70 ans de terrorisme d’État


Quelques réponses aux questions lues et entendues ces derniers jours, dans la grande confusion autour de la situation en Palestine. Des éléments de réflexion pour comprendre le conflit après le choc de l’offensive du Hamas, à lire et à partager.


«Pourquoi les palestiniens ne manifestent pas pacifiquement ?»

Ils l’ont déjà fait à de nombreuses reprises. Dernier exemple marquant, en 2018. Une grande «marche du retour» totalement pacifique est alors organisée. Il s’agit d’une série de manifestations visant à dénoncer le mur de séparation qui enferme Gaza, en s’approchant du mur.

Ces marches rassemblent plus de 40.000 palestiniens. L’armée israélienne tire. Plus de 200 palestiniens sont tués. Un an après, l’ONU comptabilisait près de 29.000 personnes blessées dont plus de 7.000 par des tirs à balles réelles, dont 1.849 enfants et 115 secouristes. Selon l’ONU : «Plus de gens ont été blessés en environ 10 jours de manifestations, pour la plupart pacifiques, que pendant les 50 jours d’une guerre totale en 2014».

Il s’agissait d’une exécution massive de civils désarmés par des militaires, en terrain dégagé. Une partie de chasse. Les manifestants, pour beaucoup réfugiés, avançaient simplement face à un mur qui les enferme après qu’on leur ait volé leurs terres. Il n’y a pas eu la moindre sanction pour Israël. Pas non plus de condamnation internationale, ni de Tour Eiffel aux couleurs de la Palestine.

En 2003, la militante États-unienne Rachel Corrie, âgée de 23 ans, s’oppose à l’avancée d’engins de chantier venus détruire des maisons palestiniennes en annonçant sa présence avec un mégaphone. Un des bulldozers ne s’arrête même pas : il écrase la jeune femme. Très gravement blessée, Rachel meurt peu après, dans les bras de ses amis.

Les palestiniens et leurs soutiens ont tout tenté pour se faire entendre, même mourir en avançant désarmés sous les balles de snipers ou être broyé devant des caméras. Que leur reste-t-il ?

«Le Hamas ne veut pas de processus de paix»

Rappelons d’abord ce qu’est le Hamas : une faction religieuse, obscurantiste et dictatoriale créée en 1987. Bien après le début de la colonisation du territoire de Palestine. Des décennies après le début du conflit.

Le Hamas est le produit de la guerre coloniale, pas son déclencheur. Soyons clairs, les pratiques de ce groupe soutenu par l’Iran sont d’une grande violence, comme on l’a vu avec l’attaque d’un festival de musique organisé par des jeunes israéliens juste devant le mur qui enferme Gaza. Un massacre injustifiable, qui s’inscrit dans une logique d’escalade. Le Hamas impose aussi son autorité par la force au sein même de Gaza.

Mais comment le Hamas s’est-il implanté ? En 2005, le Premier Ministre israélien Ariel Sharon retire l’armée de Gaza avec l’idée de laisser ce territoire au Hamas et d’annexer au fur et à mesure une partie de la Cisjordanie. Les gouvernements suivants, notamment ceux de Benyamin Nétanyahou, vont autoriser le financement du Hamas et le laisser prospérer tout en réprimant les autres mouvements…

Avi Primor, ancien ambassadeur d’Israël et ancien porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères le reconnaîtra dans une interview : «C’est le gouvernement israélien, c’est nous qui avons créé le Hamas, afin de créer un poids contre le Fatah». Ce responsable expliquait que les israéliens «espéraient qu’ils allaient se chamailler avec le Fatah». Le Fatah, c’est l’autre grande force palestinienne, fondée par Yasser Arafat, laïque et plutôt à gauche. Le projet politique du Fatah était une «Palestine démocratique non confessionnelle» ouverte aux juifs, musulmans et chrétiens sans distinction d’ethnie ou de religion.

Cela n’arrangeait pas l’État israélien, qui a préféré diviser les palestiniens, et surtout créer un ennemi absolu, avec qui aucune négociation n’est possible : le Hamas. Cette organisation islamiste s’oppose à l’existence même d’Israël et veut imposer la charia. Ainsi, les dirigeants israéliens peuvent dire à leur opinion que toute négociation est impossible avec les extrémistes. C’est un calcul cynique qu’ils paient aujourd’hui.

Le Hamas est désormais la seule force militaire capable de mener des opérations d’envergure. Sur fond de désespoir total et d’impasse, une large partie des palestiniens soutiennent le groupe qui passe à l’offensive, en désespoir de cause.

«L’attaque du Hamas va justifier une répression terrible de la part d’Israël»

Israël n’a pas eu besoin des événements du 7 octobre pour organiser une répression terrible contre les civils.

