Les « casseurs » et les « black blocs » sont-ils des policiers infiltrés ?


Faisons le point sur ce que vous faites quand vous affirmez que les «black blocs» sont des policiers.


Ces derniers jours ont été terribles. Un Gilet Jaune éborgné par un tir tendu de grenade. Un étudiant immolé, entre la vie et la mort. Un anniversaire de lutte volé. Un guet-apens policier à Paris. Des attaques sans limites contre les libertés.

Pourtant, la polémique qui enfle sur les réseaux sociaux est contre les soi-disant «casseurs» et les «black blocs», accusés, au mieux, d’être «les complices du gouvernement», au pire, d’être des «policiers infiltrés».

Donc faisons le point sur ce que vous faites quand vous affirmez que les « black blocs » sont des policiers :

1 – Vous n’accusez pas les véritables responsables de la violence

La violence, la vraie, la violence sociale, celle qui brise des vies, qui pousse les gens au suicide ou au burn out, celle qui conduit un jeune de 22 ans à s’immoler tellement il est précaire. Vous n’accusez pas non plus ceux qui répriment, gazent, éborgnent, ceux qui nous empêchent de manifester. Bref, cette nouvelle polémique anti «black bloc» ressemble comme deux gouttes d’eau à un détournement des vrais enjeux.

2 – Vous vous trompez

D’abord parce qu’un «black bloc» n’est pas une personne, c’est une technique : s’habiller en noir et se cacher le visage pour éviter d’être réprimé. Si vous enlevez le foulard et le K-way noir de l’un ou l’une d’entre eux, vous découvrirez un intérimaire, un routier, un étudiant, un livreur, un chômeur. Et souvent même, un Gilet Jaune ! Une personne qui décide d’être en «black bloc» un jour peut tout à fait être en gilet fluo la semaine suivante, ou manifester sans tenue particulière une autre fois. Vous vous trompez parce qu’il n’existe, à ce jour, aucune preuve qu’un policier ait cassé quoi que ce soit pour faire «dégénérer une manif». Quel serait l’intérêt ? Depuis quand la police a besoin de casse pour réprimer ? Cela fait des mois que nous nous faisons gazer sans aucune raison, pourquoi le gouvernement aurait-il besoin «d’agents provocateurs» pour justifier sa répression ? Nous n’en sommes malheureusement plus là.

3 – Vous manquez de respect à certains manifestants

L’argument qu’on entend le plus, c’est que «les black blocs ne sont jamais arrêtés», ou encore «ils ne sont jamais blessés». Comme s’ils étaient protégés. C’est faux. Celles et ceux qui participent au «black bloc» sont autant blessés et arrêtés que les autres, et même souvent plus, puisqu’ils se trouvent en première ligne face à la police. Seulement, le «black bloc» n’est pas une identité. Personne ne se présente en tant que «black bloc» une fois à l’hôpital ou devant un tribunal. Ce serait complètement stupide. Aussi, prétendre qu’ils seraient «protégés» est une insulte aux dizaines de blessés et aux personnes qui croupissent en prison pour avoir lutté.

4 – Vous manquez de cohérence

Sur les réseaux sociaux, on voit passer à longueur de journée des apologies des insurrections à Hong Kong, au Chili, en Irak ou en Équateur.

On voit aussi des milliers de commentaires énervés, appelant à un mouvement qui serait plus offensif en France. Mais parallèlement, dès qu’un groupe de manifestants mène une action offensive en France – souvent bien moins violente qu’à Hong Kong ou au Chili – nombreux sont les personnes prêtes à les dénoncer. Curieux.

5 – Vous renforcez la répression

On a vu de nombreux partages de l’interview d’un policière qui prétend que le gouvernement «laisse faire les casseurs». Cette policière, Linda Kebbab, est une habituée des mensonges. Elle arpente les plateaux télés depuis des mois pour réclamer plus de répression, pour défendre les violences de ses collègues et pour salir les Gilets Jaunes. En quoi, d’un seul coup, faudrait-il la croire sur parole ?

Par ailleurs, ce qu’elle dit est très inquiétant : elle réclame la possibilité d’arrêter «préventivement» et en masse les manifestants jugés «dangereux». Autrement dit, en faisant semblant de «révéler» un secret, elle demande la fin du droit de manifester. Relayer de telles intervention c’est réclamer encore plus de répression.

6 – Vous réécrivez l’histoire

En prétendant que «les black blocs sont des casseurs infiltrés venus pour discréditer les Gilets Jaunes», vous faites comme si le mouvement Gilet Jaune était totalement passif et pacifique. Pourtant il a démarré, dès le début, avec une visée insurrectionnelle évidente. Les premiers samedis étaient d’ailleurs les actes les plus violents, alors qu’il n’y avait pourtant pas le moindre «Black Bloc».

Quelques images en tête d’article et ci dessous, des premiers Actes du mouvement Gilet Jaune pour rafraîchir les mémoires, et éviter une réécriture de l’histoire qui ne servira qu’à maintenir l’ordre.

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