Ce sont les mots de la directrice de la «police des polices», Brigitte Jullien, le 16 mai 2019.

Elle évoque la célèbre affaire de Mantes-la-Jolie. La rafle et l’enfermement de 151 lycéens le 6 décembre dernier. Une opération filmée, dont les images resteront gravées comme un souvenir indélébile du quinquennat. Les images d’une arrestation massive de 151 adolescents, les mains sur la tête, contre le mur, humiliés par des policiers goguenards. Des images de guerre, qui avaient fait le tour du monde.
Pendant cette première semaine du mois de décembre Macron déchaînait les enfers contre la jeunesse. Le 5 décembre, en banlieue d’Orléans, Oumar 16 ans avait le crâne fracturé par un tir policier devant son lycée. Le lendemain, le ministre de l’éducation Blanquer, envoyait une lettre à tous les professeurs de lycées. Il menaçait : les «familles» doivent être «pleinement conscientes des risques que courent leurs enfants en se joignant à des attroupements». Le même jour, Ramy, 15 ans, était blessé à l’œil à Vénissieux. Jean-Philippe, 16 ans, lycéen à Bézier perdait un œil le même jour. Doriana 16 ans, avait la mâchoire explosée le 3 décembre. Même sort pour Issam, 17 ans, à Garges-lès-Gonesse deux jours plus tard.
Cette semaine-là, une cinquantaine d’adolescents sont blessés chaque jour. En moyenne, deux hospitalisations en urgence absolue, chaque jour. Et puis il y a les arrestations de masse. Les rafles. 3200 gardes à vue de mineurs pour la seule semaine du 3 au 10 décembre. 700 lycéens arrêtés rien que le 6 décembre.
Parmi ces arrestations massives de mineurs qui manifestent, Mantes-la-Jolie reste un symbole. Quels sont les précédents où un Régime fait autant de mal, délibérément, à des mineurs sur son sol ?
Il aura donc fallu près de 6 mois à la «police des police», l’IGPN, pour se prononcer : «il n’y a pas de faute».
Un lycéen de 15 ans, arrêté à Mantes-la-Jolie raconte que ce jour là, il sortait de son lycée où il avait assisté aux cours, quand il a été pris dans la nasse de la police. Il ne pouvait pas s’en extraire. Avec des dizaines d’autres jeunes, il était mis à genoux. Pendant plus de deux heures. Il avait aussi reçu des coups de matraque lorsqu’il a été couché au sol. Son téléphone portable, qui était dans son sac, était cassé par ces coups. Un agent lui avait écrasé le dos. Il lui avait marché dessus. Ce jeune de 15 ans était ensuite placé en garde à vue. Les policiers lui ont fait du chantage en lui disant que s’il voulait un avocat, il devait attendre une nuit de plus. Il a donc été entendu sans avocat. Finalement, il n’a eu qu’un rappel à la loi : il n’y avait rien à lui reprocher. C’était une pure humiliation, une vengeance d’État sur des mineurs.
Mais «il n’y a pas eu de fautes».
À la tête de l’IGPN, c’est Brigitte Jullien, l’ancienne cheffe de la police de Gironde, 60 ans. Elle était propulsée à la tête de l’officine par Castaner en décembre 2018. Au plus fort de la révolte des Gilets Jaunes. Au plus fort de la répression. Quelques jours seulement après la rafle de Mantes-la-Jolie.
L’affaire de Mantes-la-Jolie fait partie de 249 autres enquêtes ouvertes par la police des polices. À ce jour, pas une seule de ces enquêtes n’a débouché sur quoique ce soit. Pas même un blâme.
Tout, dans l’appareil d’État français, est mis en œuvre pour organiser l’impunité de la police. Les propos de cette institution chargée de contrôler la police, à propos d’un acte aussi grave qu’une arrestation massive et injustifiée de lycéens, en disent long sur les suites probables des centaines de plaintes pour violences policières qui ont été déposées.
«Il n’y a pas eu de fautes».
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