📱LE VIRUS ET LA LUTTE : QUELQUES RÉFLEXIONS À PARTAGER PAR TEMPS DE CONFINEMENT

« Quand et comment se retrouver ? Ne pourrait-on pas commencer Ă  imaginer une grande manifestation Ă  Nantes pour la dĂ©fense de l’hĂŽpital le premier samedi aprĂšs le dĂ©confinement »

Depuis maintenant 2 ans, le « réseau de ravitaillement des luttes » approvisionne, avec des produits frais de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, les différentes mobilisations à Nantes et aux alentours. Un travail logistique de solidarité concret. Depuis la ZAD, le réseaux propose quelques pistes de résistances pour les temps à venir. Le voici :

« Chers ami-e-s du réseau de ravitaillement des luttes du pays nantais,

A l’heure du confinement gĂ©nĂ©ral, une question taraude la Cagette des Terres: ne faudrait-il pas ĂȘtre encore plus effrayĂ©s par la maniĂšre dont le virus sert de prĂ©texte Ă  des mesures liberticides et anti-sociales inĂ©dites que par le virus lui mĂȘme ?

Dans la pĂ©riode actuelle, nous sommes inquiets de l’interruption brutale de toutes les luttes qui faisaient rage contre ce monde.Les samedi ne sont plus jaunes mais mornes. Les rĂ©centes manifestations nantaises contre la rĂ©forme des retraites ou les grands projets inutiles paraissent si lointaines qu’elles semblent dĂ©jĂ  appartenir Ă  une autre Ă©poque.

Et si l’état d’urgence sanitaire n’était pas une phase transitoire exceptionnelle ? A bien des Ă©gards, il n’y aura pas de retour en arriĂšre. Que l’on songe Ă  la maniĂšre dont l’état d’urgence anti-terroriste s’est Ă©talĂ© dans le temps au point de s’insinuer dans le droit commun.

Il est d’ores et dĂ©jĂ  possible de constater les ravages durables de la gestion gouvernementale du virus. L’État lĂ©gifĂšre Ă  tout va par ordonnance, dĂ©voilant par lĂ  le rĂŽle strictement dĂ©coratif du parlement dans nos prĂ©tendues « dĂ©mocraties ». La police contrĂŽle le moindre de nos dĂ©placements. Les pauvres s’entassent, confinĂ©s dans leurs appartements minuscules tandis que les riches se mettent au vert dans leurs rĂ©sidences secondaires. La tĂ©lĂ©travail gĂ©nĂ©ralisĂ© abolit la sĂ©paration entre l’intime et le professionnel. La « distanciation sociale » devient chaque jour davantage la norme, rĂ©duisant amours et amitiĂ©s Ă  des liens virtuels sur internet


Comme Ă  son habitude, le gouvernement pointe des boucs Ă©missaires pour mieux dissimuler sa responsabilitĂ©. D’oĂč la multiplication des discours sur ces « jeunes de banlieues qui ne respectent rien » ou ces « mauvais citoyens« qui marchent en montagne, en forĂȘt ou au bord de la mer.

Mais aprĂšs un an de grĂšve dans le secteur de la santĂ©, chacun sait ce que la catastrophe en cours doit Ă  la destruction de l’HĂŽpital public depuis des dĂ©cennies et aux choix des gestionnaires qui ont supprimĂ© des lits et liquidĂ©s les stocks de masques et de tests pour des raisons bassement Ă©conomiques. S’il est encore trop tĂŽt pour Ă©tablir le rĂŽle exact du pangolin dans cette histoire, le rĂŽle crucial des Ă©lites Ă©conomiques dans la pandĂ©mie est, lui, bel et bien avĂ©rĂ©. Elles ont rĂ©pandu mondialement le virus en sautant d’un avion et d’un continent Ă  l’autre comme d’autres prennent le tramway.

Faut-il encore rappeler ce que la pandĂ©mie doit au rĂ©chauffement climatique, Ă  l’extinction massive des espĂšces vĂ©gĂ©tales et animales ? Au rythme oĂč le monde s’abĂźme,dans quelques annĂ©es, c’est peut-ĂȘtre la dengue qui dĂ©ferlera sur nos mĂ©tropoles, sans compter les nouvelles maladies liĂ©s Ă  l’élevage industriel et Ă  la fonte du permafrost. Le monde occidental a cru pouvoir mettre la mort Ă  distance par la maĂźtrise scientifique du vivant. Le virus nous rappelle que la vie et la mort ne sont maĂźtrisables ni par l’État, ni par le marchĂ©, ni par la science. Le capitalisme n’est pas en guerre contre le virus. Il est en guerre contre le vivant.

La contradiction majeure de la crise actuelle rĂ©side dans ce paradoxe : le gouvernement prend des mesures liberticides drastiques mais il voudrait en mĂȘme temps que l’économie qui a produit ce dĂ©sastre continue de tourner. Un citoyen lambda qui sort de chez lui sans attestation Ă©cope d’une amende tandis que les patrons peuvent maintenir leurs usines ouvertes sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©s pour mise en danger de la vie d’autrui.

Certes, on n’entend plus d’avion voler dans le ciel, il n’y a presque plus aucune voiture sur la quatre voies, il y aurait mĂȘme de nouveau des poissons dans la lagune de Venise ! Mais ne nous y trompons pas : les GAFAS, les supermarchĂ©s, l’agro-industrie, les centrales nuclĂ©aires, des pans entiers de l’industrie tournent encore et prĂ©parent dĂ©jĂ  l’aprĂšs. La bourse s’effondre, mais les dividendes continuent de pleuvoir et les salles de marchĂ©s sont toujours bondĂ©es de traders.
Comment sortir de la sidĂ©ration et de la panique ? Comment agir quand il est devenu temporairement impossible de se rĂ©unir, de tenir assemblĂ©e, de prendre la rue ? Nous ne prĂ©tendons pas dĂ©tenir de rĂ©ponses Ă  ces questions. Nous souhaiterions simplement mettre en partage trois pistes d’actions et entamer un travail d’enquĂȘte et de liaisons Ă  l’échelle du pays nantais.

