2007 – 2017 : 10 ans de militarisation policière


Il y a exactement dix ans, un lycéen de 16 ans qui manifestait était mutilé par la police à Nantes. Le scénario s’est répété la semaine dernière à Cachan.


2007. Nicolas Sarkozy vient d’arriver au pouvoir, et il ouvre une nouvelle séquence politique, marquée par une répression décomplexée, un discours raciste assumé et un durcissement sur le plan économique. En novembre de la même année, ce nouveau gouvernement est confronté à sa première crise politique. Dans les banlieues d’une part, où la révolte s’embrase suite à la mort de deux jeunes, Moushin et Lakhamy, renversés par une voiture de police à Villiers-Le-Bel. Dans les lycées et les facs d’autre part, avec des blocages et des manifestations dans tout le pays contre la «loi Pécresse», qui prévoit la privatisation des universités.

Dans les deux cas, les pouvoir répond de la même manière : par la terreur. La ville de Villiers-Le-Bel dans le 95, d’où sont parties les émeutes, est quadrillée nuit et jour par des centaines de policiers, et survolée quotidiennement par un hélicoptère. Les personnes arrêtées dans la cité subissent des peines exemplaires et des procédures d’exception. Par exemple, deux frères écopent, à la fin d’un procès sans preuves, de peines de 12 et 15 ans de prison pour «tentative d’homicide sur les forces de l’ordre» à partir de dénonciations anonymes. Une première à l’époque.

Au même moment, devant les lycées, la police gaze et frappe la jeunesse qui manifeste. Les premiers LBD 40 – Lanceurs de Balles de Défense – sont alors expérimentés secrètement par le gouvernement. A l’époque, seuls quelques dizaines de ces nouveaux lanceurs, classés en catégorie A, “arme à feu à usage militaire”, beaucoup plus puissants et précis que les Flash-Balls, ont été confiés à des policiers volontaires, en dehors de toute procédure légale. Les armes sont testées, en vrai, sur la jeunesse. Ce tournant est historique : la police ne repousse plus la foule, elle tire dessus, et frappe les corps. Le 27 novembre, à Nantes, une manifestation lycéenne et étudiante s’engouffre dans le parc du rectorat. Les policiers chargent les adolescents sans ménagement. Une fois repoussés, les manifestants sont visés par des tirs. C’est là qu’un lycéen de 16 ans reçoit une balle en caoutchouc dans le visage. Il perd l’usage de son œil. Pour la première fois, cette nouvelle arme mutile. Le mouvement s’arrête dans les jours qui suivent, tétanisé par cette nouvelle modalité de la répression. Le policier tireur sera relaxé par la justice quelques années plus tard.

Aujourd’hui, c’est un président manager, ultra-libéral et répressif qui s’est imposé au terme d’une campagne présidentielle aussi spectaculaire qu’indécente.

Que s’est-il passé en 10 ans, entre novembre 2007 et novembre 2017 ? La violence d’État s’est considérablement durcie, au point de s’imposer comme l’un des sujets incontournables de l’époque. Mutilations et décès dus aux forces de police sont devenus courants. L’état d’urgence a été décrété. La militarisation du maintien de l’ordre et l’impunité judiciaire se sont affirmés. En dix ans, les LBD 40, qui étaient expérimentaux en 2007, ont été généralisés par le gouvernement de François Hollande. Depuis, 46 personnes mutilées par ces armes ont été recensées. Des milliers d’autres ont été blessées à des degrés divers par des balles en caoutchouc, notamment lors des manifestations de ces dernières années. À présent, Macron intensifie cette dynamique : il vient de commander des nouvelles grenades policières par millions, et a fait passer l’état d’urgence dans le droit commun.

Le 23 novembre 2017, une lycéenne qui manifeste contre l’esclavage en Libye, devant son établissement, dans la ville de Cachan, en banlieue parisienne, reçoit un tir de LBD en plein visage. Elle perd son œil. Et la police ment. L’histoire se répète, d’un automne à l’autre.


Sources :

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