🚜 NANTES : RASSEMBLEMENT DE LA CONFEDERATION PAYSANNE DEVANT LA PREFECTURE

Denormandie en Bretagne đŸ€·â€â™€ïž


Le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, poursuivait son tour de France pour promouvoir la rĂ©forme de la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC), avec un passage Ă  Nantes hier, aprĂšs Rennes il y a quelques jours.


Pour rappel, la PAC est un projet europĂ©en crĂ©Ă© en 1962, visant Ă  la fois Ă  garantir un certain protectionnisme agricole, et “harmoniser” la production (en fait, l’intensifier) face au marchĂ© mondial. La PAC a subi plusieurs mutations au cours des 60 derniĂšres annĂ©es. Avec la PAC de la premiĂšre dĂ©cennie, se met en place la diffusion de l’utilisation de produits chimiques, d’expĂ©rimentations gĂ©nĂ©tiques et de la mĂ©canisation du monde agricole, au nom de la productivitĂ©, et aux dĂ©pends des « petits » paysans. C’est d’ailleurs dans cette pĂ©riode que l’État français affiche clairement sa volontĂ© d’en finir avec la paysannerie : ce que l’on veut durant les Trente Glorieuses, et aujourd’hui encore, ce sont des agriculteurs, pas des paysans.
L’agriculteur symbolise le rendement, l’intensif, l’économie de marchĂ©, lĂ  oĂč le paysan est le vestige rural d’un monde prĂ©-mondialisation selon ces Ă©nervĂ©s capitalistes.
Les annĂ©es 90 voient une libĂ©ralisation de la PAC et donc logiquement un effacement du protectionnisme europĂ©en. Mais il faut attendre les annĂ©es 2003 et surtout 2013 pour que les questions environnementales et animales soient abordĂ©es, de loin, de trĂšs loin. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la PAC en France est tournĂ©e pour satisfaire le lobby agricole, pardon, le syndicat agricole FNSEA, libĂ©ral, patronal et productiviste (celui lĂ  mĂȘme dont les partisans conservateurs sinon rĂ©actionnaires avaient dĂ©licatement Ă©crasĂ©s Ă  coups de bottes des ragondins devant la prĂ©fecture de Nantes il y’a quelques annĂ©es, ou encore subtilement pendu un sanglier au-dessus d’un autoroute, en bref, des gens trĂšs chouettes), vĂ©ritable pot pourri des gros exploitants, aux dĂ©triment des paysans plus modestes, gĂ©nĂ©ralement reprĂ©sentĂ©s par la ConfĂ©dĂ©ration Paysanne, et surtout aux frais de la biodiversitĂ© et de l’environnement.
Aujourd’hui donc, les reprĂ©sentants des diffĂ©rents syndicats et d’autres acteurs du monde agricole Ă©taient invitĂ©s Ă  Ă©changer avec le Ministre quand Ă  plusieurs mesures relatives Ă  l’application de la rĂ©forme d’une nouvelle PAC, dans les locaux de la PrĂ©fecture. Exemple de nouvelles mesures potentielles : l’interdiction de certains pesticides (on peut sans trop de difficultĂ©s imaginer la position de la FNSEA sur la question), ou encore le projet de replanter des haies au bord ou au sein des champs : cette derniĂšre mesure visant Ă  aller Ă  rebours du dĂ©membrement initiĂ© il y a plusieurs dĂ©cennies, vĂ©ritable dĂ©sastre Ă©cologique.
Seulement voilĂ , vouloir remembrer c’est bien, mais c’est coĂ»teux. Si des paysans sensibles aux questions environnementales n’ont pas attendu le gouvernement pour replanter des haies, c’est en revanche le cas des agriculteurs de la FNSEA, qui rechignent Ă  morceler leurs champs en parcelles, parce que oui, cela oblige Ă  contourner les haies avec son tracteur, et pour le gros exploitant, c’est un effort impensable. La FNSEA aime les champs plats, grands et moches, sans animaux ni haies, pour ainsi dire aseptisĂ©s et sans vie. Alors planter des haies, si c’est une obligation, pourquoi pas, mais Ă  condition d’avoir des subventions. L’UE en proposent justement, mais lĂ  encore, qui en bĂ©nĂ©ficiera le plus? Les agriculteurs disposant des surfaces les plus larges, les mĂȘmes qui sont le plus hostiles Ă  l’idĂ©e de planter des haies, pendant que les paysans plus modestes comme ceux de la ConfĂ©dĂ©ration Paysanne seront moins subventionnĂ©s alors mĂȘme qu’ils sont pourtant les plus partisans du remembrement ! Face Ă  cette Ă©niĂšme aberration des politiques agricoles libĂ©rales, des membres de la ConfĂ©dĂ©ration Paysanne s’étaient donc rassemblĂ©s devant la prĂ©fecture avec plusieurs tracteurs, pour interpeller sur la condition actuelle du monde paysan.
Des rangĂ©es de bottes vides ont Ă©tĂ© alignĂ©es sur le parvis du Cours des 50 otages pour symboliser la disparition de ce monde paysan, coincĂ© entre d’un cĂŽtĂ© les gros exploitants qui voudraient rĂ©duire l’agriculture Ă  une question purement marchande, et de l’autre le gouvernement aux orientations stratĂ©giques française demeurant trĂšs sectorielles, et trop soumises Ă  la logique de compĂ©titivitĂ©. SolidaritĂ© avec le monde paysan et contre ces logiques mortifĂšres !
📾 Nantes RĂ©voltĂ©e