Hommage à Lucio Urtubia : anarchiste, résistant et faux-monnayeur


L’ouvrier faussaire s’est éteint le 18 juillet, après une longue vie de luttes et de filouteries fabuleuses


Lucio Urtubia est né en 1931 dans un village du nord de l’Espagne. Fils de syndicaliste, élevé dans la misère d’une péninsule sous dictature franquiste, il est condamné aux travaux forcés très jeune, pour des vols et de la contrebande à la frontière française. Intégré à la Guardia Civil, il fait du trafic d’uniformes avant de déserter et de passer de l’autre côté des Pyrénées.

À Paris, il est terrassier et maçon. Ouvrier en lutte, il s’oppose aux injustices, aux patrons comme aux staliniens, et milite dans un groupe anarchiste ibérique.

En 1958, il participe à plusieurs braquage et tisse des liens avec la résistances contre Franco en Espagne. Il confiera que les braquages à main armée le terrorisaient. Dans les années 1960, il se lie avec des photograveurs et typographes libertaires qui savent reproduire des billets de banque. Une façon de récupérer en douceur de l’argent pour financer les luttes. C’est à partir de 1969 qu’il installe une imprimerie et qu’il se lance dans la fabrication de faux papiers, ainsi que dans la fourniture d’armes pour des groupes de confiance. Avec sa femme Anne, il loue sous une fausse identité, des boxes ou des appartements pour opérer et stocker le matériel nécessaire. Ces activités clandestines ont lieu en parallèle de son travail de maçon, pour ne pas éveiller les soupçons. Il croise Che Gevara à qui il propose de falsifier des billets de dollars pour «ruiner l’Amérique».

Le 22 mai 1974, Lucio et Anne sont arrêtés et accusés de complicité dans l’enlèvement d’un banquier espagnol, avant d’être acquitté. Lorsque le roi d’Espagne débarque en France en 1976, il est assigné à résidence pendant cinq jours à Belle-Île-en-Mer avec une douzaine d’autres anarchistes. Les autorités craignent qu’il ne perturbe les cérémonies.

En 1978, «Lucio» continue de procurer armes et faux papiers à certains groupes en lutte contre les restes de la dictature franquiste. Il fournit aussi des faux papiers à des exilés des dictatures latino-américaines : Uruguay, Bolivie, Chili et Argentine.

À Paris, le «maçon faussaire» devient une sorte de «préfet libertaire» qui distribue les faux papiers : il dira avoir en avoir vendu plus de «150 kilos». Il est traqué par Interpol et la Police Judiciaire française, mais réussit la plupart du temps à déjouer la répression.

Son plus grand coup d’éclat sera la falsification en 1979 de chèques de voyages de la Citibank pour 20 millions de dollars ! Ces faux chèques sont utilisés par des réseaux de luttes. Il est arrêté. En 1982, il est condamné à treize mois de prison ferme pour fabrication de faux papiers. Mais il parvient à négocier avec la City Bank l’arrêt des poursuites, en échange des plaques servant à fabriquer les faux chèques.

Il est en 1996 à l’initiative de la construction d’un centre anarchiste à Paris, baptisé Louise Michel. Le lieu sera un espace de libre exposition, à la disposition de tous les artistes qui le souhaitent, et un lieu de débats.


«Lucio» est décédé le 18 juillet 2020, à l’âge de 89 ans, après une vie courageuse et bien remplie. Sans Dieu, sans maître, et la tête haute.


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