«Refus d’obtempérer» : 14ème mort par balle par la police en 10 mois

Un policier qui dégaine son arme contre une voiture. Une personne qui meurt. La scène devient malheureusement courante en France. Des agents de police ont tiré sur un conducteur ce vendredi 14 octobre 2022 au soir dans le XIIe arrondissement de Paris après un refus d’obtempérer selon les autorités. Il y avait trois personnes dans la voiture, le chauffeur est décédé.

Ces drames se multiplient. En seulement 10 mois, c’est le 14ème décès par balle par la police lors d’un «refus d’obtempérer». 14 morts en 10 mois, une véritable explosion.

Le soir du second tour de la Présidentielle, en avril, au cœur de Paris, un policier dégaine un fusil d’assaut. Une arme de guerre extrêmement puissante, en principe réservée aux situations antiterroristes. La menace ? Un refus d’obtempérer. L’agent tire une rafale de munitions de mitrailleuse sur le véhicule. Deux frères sont tués sur le coup. Un troisième homme, passager, est gravement blessé. Les balles ont été tirées dos au véhicule. Un témoin confirmera qu’il n’y avait aucun danger. Une exécution sommaire.
Le 4 juin, des policiers à vélo tirent une dizaine de munitions sur une voiture en pleine rue, en plein jour à Paris. Au milieu des passants. La jeune passagère, Rayana, meurt d’une balle en pleine tête. Le conducteur est gravement blessé. Une jeune femme a été tuée parce qu’elle était assise là. Elle rentrait de soirée.

Le 6 septembre dernier à Rennes. Un véhicule suspecté de transporter de la drogue ne s’est pas arrêté. Et c’est la passagère du véhicule, une jeune femme de 22 ans, qui a été tuée par balle. Une «victime collatérale» de la violence d’État de plus qui perd la vie. Le conducteur, lui, a été blessé au bras et interpellé.
Fin septembre, une balle tirée par un policier pour «refus d’obtempérer» finit dans la fenêtre d’un bus RATP, heureusement sans faire de mort.

Et ce ne sont que quelques exemples parmi de nombreux autres d’une police en roue libre. En 2017, le Parti Socialiste a voté, sous la pression de syndicats policiers d’extrême droite, une «extension» du principe de présomption de légitime défense. Étendant le permis de tuer aux voitures en fuite, notamment. L’effet a été immédiat : une explosion des tirs et des morts.

Ces décès sont lié à la militarisation rapide de la police française et à l’extrême banalisation du fait de tirer. Le simple fait de dégainer, rarissime il y a encore 10 ans, est devenu courant. Appuyer sur la gâchette n’effraie plus la police.

Cette explosion de décès se justifie-t-elle parce que la dangerosité augmente ? Même pas. Le nombre d’agents morts en exercice n’a pas cessé de baisser. Les spécialistes estiment que «sur 30 ans, le risque de décès pour un policier a été divisé par 3», passant de plus de 30 par an dans les années 1980 et 1990 à une dizaine, voire moins aujourd’hui. Aujourd’hui, la police tue beaucoup plus qu’elle n’est elle-même victime. C’est bien l’insécurité causée par la police qui augmente. Et la population qui paie.

Combien de morts faudra-t-il pour désarmer la police ?


La liste des tués par Désarmons, avant le décès de ce vendredi :

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