote l’économie, s’arme dans les maquis. La répression est implacable. Des milliers de résistants trouvent la mort, torturés, fusillés, déportés. Nantes paie le prix fort suite à l’exécution d’un général nazi, avec le tragique épisode des 50 otages. Dans ces conditions extrêmement dures, en secret, les différentes sensibilités qui composent la Résistance préparent un programme social et politique très avancé intitulé «Les Jours Heureux». Un «plan d’action immédiat» est imaginé, à mettre en œuvre dès que les troupes nazies auront été chassées du pays. Parmi les mesures, la sécurité sociale et retraites généralisées, le contrôle des «féodalités économiques», le droit à la culture et à l’éducation pour tous, une presse délivrée de l’argent et de la corruption, des lois sociales ouvrières et agricoles. Autrement dit, une expropriation massive des richesses pour les redistribuer au plus grand nombre. Pour les Résistants, il est évident que la première urgence pour abattre le fascisme est d’imposer le progrès social.

Pour arracher ces avancées aux possédants, il faut un rapport de force. D’abord, le patronat, qui a massivement collaboré avec le fascisme est gravement discrédité, et a tout intérêt à céder s’il veut éviter de lourdes représailles. Ensuite, des milliers de maquisards, la plupart communistes, ont des stocks d’armes sur tout le territoire et menacent de continuer à s’en servir. Enfin, Paris connaît ses dernières grandes journées insurrectionnelles – après la Commune de Paris – en août 1944. Grève générale, barricades, peuple en arme. L’occupant est chassé de la capitale avant même l’arrivée des troupes alliées.

Pourquoi revenir sur cet épisode historique, le dernier moment où les riches ont réellement pris peur ? D’abord pour se rappeler que les patrons, la police et les fascistes ont toujours été main dans la main et que nos anciens ont arraché ces droits en payant le prix du sang. Ensuite, parce que cet héritage antifasciste n’est pas liquidé par le Front National – épouvantail pratique du système – mais par les gouvernements successifs. En 2007, le vice-président du MEDEF – organisation héritière du patronat collaborationniste – déclarait sans détour qu’il fallait «défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance». Aujourd’hui, c’est le MEDEF qui dicte les programmes. C’est d’ailleurs précisément les politiques qu’ont mené Sarkozy et Hollande, et que compte accélérer Macron, en attaquant les retraites et le code du travail dès les semaines qui viennent, par ordonnances.


La meilleure façon de continuer le combat contre tous les fascismes est donc de lutter contre la dévastation sociale qui s’annonce et de destituer au plus vite ce gouvernement.


Faire un don à Contre Attaque pour financer nos articles en accès libre.