Quelle est la République de Macron ?


Il y a 150 ans, la IIIe République née dans le sang de la Commune


Macron a prononcé ce vendredi un discours censé célébrer la «République». L’occasion d’annoncer un plan contre les «séparatismes», un mot valise qui vise à réprimer celles et ceux qui sortent du cadre. Le président a apporté son soutien aux «policiers, gendarmes, magistrats, maires» et asséné : «ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux élus, ne passeront pas».

Mais quelle est la République de Macron ? Nous sommes le 4 septembre 2020, et cette date est choisie pour commémorer ses 150 ans. Il ne s’agit donc ni de la 1ère République, qui met fin à la monarchie pendant la Révolution, ni de la 2ème République, sociale, issue de la Révolution de 1848. Non, Macron commémore la 3ème République, celle de 1870.


Un peu d’histoire :

  • Au 19eme siècle, la France est secouée par des tensions politiques et des Révolutions régulièrement. En 80 ans, pas moins de 7 régimes politiques se succèdent. La 3e République apparaît avec la chute du Second Empire, après une défaite militaire contre la Prusse. La République est proclamée le 4 septembre à l’hôtel de ville de Paris. Des élections sont organisées : la droite et les royalistes sont majoritaires à l’Assemblée. C’est la République des propriétaires, de l’ordre et de la réaction.
  • L’acte inaugural de cette période est la Commune de Paris. Le 18 mars 1871, le peuple de Paris se soulève, prend les armes et proclame la Commune. Le drapeau rouge est brandi, les représentants de la Commune prennent des mesures d’urgence face à la misère : annulation des loyers, pensions pour les blessés de guerre, construction d’orphelinats… Une forme de démocratie directe est expérimentée. Des mesures pour l’émancipation des femmes – qui participeront aux combats –, pour la laïcité et la liberté de la presse sont prises. Pendant ce temps, la 3ème République se réfugie à Versailles, la ville des Rois, loin du peuple. Ses armées encerclent Paris et attaquent la ville en mai. C’est un immense massacre : 20.000 communards sont exécutés sommairement, hommes, femmes, enfants. Des milliers d’autres sont déportés. C’est un traumatisme terrible. La 3ème République naît dans le bain de sang du peuple insurgé.
  • La 3ème République s’illustre par un colonialisme forcené. En 1885, Jules Ferry prononce son célèbre discours dans lequel il déclare que «la France doit être un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient (…), et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie». Il ajoute «il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (…) Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures». Ce sera la justification des massacres coloniaux et des guerres de conquêtes.
  • Répression. Durant la même période, la République réprime avec une extrême brutalité les mobilisations sociales. Le monde ouvrier, qui survit dans des conditions effroyables, s’organise, se syndique, se révolte. On envoie l’armée contre les grévistes, qui sont parfois fusillés, les mouvements anarchistes sont infiltrés, surveillés et éliminés. D’importants moyens sont mis dans l’éducation, mais c’est aussi l’occasion de faire disparaître les langues régionales et les identités locales. L’école laïque, gratuite et obligatoire ‘apparente alors à un conditionnement nationaliste.
  • C’est aussi une période de développement de l’antisémitisme, marquée par l’affaire Dreyfus, et l’apparition de mouvements pré-fascistes tels que l’Action Française. C’est la 3ème République qui précipite la population française dans une guerre effroyable : celle de 14-18. Des millions de français sont envoyés dans l’horreur des Tranchées. Une génération entière est sacrifiée, et cette brutalité inouïe sera le ferment des totalitarismes.
  • La 3e République finira dans la disgrâce. À bout de souffle, après avoir abandonné l’Espagne Républicaine sous les bombes fascistes en 1936, après avoir laissé Hitler armer massivement l’Allemagne et verrouiller son Régime, les députés français votent, massivement, le 10 juillet 1940, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

Qu’y-a-t-il à commémorer ?


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