đź“ş COUPURE TÉLÉ : DESCENTE ANTITERRORISTE CONTRE « L’ULTRA-GAUCHE » DANS LE LIMOUSIN

– 6 arrestations et un média indépendant attaqué : interview de personnes perquisitionnées –

Mardi 15 juin, Ă  l’aube, dans un petit village du Limousin, des dizaines de vĂ©hicules de forces de l’ordre, gendarmes cagoulĂ©s et autres groupes « anti-terroristes » dĂ©barquent de Paris. C’est la commune de Gentioux, 350 habitants, qui est visĂ©e. L’institutrice de l’école communale, 57 ans, est embarquĂ©e par les agents au visage masquĂ©s. Elle est Ă  trois semaines de la retraite. Les voisins et voisines, paniquĂ©s, qui tentent de s’opposer Ă  ce qu’ils vivent comme un enlèvement, sont gazĂ©s.

Au total, 7 personnes sont arrĂŞtĂ©es et remontĂ©es vers Paris pour des gardes Ă  vue « anti-terroristes » qui peuvent durer 96 heures. L’Etat les accuse du crime abominable de « destructions matĂ©rielles en bande organisĂ©e portant atteinte aux intĂ©rĂŞts de la Nation ». C’est Ă  dire l’incendie d’antennes de tĂ©lĂ© et de tĂ©lĂ©phonie mobile. Une coupure tĂ©lĂ© assimilĂ©e Ă  du terrorisme. En plus des arrestations, la police a perquisitionnĂ© d’autres domiciles, notamment des personnes liĂ©es Ă  des mĂ©dias indĂ©pendants locaux, pour saisir leurs ordinateurs. Une pure manĹ“uvre d’intimidation. Une opĂ©ration qui rappelle fortement « l’affaire Tarnac », en 2007, qui avait eu lieu juste Ă  cĂ´tĂ©. Des personnes concernĂ©es expliquent Ă  Nantes RĂ©voltĂ©e : « sur la journĂ©e il y a eu plusieurs descentes Ă  6H dans 4 maisons avec cagoules, gilets pare balles […] le reste de la journĂ©e des Ă©quipes ont menĂ© des perquisitions avec interrogatoires chez au moins 8 personnes. »

Concernant les perquisitions, elles ont eu lieu « sous statut de tĂ©moins et de tĂ©moins assistĂ©s avec des fouilles intĂ©grales des maisons, des saisies de matĂ©riel informatique, des prises de notes sur les diffĂ©rents livres politiques et autres documents militants, des prises d’ADN », et des interrogatoires. La police dĂ©barque chez des gens suspectĂ©s de rien pour ficher leurs lectures et leurs empreintes gĂ©nĂ©tiques. « Les enquĂŞteurs posaient des questions sur les activitĂ©s politiques, ils manifestaient un grand intĂ©rĂŞt pour une chorale militante de Limoges et un site d’information participatif, La Bogue, ainsi que les liens amicaux et politiques avec les personnes en garde Ă  vue ». Finalement « il y a eu peu de questions sur les faits, mais plus sur les activitĂ©s et les relations ».

Les flics vont noter des descriptions dĂ©taillĂ©es des intĂ©rieurs des maisons, une façon de profiler des modes de vie, parfois chez de simples familles. Il règne une « impression d’humiliation, d’impuissance, d’intimidation, qui laisse la place Ă  la paranoĂŻa : on a peur au moindre bruit, on craint une nouvelle descente surprise. Et en mĂŞme temps on a de la colère et de la rage face Ă  l’injustice. »

Pourquoi une telle mise en scène, un tel coup de pression sur « l’ultra-gauche » alors que la violence d’extrĂŞme droite ne cesse d’augmenter ? « Il s’agit d’un coup mĂ©diatique, en pleine pĂ©riode Ă©lectorale tout en faisant peur et en fichant des personnes perçues comme trop Ă  gauche ». Des mobilisations ont dĂ©jĂ  eu lieu localement. Une banderole de soutien Ă  l’institutrice arrĂŞtĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©e et la façade de la mairie de Gentioux a Ă©tĂ© couverte d’une inscription : «fuck le 17» ou encore «ma maĂ®tresse m’a radicalisĂ©e».

Pourquoi la police a-t-elle ciblĂ© le mĂ©dia La Bogue ? «Cibler un mĂ©dia indĂ©pendant constitue un procès d’intention reposant sur la publication du communiquĂ© de presse de revendication. Ce communiquĂ© a d’ailleurs Ă©tĂ© publiĂ© auparavant par la presse locale […] il s’agit d’un procĂ©dĂ© similaire Ă  l’affaire Tarnac, consistant Ă  utiliser des procĂ©dures judiciaires pour de la communication mĂ©diatique et pour crĂ©er une figure repoussoir, mystifiĂ©e, fantasmĂ©e : “l’ultra-gauche”.» Pendant ce temps, les fascistes diffusent Ă  jets continus leur idĂ©ologies sur toutes les antennes.

Derrière cette opĂ©ration visant Ă  terroriser les opposants et opposantes politiques, notons l’ironie de la situation : une coupure de tĂ©lĂ©vision de quelques heures est qualifiĂ©e par l’Etat de « terrorisme », mais l’attaque d’un petit mĂ©dia indĂ©pendant fait partie de «l’Etat de droit».


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