Journalisme et police politique


Arrestations, violences, interrogatoires : comment Macron veut contrôler l’information


Plus personne ne l’ignore désormais : la répression frappe fort, et partout. Lycéens raflés, retraités violentés, manifestants éborgnés ou incarcérés. Le pouvoir, dans sa fuite en avant autoritaire, franchit chaque semaines de nouvelles étapes. À présent, il s’attaque sans complexe aux journalistes. Le reflet d’une obsession de Macron : contrôler l’information, maîtriser son image, imposer son récit. Un président manager.

Quelques exemples actuels d’attaques contre la presse :

La police politique convoque une journaliste du Monde

C’est l’affaire du jour. La journaliste Ariane Chemin, reporter au quotidien Le Monde, est convoquée par les services de renseignement. C’est elle qui avait diffusé les premières informations sur l’affaire Benalla. C’est elle aussi qui avait réalisé des articles sur les réseaux mafieux qui entourent Benalla, au sommet de l’État, dans les cercles de l’Élysée. Cette convocation, une attaque délibérée l’un des plus grands quotidiens du pays pourtant très peu rebelle, en dit long sur le sentiment de toute puissance du gouvernement.

Des journalistes enquêtent sur les armes françaises au Yemen : interrogatoires

Le média d’investigation Disclose a travaillé sur les armes vendues au Yemen. Un énorme scandale : le gouvernement a menti, en prétendant qu’aucune arme française n’était utilisée dans la guerre atroce menée au Moyen Orient. Ces journalistes ont prouvé que la France a vendu pour 1,4 milliards d’euros d’armes à l’Arabie Saoudite, qui massacre des dizaines de milliers de civils au Yemen. Un mensonge d’État, une complicité de crime contre l’humanité. Une affaire qui, en d’autres lieux et d’autres temps, ferait sauter un gouvernement. Mais dans la France de Macron, non seulement la ministre de la Défense n’a pas démissionné, non seulement il n’y a pas eu d’excuse, mais au contraire Macron a dit «assumer» ces ventes d’armes. Et les journalistes qui avaient révélé l’affaire ont été convoqués par la DGSI. Une enquête est ouverte contre eux pour «compromission du secret de la défense nationale».

Surveillance du journal Fakir

Un autre scandale révélé ces derniers jours : l’espionnage de François Ruffin et de son journal Fakir entre 2015 et 2016. Ce journal enquête régulièrement sur les grandes fortunes, et en particulier celle de Bernard Arnault, le milliardaire le plus riche de France et parton de LVMH. Les mails privés, les informations personnelles, l’organisation du journal : tout a été espionné. Plus intéressant : celui qui supervise cette opération illégale de surveillance d’un journal s’appelle Bernard Squarcini. Proche de Sarkozy, ancien chef des services de renseignement et actuellement au service de LVMH. Entre une milice privée patronale et la police d’État, il n’y a même plus l’apparence d’une séparation.

Des journalistes arrêtés, blessés, auditionnés

Samedi 20 avril, à Paris, plusieurs journalistes sont blessés ou arrêtés lors de la manifestation des Gilets Jaunes. Tirs de LBD, interpellations violentes, Garde à Vue. Parmi eux, le journaliste indépendant Gaspard Glanz qui fera 48 heures de cellule. Trois semaines plus tard, un journalistes de Cnews reçoit une balle en caoutchouc dans l’entrejambe à Nantes. Et ce ne sont que quelques exemples d’une longue liste : le journaliste indépendant Alexis Kraland a été frappé et arrêté plusieurs fois. Et même auditionné par la DGSI dans le cadre de l’affaire Benalla. Le temps où les journalistes étaient épargnés par la répression est bien loin. Et les chefs des grands médias sont tellement inféodés au pouvoir qu’ils ne protestent même plus contre les violences qui touchent leur propre personnel ou leurs collègues !

Un État dans l’État

Ces affaires, dignes de pays autoritaires, ne montrent pas seulement un durcissement répressif, ou de la volonté d’intimider la presse : elles révèlent aussi le poids de plus en plus important de la DGSI. Les services de renseignement sont devenus un État dans l’État, qui dicte sa volonté sur fond de lutte «antiterroriste». C’est d’ailleurs Laurent Nunez, patron des services de renseignement, qui dirige réellement le Ministère de l’Intérieur. En dehors des journalistes, il est devenu habituel que l’on arrête et enferme des militants sans preuve, uniquement sur la base des fiches de la DGSI. La police politique désigne les ennemis à neutraliser. C’est la DGSI qui a, notamment, fabriqué l’affaire Tarnac pour faire tomber un groupe de personnes défavorablement connues des services. Aujourd’hui, elle s’en prend à des journalistes.

D’un côté, les grands médias sont de plus en plus inféodés aux puissants. De l’autre, les rares journalistes qui ne reprennent pas exactement la parole officielle sont réprimés sans aucun complexe.

Le Régime de Macron ne se cache plus pour mettre la pression sur ceux qui pourrait contredire ses mensonges. Dans l’indifférence quasi générale.


Sources :

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