🔮 1- CESSER LE TRAVAIL, ARRÊTER L’ÉCONOMIE

Dans la rĂ©gion nantaise, de nombreux salariĂ©s continuent d’aller travailler. Ces derniers ne disposent d’aucune protection du fait de la pĂ©nurie de masques. Quelques entreprises ont fermĂ©, mais elles sont trop rares. La plupart d’entre elles annoncent d’ores et dĂ©jĂ  des rĂ©ouvertures aprĂšs adaptation du processus de production aux nouvelles contraintes sanitaires. Cette reprise du travail en plein pic de l’épidĂ©mie est insensĂ©e ! Lire Ă  ce propos le communiquĂ© de la section CGT du CHU de Nantes : https://lacgt44.fr/spip.php?article2529

A la Cagette, nous voudrions recenser les entreprises du pays nantais qui tournent encore au mĂ©pris de la santĂ© de leurs employĂ©s. Nous vous invitons Ă  nous contacter par mail lacagette@riseup.net ou par tĂ©lĂ©phone au 06 33 39 43 80 afin que nous puissions centraliser l’information et produire une liste. Cette liste pourrait faire l’objet d’une publication et-ou ĂȘtre transmise Ă  l’inspection du travail en prĂ©servant bien sĂ»r votre anonymat.

Vous ĂȘtes salariĂ©-e-s dans l’industrie, le BTP, le transport, la grande distribution, le service public ? Nous vous invitons Ă  faire usage de votre droit de retrait. Les syndicats de routiers viennent de publier un appel en ce sens. Aux chantiers navals de St Nazaire, cela a permis la fermeture temporaire de plusieurs ateliers. Suivons leur exemple ! Vous pouvez consulter ce guide trĂšs bien fait pour faire usage du droit de retrait et connaĂźtre vos droits par les temps qui courent (chĂŽmage partiel, grĂšve, arrĂȘts maladies
) :
https://drop.infini.fr/r/cwEgPkSQYo?

🔮 2- SE NOURRIR LOCALEMENT

Des camarades paysans ont publiĂ© une tribune en rĂ©action Ă  la dĂ©cision gouvernementale de multiplier les restrictions contre les marchĂ©s paysans tout en laissant les mains libres aux supermarchĂ©s. Ces paysans refusent de laisser la grande distribution et l’agro-industrie tirer davantage profit de la crise actuelle. Vous pouvez lire le texte ici : https://www.facebook.com/zadnddlinfo/posts/120854602854437.

Nous invitons toutes les paysannes et les paysans du rĂ©seau Ă  signer cette tribune. Nous les appelons Ă©galement Ă  donner leurs Ă©ventuels surplus Ă  L’Autre Cantine Nantes qui continue de tourner et de fournir plusieurs centaines de repas par jour aux exilĂ©s nantais.

Le risque de pĂ©nurie alimentaire ne relĂšve plus de la fiction. La rĂ©ponse prĂŽnĂ©e par le gouvernement est absurde : s’enrĂŽler dans l’armĂ©e de saisonniers exploitĂ©s dans les fermes-usines en remplacement des sans papiers et des prĂ©caires ! Si vous refusez de bosser pour l’agro-industrie et la FNSEA mais que vous rĂȘvez de grand air, nous tenons Ă  votre disposition le contact de paysans bio qui ont besoin de coups de main.

Nous saluons l’initiative du RĂ©seau de Ravitaillement des Luttes du Pays Rennais qui parvient Ă  organiser une distribution rĂ©guliĂšres de produits alimentaires. Nous suivons avec intĂ©rĂȘt la multiplication des rĂ©seaux d’entraide Ă  travers le pays.

🔮 3 – RECOMMENCER À LUTTER

Le confinement isole, atomise, alors que la catastrophe en cours nous invite Ă  nous rĂ©unir pour penser la suite, Ă  nous organiser pour que la crise sanitaire et Ă©conomique aboutisse Ă  autre chose qu’un virage totalitaire. Certains camarades appellent Ă  une grĂšve des loyers et des factures pour avril. La CGT a dĂ©posĂ© un prĂ©avis de grĂšve dans la fonction publique qui couvre l’ensemble du mois.

Quand et comment se retrouver ? Ne pourrait-on pas commencer Ă  imaginer une grande manifestation Ă  Nantes pour la dĂ©fense de l’hĂŽpital le premier samedi aprĂšs le dĂ©confinement de la Loire Atlantique, avec gilets jaunes et blouses blanches ? A l’heure oĂč le second tour des Ă©lections municipales est maintenu pour le 21 juin prochain, ne pourrait-on pas saisir cette occasion pour imaginer une grande fĂȘte de rue pendant 24 heures pour rompre le confinement, cĂ©lĂ©brer le solstice et rendre hommage Ă  Steve (tuĂ© par la police l’an dernier) ?

Si vous avez des idĂ©es et des perspectives d’actions pendant et aprĂšs le confinement, n’hĂ©sitez pas Ă  nous contacter afin que nous puissions envisager comment soutenir de telles initiatives. Prenez soin de vous ! HĂąte de vous retrouver dans la rue ! »

La Cagette des Terres, RĂ©seau de Ravitaillement des luttes du pays nantais