đŸŒ±Â« LA ZAD N’EST PAS MORTE » : LE CONFINEMENT VU DEPUIS NOTRE-DAME-DES-LANDES

Entretien avec des habitants de la ZAD sur le COVID-19 et les luttes qui viennent

« C’est la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de l’ùre industrielle que la nocivitĂ© globale des activitĂ©s humaines chute de maniĂšre drastique, Ă  un moment oĂč tout le monde sait que la planĂšte est au bout du rouleau, que l’on a bousillĂ© les possibilitĂ©s de continuer Ă  l’habiter pour la majoritĂ© des ĂȘtre vivants. Cette suspension vertigineuse, on devrait la considĂ©rer comme une opportunitĂ© historique de dĂ©cider ce qui devrait se remettre en route ou non . »

Comment le confinement a-t-il Ă©tĂ© vĂ©cu dans des endroits aussi peu gouvernables que la ZAD de Notre-Dame des Landes ? Si des prĂ©cautions on Ă©tĂ© prises, il n’a pas grand sens dans des communautĂ©s dont l’activitĂ© nĂ©cessite des liens et des dĂ©placements quotidiens. Il devenait mĂȘme absurde quand il exigeait la fermeture des marchĂ©s paysans au profit de la grande industrie. Comment ce qui reste une zone d’expĂ©rimentation inĂ©dite, en rupture avec le capitalisme, s’est elle organisĂ©e en temps de COVID-19 ? Quelles formes de solidaritĂ©s ont-elles Ă©tĂ© mises en place dans le sillage de celles qui existaient dĂ©jĂ  ? Un entretien par Rouen dans la rue :

« Aujourd’hui, une soixantaine de lieux de vie collectifs sont encore debout et nous sommes plus de 150 habitants Ă  peupler ce bocage. Nous continuons de construire des cabanes et de retaper des anciens corps de ferme. Nous continuons de rĂ©inventer des maniĂšres d’habiter en commun Ă  milles lieues des solitudes mĂ©tropolitaines et du cadre familial traditionnel. Nous continuons de nous rĂ©approprier et de transmettre des techniques et des savoirs-faire pour l’autonomie, notamment via des chantiers-Ă©cole.

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Pour nous le confinement n’a pas produit une modification radicale du quotidien. Pourtant, on a regardĂ© attentivement l’évolution mondiale de l’épidĂ©mie et comme tout le monde [
]. TrĂšs vite nous avons ressenti le besoin de nous retrouver pour parler de la situation, essayer de faire la part des choses entre ce qui relĂšve d’un mouvement de panique du pouvoir qui de toute Ă©vidence avait quelques trains de retard sur la situation et ce qui nous semblait indispensable Ă  mettre en Ɠuvre pour Ă©viter que le virus touche les plus vulnĂ©rables d’entre nous. Faire la part des chose ça pouvait vouloir dire regarder avec autant de sĂ©rieux l’existence de l’épidĂ©mie en France d’un cotĂ©, et le dĂ©veloppement soudain des privations sociales liĂ©es au confinement strict imposĂ© par le gouvernement de l’autre. [
] Ici la notion de confinement ne nous est pas tout Ă  fait Ă©trangĂšre. A deux reprises dans les 10 derniĂšres annĂ©es (2012 et 2018) nous avons vĂ©cu pendant plusieurs mois une forme de confinement assez particuliĂšre puisque la ZAD Ă©tait encerclĂ©e par plusieurs milliers de gendarmes qui cherchaient Ă  dĂ©truire nos maisons et cabanes. La circulation Ă©tait devenue trĂšs difficile et en mĂȘme temps absolument indispensable pour Ă©viter l’isolement dans lequel l’Etat cherchait Ă  nous contenir. [
] Nous avons trouvĂ© des maniĂšres de se voir pour organiser la rĂ©sistance aux expulsions, et cette capacitĂ© Ă  habiter ce territoire, Ă  s’y dĂ©placer discrĂštement Ă  utiliser les haies les bois, Ă  maĂźtriser la gĂ©ographie d’un bocage ou chaque champ se ressemble et ou l’absence de relief rend trĂšs difficile l’orientation.

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Avec les prĂ©cautions que nous avons pu choisir de prendre, il Ă©tait clair que les activitĂ©s paysannes, le soin des bĂȘtes et des champs n’allaient pas s’arrĂȘter ainsi qu’un certain nombre de constructions en cours. [
] Il faut prĂ©ciser aussi que quand on vit dans des collectifs de 10 ou 15 personnes comme c’est le cas de beaucoup de lieux ici, on ne se retrouve pas isolĂ© et individualisĂ© dans une pĂ©riode comme celle-lĂ . Vivre confinĂ©s pour nous c’est continuer de vivre quasi normalement sur la ZAD.

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] Le confinement dĂ©butait tout juste et lĂ , le gouvernement appelle publiquement d’un cĂŽtĂ© Ă  ce qu’une « armĂ©e de l’ombre » soit levĂ©e, pour soutenir les fermes industrielles dĂ©pourvues de leur main d’Ɠuvre dĂ©tachĂ©e pour les rĂ©coltes du printemps. De l’autre il ferme les marchĂ©s de plein air, dans cette situation, le gouvernement prĂ©fĂšre encore faire un cadeau Ă  la grande distribution, Ă  l’agro-industrie et renforcer leur hĂ©gĂ©monie.

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Depuis plusieurs annĂ©es nous ravitaillons les luttes sociales et Ă©cologiques avec les produits de paysans locaux solidaires : bouffes pendant les manifs, sur les blocages et les piquets de grĂšve ; distribution de cagettes garnies aux grĂ©vistes de longue durĂ©e,etc. Or le confinement a marquĂ© un coup d’arrĂȘt brutal aux luttes en cours. Plus de possibilitĂ© de se rĂ©unir, de tenir assemblĂ©e pour s’organiser. Interdiction des rassemblements et des manifs. Enfermement de chacun chez soi. Abolition de tout espace public en dehors de la virtualitĂ© numĂ©rique. Constatant que nous n’avions pas les forces de fournir le boulot d’urgence et d’entraide extraordinaire dĂ©jĂ  fourni par l’Autre Cantine Ă  Nantes, le rĂ©seau s’est concentrĂ© sur le maintien des liens et de la composition Ă  mĂȘme d’engendrer une reprise des hostilitĂ©s, un retour des luttes et des prises de rue.

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Depuis quelques temps et malgrĂ© le confinement, des formes d’organisation et de discussions se sont trouvĂ©es avec des gilets jaunes, des syndicalistes, des Ă©tudiants, des Ă©cologistes et des paysans. Et ça fait du bien Pour l’instant, nous nous contentons de les faire exister dans le paysage, de sonder les gens un peu partout, le temps de voir ce qui rĂ©sonne et de scruter les appels publics Ă  redescendre dans la rue qui commence Ă  Ă©merger dans le dĂ©partement comme partout ailleurs. [
] Avec la fin du confinement total, le gouvernement voudrait que l’on ne puisse sortir de chez nous que pour travailler et consommer. Il va devoir se faire Ă  l’idĂ©e que nous ne nous contenterons pas des applaudissements aux balcons. »


L’entretien complet : https://www.nantes-revoltee.com/la-zad-nest-pas-morte-entretien-avec-des-habitants-de-la-zad-sur-le-covid-19-et-les-luttes-qui-viennent/

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