Macron dynamite le droit au chômage


Bientôt le retour du travail forcé ?


«Pénurie d’enseignants», «pénurie d’emplois saisonniers dans la restauration», «pénurie de soignants». Tout l’été, les médias ont titré sur une prétendue «pénurie» de travailleurs et travailleuses. La réalité, c’est qu’une grande désertion du marché du travail a lieu dans tout l’Occident. Rien qu’en France, entre fin 2021 et début 2022, le nombre de démissions a atteint un niveau historiquement haut, avec près de 520.000 démissions par trimestre. Aux États-Unis ce sont 20 millions de personnes qui ont démissionné depuis le début de l’année 2022. Et les boulots trop précaires, trop humiliants, trop mal payés sont boudés, surtout s’ils ne permettent même pas de gagner de quoi vivre dignement. Qui veut encore gâcher sa vie dans des emplois sous-payés, qui détruisent la santé physique ou mentale, et qui sont vides de sens ? Plus grand monde.

Cette désertion est un moyen de pression silencieux mais massif sur les patrons. Votre job est trop insupportable ? On part ou on boycotte.

Mais le régime de Macron a trouvé la solution miracle. Pour forcer les gens à accepter des conditions de travail insoutenables, le gouvernement va casser le droit au chômage et attaquer le RSA. Ainsi, l’objectif est d’empêcher purement et simplement de quitter le monde du travail, de faire une pause, de démissionner, de se réorienter.

Avec un cynisme total, le gouvernement fait voter ces derniers jours à l’Assemblée une «loi sur le plein emploi» qu’il faudrait rebaptiser «travail forcé». Par une série d’amendements, la majorité vient de valider la fin au versement des indemnités chômage en cas d’abandon de poste. La loi assimilera l’abandon de poste à la démission ce qui veut dire plus le droit de toucher le chômage. De même, un refus de CDI lorsque l’on est en CDD – avec les maigres avantages que comporte ce type de contrat – est considéré comme une démission. Les patrons pourront ainsi faire un chantage à leurs employés en contrat précaire, et leur proposer un CDI pour les forcer à accepter des conditions de travail indignes. Enfin, les indemnités seront liées aux fluctuations du «marché du travail». Sur la base d’évaluations gouvernementales. Autrement dit, sur la base du bon vouloir des pouvoirs publics, qui pourront baisser l’allocation chômage pour forcer ses bénéficiaires à prendre des postes. C’est une mise à mort de l’assurance chômage à laquelle on assiste.

Pour rappel, le chômage n’est pas un «cadeau», mais une conquête sociale. Une partie de la richesse produite par un travailleur est prélevée sous forme de cotisations pour être reversée au cas où le travailleur n’aurait plus d’emploi. C’est un système de sécurité sociale, une assurance pour le travailleur : une sorte de salaire différé que l’on reçoit en cas de coup dur. C’est cela que Macron détruit. En faisant passer ces cotisations pour des «charges», l’idéologie libérale cherche à les réduire au maximum pour «faire baisser le coût du travail» et ainsi rendre les entreprises plus «compétitives». On passe ainsi progressivement d’un système d’assurance, hérité du Conseil National de la Résistance, à un système d’assistance, où l’État verse juste le minimum pour survivre à celles et ceux qui n’ont plus rien.

Pourtant, en 2017, le candidat Macron tenait un discours diamétralement opposé. Il proposait l’indemnisation des démissionnaires. Il s’agissait à l’époque selon lui de «faciliter» les changements de postes, les transformations de carrières, dans un esprit très start-up nation. L’assurance chômage devait même aider à la «flexibilité» du marché du travail. Ici, c’est une autre démarche. Après avoir cassé le code du travail et les protections des salariés, Macron réduit les possibilités de quitter un job nocif. Et c’est la même logique qui guide la «réforme du RSA»: obliger les bénéficiaires du RSA à travailler gratuitement pour obtenir cette prestation. Non seulement on vous donne de l’argent de poche qui vous permet à peine de survivre, mais en plus on vous exploite gratuitement en vous demandant de dire merci.

Le vote solennel sur le texte est prévu mardi 11 octobre. Le but du pouvoir est clair : anéantir les possibilités de désertion. Y compris au travail. Les gouvernants veulent nous enfermer dans la cage du néolibéralisme. Organisons les échappatoires, mettons Macron au chômage !

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