La justice à Nantes : policiers violents relaxés, réfugiés expulsés

Ces dernières années, pas moins de quatre manifestants ont perdu un œil après avoir reçu un tir de balle en caoutchouc dans le visage. En plus de ces mutilés qui porteront toute leur vie les séquelles des violences policières, des centaines de personnes ont été blessées en manifestation, notamment pendant le mouvement contre la Loi Travail, par des coups de matraque, des éclats de grenades ou des balles de LBD. A chaque fois, la réponse de la justice nantaise est la même : enterrer les affaires. Au bout de plusieurs mois d’attente de la part des plaignants, quand le procureur ne prononce pas directement un «non lieu», les policiers poursuivis sont purement et simplement relaxés. Par exemple, un an après la grande manifestation anti-aéroport du 22 février 2014, durant laquelle trois jeunes hommes avaient perdu un œil, la procureure de Nantes déclarait tranquillement : «nous ne disposons d’aucun élément permettant de caractériser une infraction» et classait sans suite les plaintes. En juillet, 11 plaintes de manifestants blessés pendant le mouvement du printemps 2016 voyaient également leurs plaintes classées par le parquet. Il n’y a jamais eu la moindre condamnation pour ces innombrables violences.

Cette semaine, une autre affaire occupe les colonnes de la presse locale. Des réfugiés venus du Soudan, sans logement, se sont mis à l’abri au mois d’août dans une maison abandonnée par ses propriétaires depuis 10 ans. Cette maison est en fait la résidence secondaire d’un couple de retraités. Immédiatement, les journalistes s’emballent pour créer le buzz, enchaînant les articles mensongers. Ouest-France ose titrer : «Retraités délogés par des squatters», ou «retraités chassés de chez eux» ! Du grand délire, sachant que les propriétaires eux même déclarent qu’ils n’ont jamais pas été mis à la porte et que leur maison n’a pas subi de dégradation. Mais là n’est pas la question. Le plus impressionnant est la réaction du procureur de Nantes. Suite aux articles de presse, le magistrat déclare : «Il ne faut pas que les gens pensent que dès qu’ils ont le dos tourné, n’importe qui peut s’introduire dans leur domicile et s’y installer. Et ce ne le sera pas.». Le lendemain, des policiers expulsent le bâtiment et placent ses occupants en garde à vue. Une expulsion d’une extrême rapidité. Pour l’exemple.

Finalement, c’est le propriétaire de la maison a une attitude plus digne que la justice et la presse. Il déclare : «Tout est intact à l’intérieur», avant d’ajouter à propos des réfugiés soudanais : «Leur histoire nous a beaucoup touchés, C’est plus dur pour eux que pour nous […] Je suis content [qu’ils aient été relâchés de garde à vue], j’étais inquiet de leur avoir créé plus de problèmes encore…»

À Nantes comme dans la plupart des grandes villes occidentales, des dizaines de milliers de logements sont vacants alors que des humains dorment à la rue. Cette affaire, lamentablement instrumentalisée par la presse et les magistrats nantais, montre encore une fois le fonctionnement d’une justice à deux vitesses : qui frappe sur les pauvres et protège les forts. Qui expulse en un temps record et couvre les violences d’État.

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