Un proche de Macron arrêté pour avoir drogué sa collègue : le procureur protège l’agresseur

L’affaire a fait du bruit au sein du microcosme Macronien : fin février, Laurent Bigorgne, un proche ami du Président, était arrêté pour avoir drogué une de ses collègues à son insu dans l’objectif manifeste d’obtenir un rapport sexuel. Laurent Bigorgne fait partie du premier cercle de Macron : directeur d’un lobby ultra-libéral, «l’Institut Montaigne», il fait partie des fondateurs de LREM. Il a hébergé le mouvement de Macron à son domicile personnel dès 2016, a organisé la levée de fond durant la campagne de 2017, a écrit une grande partie du programme présidentiel, et continue de conseiller étroitement le pouvoir. Laurent Bigorgne était même pressenti pour obtenir un ministère. C’est donc cet individu qui a reconnu, le 26 février, avoir «drogué sa collaboratrice après avoir lui-même consommé de la cocaïne» alors qu’il lui avait précédemment envoyé des SMS à connotation sexuelle.

Les éléments sont accablants, et pourtant :

  • Lorsque les enquêteurs lui demandent s’il a déjà drogué des personnes à leur insu, Laurent Bigorgne avoue qu’il a drogué sa propre compagne l’automne dernier qui explique s’être réveillée en pleine nuit avec une grande soif, et s’être «sentie mal, bizarre». Ces faits ne font l’objet d’aucune poursuite ni investigations supplémentaires.
  • L’avocat de la plaignante, Maître Alimi, pointe aussi l’absence d’investigations quant à l’existence d’un climat de harcèlement sexuel déclenché par Laurent Bigorgne au sein de l’Institut Montaigne alors que sa cliente a mentionné le nom de deux anciennes collaboratrices parties précipitamment de l’institut.
  • L’avocat relève que certaines expertises n’ont pas été effectuées sur sa cliente, à commencer par l’évaluation de son incapacité totale de travail. Ce qui est d’usage dans une procédure avec une plainte pour une agression.
  • Les ordinateurs et téléphones saisis chez le prévenu lors de la perquisition n’ont pas été exploités et lui ont été restitués. Alors même que dans de nombreuses affaires, les supports numériques de manifestant-es par exemple, sont placés sous scellés pendant des mois et fouillés de fond en comble. Pour Laurent Bigorgne, ces supports auraient pourtant pu révéler des éléments, des échanges, éventuellement du harcèlement à même d’éclairer l’affaire.
    L’enquête est d’ailleurs extrêmement courte : bouclée en à peine trois jours, suivie d’une convocation en justice dans un délais très bref, alors que la plupart des affaires traînent en longueur et gênent durablement la vie de personnes poursuivies.
  • Encore plus préoccupant : au lendemain de la plainte, l’un des enquêteurs a fait des recherches sur le passé de la plaignante dans le fichier du «traitement des antécédents judiciaires» (TAJ), qui regroupe les personnes ayant eu affaire à la justice. En principe, le fichier TAJ sert à enquêter sur les suspects, et en aucun cas à incriminer les plaignant-es.

L’avocat est très clair : «Il apparaît évident que le parquet de Paris a délibérément écarté certaines qualifications pénales […] aux fins de protéger une personne politique et, par là même, l’Institut Montaigne». Les femmes étaient «la grande cause du quinquennat» prétendait Macron. Après avoir nommé un ministre de l’Intérieur mis en cause pour viol, le pouvoir semble protéger un prédateur dont il est très proche.


L’article de Médiapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/070322/accuse-d-avoir-drogue-l-une-de-ses-collaboratrices-l-ex-directeur-de-l-institut-montaigne-beneficie-d-une

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