9 septembre 1942 à Nantes : un juge exécuté par la Résistance dans le Palais de Justice

Il y a précisément 75 ans, la résistance menait une opération particulièrement risquée à Nantes. Si le souvenir des cinquante otages exécutés en représailles à l’assassinat du lieutenant-colonel Hotz, en octobre 1941, reste profondément gravé dans l’asphalte de la ville, bien peu connaissent le coup d’éclat de la Résistance nantaise qui a lieu dans le bureau du juge d’instruction du tribunal de Nantes en 1942.

Tout au long de l’année 1942, la résistance multiplie ses actions. Un pylône haute tension est saboté, la voie ferrée reliant Nantes au camp d’aviation est rendue inutilisable pendant 5 jours, un collaborateur est exécuté, un détachement allemand même est attaqué en décembre.

Raymond Hervé, ouvrier à l’usine des Batignolles, syndicaliste et antifasciste, participe aux coups de mains contre l’occupant. Son frère, également un leader de la résistance en Bretagne, meurt fusillé le 30 décembre 1942. Raymond est interpellé le 29 août suivant «alors qu’il menait une action en plein jour». Incarcéré avec dans la prison Descartes – aujourd’hui désaffectée –, il est torturé dans un commissariat rue Garde Dieu par les hommes du SPAC – service de police anticommuniste – qui «voient en lui l’un des trois responsables FTP de Nantes». Le 9 septembre, lorsqu’il est déféré dans le cabinet du juge d’instruction, en plein tribunal, une opération lui permet de s’échapper : trois résistants font irruption dans le bureau pour le délivrer. Dans la confusion, le magistrat est tué par les fugitifs. Les organes collaborationniste se servent de cet événement spectaculaire pour déchaîner leur propagande. Un tract clandestin est diffusé pour répondre aux calomnies déversées contre les FTP : «Ce sont les boches et les policiers qui sont les terroristes».

Le résistant et ses complices maintiennent leurs actions : ils attaquent la mairie d’une commune du Finistère le 24 septembre 1942 et la Poste de Lanester, dans le Morbihan, deux jours plus tard. Ils sont repris et inculpés pour terrorisme. «Pour marquer les esprits, les Allemands mettent en scène au palais de justice de Nantes, du 15 au 28 janvier 1943, le “Procès des 42″». Le 29 janvier 1943, 34 d’entre eux sont fusillés, dont Raymond Hervé et ses camarades, à l’endroit même où les 26 otages de Châteaubriant avaient été exécutés, au champ de tir du Bèle. Ce procès du “terrorisme” sera l’un des plus terribles de cette période.

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