Inversion des responsabilités : menaces et poursuites contre des militants, l’histoire d’un acharnement


Des militants en lutte contre le Surf Park subissent une attaque des défenseurs du capitalisme et sont poursuivis en Justice


Nous en parlions dans un précédent article, des opposant.e.s au projet de Surf Park dans le pays de Retz organisaient un week-end de rencontres dans un champ menacé par projet du 19 au 20 juillet dernier. Alors que le camp s’installe tranquillement, une milice pro-Surf Park d’une quarantaine de personnes vient attaquer le site avec des tracteurs, des bâtons, des marteaux, et expulse les militant.e.s écologistes.

Le 23 mars dernier, ce ne sont pourtant pas les élus locaux, ni les riverain.e.s ni les membres de la FNSEA présent.e.s ce jour-là et constitué.e.s en milice pour l’occasion qui passent en procès, mais… 4 opposants au projet ! Ils sont accusés de «s’être installé en réunion et en vue d’y établir son habitation, même temporaire, sur le terrain appartenant à X» et de «violences volontaires en réunion avec usage ou menace d’une arme».

Bien évidemment, ces accusations sont construites. D’une part, il n’était pas question d’y établir une habitation, mais seulement d’installer des petites infrastructures démontables pour des moments d’échanges et de débat. D’autre part, le propriétaire du champ a accepté de vendre ce terrain à la société qui construit le Surf Park, il est donc voué à la destruction dans quelques mois si le projet se maintient… Poursuivre des personnes qui ont souhaité exercer leur droit de réunion, garanti par de nombreuses conventions internationales, est d’une perfidie stupéfiante.

Au-delà de ces considérations, notons que ce délit a été créé pour réprimer les Gens du voyage, stigmatisés en permanence par tous les discours politiques. Il va désormais aussi servir à repousser les militant.e.s écologistes qui tenteront d’empêcher des projets polluants de se faire.

Quant à l’accusation de violences volontaires, la fourberie est d’un niveau monumental. La milice qui est venue était armée et très manifestement en pleine forme pour en découdre. En d’autres termes, elle a prémédité l’attaque armée, mais le parquet ignore consciemment cette partie de l’affaire et ne les a pas poursuivis. Aucune enquête n’a eu lieu contre ces nervis armés. Aucune poursuite, et parmi eux se trouvent des élus et représentants de la FNSEA, un syndicat d’agriculteurs qui milite pour la baisse du coût du travail salarié, l’utilisation de pesticides nocifs comme le glyphosate, l’industrialisation des exploitations, l’exploitation animale, qui défend régulièrement les exploitations intensives… Bref, la FNSEA est anti-sociale et anti-écologiste.

Cette impunité a donc probablement motivé 3 d’entre eux à venir chouiner contre les militants écologiques et gratter environ 15 000 euros de dommages-intérêts pour leurs «blessures» ! L’inversion des fautes et des responsabilités est totale. Le pouvoir ne peut plus cacher qui sont ses réels ennemis : celles et ceux qui militent contre des projets capitalistes, indépendamment de la commission de faits répréhensibles ou non.

Comble de l’ignominie, deux agriculteurs engagés dans la lutte contre le Surf Park et au subissent un harcèlement inquiétant : menaces de mort, vol sur leur propriété, agressions verbales en groupe sur le terrain des paysans… Et la gendarmerie refuse de prendre les plaintes.

Ces pratiques rappellent une autre affaire en Bretagne. Morgan Large, journaliste qui enquête sur l’industrie agro-alimentaire dans la région, subit des pressions pour le moins étonnantes : téléphone qui sonne la nuit, portes de la radio pour laquelle elle travaille forcées, et le dernier en date : les boulons fixant une des roues arrière de son véhicule ont été enlevés. Ces pratiques d’intimidation et de menaces sont plutôt courantes de la part de grands groupes agroalimentaires, comme le montre l’enquête du média Bastamag. Une manifestation de soutien a rassemblé plusieurs centaines de personnes mardi 6 avril à Rostrenen, pour revendiquer la liberté d’informer sur les groupes agro-alimentaires.

Face à un tel acharnement, la solidarité est notre principale arme. Un rassemblement de soutien devrait avoir lieu à Chauvé dans les prochaines semaines.

Lutter contre des grands projets, contre les géants du capitalisme, peut coûter cher si nous laissons les puissants s’attaquer aux individus isolés. À nous de prouver, de Chauvé à Rostrenen, que la solidarité et la diversité de modes d’action permet d’obtenir des victoires.

Le verdict sera donné le 20 avril.

Pour se tenir informé.e.s, consultez le blog www.terrescommunes.zci.fr

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