Manifeste conspirationniste : morceaux choisis


“Il aura suffi d’un claquement de doigts, il aura suffi qu’un quarteron de pervers domiciliés à l’Élysée déclarent «la guerre» pour réaliser notre condition : nous habitions dans un piège, qui était resté longtemps ouvert, mais pouvait se refermer à tout moment.”


Extrait du manifeste conspirationniste : "Il aura suffi d’un claquement de doigts, il aura suffi qu’un quarteron de pervers domiciliés à l’Élysée déclarent «la guerre» pour réaliser notre condition : nous habitions dans un piège, qui était resté longtemps ouvert, mais pouvait se refermer à tout moment."

“Ce qui nous est apparu au printemps 2020 – quand notre appartement s’est changé en cellule avec promenade quotidienne, cantinage au supermarché, patrouilles de flics-matons, pompes de taulard mais pas de parloir –, c’est que notre absence de liberté ne réside pas dans l’autorisation ou non d’aller et venir, mais dans l’état de dépendance sans borne où cette société nous tient. Il aura suffi d’un claquement de doigts, il aura suffi qu’un quarteron de pervers domiciliés à l’Élysée déclarent «la guerre» pour réaliser notre condition : nous habitions dans un piège, qui était resté longtemps ouvert, mais pouvait se refermer à tout moment. Le pouvoir qui nous détenait s’incarnait bien moins dans les guignols hystériques qui peuplent, pour notre plus grande distraction, la scène politique, que dans la structure même de la métropole, dans les réseaux d’approvisionnement à quoi notre survie est suspendue, dans le panoptique urbain, dans tous les mouchards électroniques qui nous servent et nous cernent, bref : dans l’architecture de nos vies. Voilà tout un environnement sur lequel nous n’avons aucune prise réelle, que d’autres ont pensé pour nous, et où nous sommes faits comme des rats.

Un urbaniste allemand, dessinateur originairement socialiste des grands réseaux d’infrastructures américaines d’après-guerre, écrivait déjà dans les années 1920 : «La métropole apparaît avant toute chose comme une création du capital tout-puissant, comme un aspect de son anonymat, comme une forme urbaine dotée de ses propres fondations psychiques collectives, économiques et sociales qui permettent l’isolement simultané et l’amalgame le plus serré de ses habitants.» (Ludwig Hilberseimer, L’Architecture de la métropole, 1927)

Doublée désormais de l’écosystème virtuel que chacun transporte avec lui, la métropole est cet environnement total, cet environnement d’environnements, où tout est possible et où rien ne l’est. La liberté formelle de l’atome humain se meut dans le cercle de béton de possibles balisés par l’environnement que l’on a construit autour de lui, pour lui. […] Une glissière d’autoroute, une caméra de surveillance ou un banc anticlochard matérialisent autant d’injonctions implicites. La seule liberté qui vaille est celle à la source de quoi nous nous trouvons. C’est celle de faire notre propre environnement, de l’altérer, de le configurer, c’est-à-dire de faire en sorte qu’il ne soit précisément plus un «environnement», mais un milieu où nous ne faisons pas que nous insérer convenablement, où nous existons.

Inutile de préciser que cela ne se fait pas seul. Cela requiert de sortir de l’isolement prescrit et de recouvrir la puissance d’agir inhérente à tout tissu humain vivant, à toute densité d’expériences partagées.”


“En mars 2020, on ne nous a pas imposé une quarantaine ; on nous a infligé un confinement. La différence est de taille, et de registre.

Le confinement est, en France, la doctrine officielle de gestion des accidents nucléaires majeurs. Si la radioactivité se déconfine à l’excès du cœur d’un réacteur, c’est aux humains de s’enfermer chez eux. Non par souci «sanitaire» : on se doute bien que des ingénieurs qui font peser sur leurs semblables le danger atomique ont d’autres préoccupations que le bien être de leurs concitoyens. On apprend sans surprise dans un rapport de 2007 écrit par un expert de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire que «la première victime de l’accident nucléaire, c’est l’économie française».

Le but du confinement, là aussi, est de prévenir les effets d’une panique générale, de garder la maîtrise de la population, de préserver le pilotage du système. Le nucléaire, convenons-en, est de ces choses à quoi on préfère ne pas penser. Sans quoi on arrête tout. C’est le genre de sujets auxquels il vaut mieux rester étranger si l’on veut continuer de fonctionner. Les propriétaires de ce monde n’ont pas ce loisir. Ils ne peuvent pas ne pas y penser. C’est leur péché originel, leur guerre froide permanente et le verrou ultime dont ils disposent contre toute explosion politique, contre toute révolution : comment allez-vous gérer les centrales sans nous autres, les technocrates ? Le printemps 2020 en France ne se comprend pas comme une simple répétition grandeur nature en vue de l’inévitable accident que prévoient en toutes lettres, désormais, les autorités nucléaires françaises. Le confinement est le projet de société que les maîtres présents ont conçu à leur avantage. Aussi, on ne sera pas étonné de trouver dans un livre sur le nucléaire paru à l’été 2019 un chapitre intitulé «La société du confinement».”


Extraits du “Manifeste Conspirationniste”, Anonyme, 2022.

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