Dès 1948, la colonisation repose sur une gigantesque opération d’épuration ethnique : la Nakba. Il s’agit d’un exode forcé de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, qui sont expulsés de leurs terres ou massacrés, au cours de la guerre qui est l’acte fondateur de l’État d’Israël.

On peut citer le massacre de Tantoura à ce moment là : un village entier de 200 palestiniens est rayé de la carte et tous ses habitants assassinés. Il faudra attendre les années 2000 pour que ce massacre soit reconnu. Un ancien soldat israélien racontera en riant dans un documentaire : «on a mis les Palestiniens dans des cages, on les a tués. L’un de nous a violé une palestinienne de 16 ans et on en a brûlé d’autres vivants avec des lance-flammes».

Dans les années 1970, le village palestinien d’Aqraba en Cisjordanie est choisi pour établir une nouvelle colonie israélienne. La Première Ministre de l’époque, Golda Meir, va d’abord organiser la destruction des récoltes, puis ordonner de pulvériser un produit chimique afin d’empoisonner les terres pour en chasser les habitants. La même a déclaré à propos des zones colonisées : «Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre», et même cette phrase terrifiante : «les Palestiniens n’ont jamais existé».

«Le Hamas s’attaque à des civils et des enfants»

Rien ne justifie ces actes, il s’agit de crimes de guerre. Mais on ne peut pas simplement dénoncer ces crimes sans rappeler qu’il s’agit de pratiques courantes et répétées du côté du colonisateur.

En effet, les autorités israéliennes tuent de plus en plus d’enfants. En 2015, un bébé de 18 mois meurt brûlé vif dans l’incendie de sa maison allumé par des colons.

L’année 2022 a été l’année la plus meurtrière pour les enfants palestiniens en Cisjordanie depuis 15 ans selon Human Right Watch, et l’année 2023 va malheureusement être bien pire. Le 22 août, les forces israéliennes avaient déjà tué au moins 34 enfants palestiniens en Cisjordanie. Ces derniers jours, de nombreux enfants, y compris des bébés, ont été fauchés par les bombardements sur Gaza.

L’État colonial met aussi des enfants en prison. Par exemple la célèbre Ahed Tamimi, emprisonnée à 17 ans pour avoir résisté à des soldats en armes. En 2019, on estimait qu’en moyenne, 700 enfants étaient arrêtés, interrogés et détenus par l’armée israélienne chaque année. C’est une forme de kidnapping institutionnalisé de mineurs.

Aucun média occidental ne le précise, mais si le Hamas a pris des otages, c’est avec un objectif : il s’agit d’obtenir des libérations de prisonniers palestiniens et d’éviter si possible des bombardements trop intenses. En 2011, un soldat israélien pris en otage, Gilad Shalit, avait été échangé contre 1000 prisonniers palestiniens. Oui, c’est immoral, c’est une guerre asymétrique.

En 2019, l’armée israélienne a détruit des canalisations et autres puits financés par des ONG pour permettre à des villageois palestiniens de survivre dans le climat aride, les terres les moins sèches étant colonisées en priorité. Il y a aussi des écoles régulièrement rasées. L’occupant fait tout pour rendre la vie des palestiniens invivable.

En 2021, après trois années et demi de travaux, la nouvelle clôture qui enferme Gaza est inaugurée. Elle devait être le symbole de l’invincibilité d’Israël. Elle s’élève à six mètres au-dessus du sol et est bardée de capteurs, caméras, antennes et autres équipements de surveillance qui ont coûté des fortunes. Pour les palestiniens, c’est le symbole de leur oppression. Voilà pourquoi la destruction de ce mur par le Hamas a suscité un tel engouement le 7 octobre.

Et maintenant ?

On pourrait multiplier ces exemples à l’infini, mais faire une liste des horreurs commises n’est pas l’objectif de cet article.

L’extrême droite est au gouvernement en Israël et un ministre comme Bezalel Smotrich est partisan du «grand Israël» qui consiste à déporter l’intégralité des palestiniens hors du territoire vers d’autres États arabes. Et ce projet ne date pas de l’attaque du Hamas. Quant au ministre de la sécurité, Ben-Gvir, il est tellement fasciste qu’il avait été condamné pour propagande terroriste par un tribunal israélien.

En 2023, avant l’attaque du Hamas, les villages brûlés et transferts de population s’accéléraient déjà. Le colonisateur a organisé une impasse, qui a mené à d’autres massacres. Sauf une désescalade inespérée et la mise en place d’un processus de paix juste, c’est donc un projet d’annexion totale voire d’ethnocide qui pourrait être envisagé par le gouvernement israélien à la faveur des attaques du 7 octobre.

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