Le sénateur Joël Guerriau accusé d’avoir drogué une député pour l’agresser

Joël Guerriau tout sourire au côté de François Fillon dans un palais de la République

Un sénateur macroniste en garde à vue pour avoir drogué à son insu une députée. Âgé de 66 ans, le politicien Joël Guerriau est un pur produit de la droite du pays nantais. Il a été maire de la commune de Saint-Sébastien-sur-Loire, au sud de Nantes, avant d’être sénateur de Loire-Atlantique affilié au parti Horizon d’Édouard Philippe. Un poste grassement payé qu’il occupe depuis 2011. Il est aussi vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, et a reçu de nombreuses médailles. Sur son temps libre, il publie des livres pour enfants, comme «Le terrible secret de Fergie» paru en 1992. Conservateur, Guerriau dénonce l’ultra-gauche, défend l’ordre et a même présidé une commission contre la drogue.

En 2016, le sénateur avait déjà fait parler de lui après avoir posté une photo de pénis en gros plan sur Twitter, accompagnée d’un message sérieux défendant son copain Bruno Retailleau, champion de la droite catholique et raciste des Pays de la Loire. Il avait prétendu avoir été «piraté».

Le 15 novembre, Joël Guerriau a donc été placé en garde à vue. Il est accusé d’avoir «administré à une personne, à son insu, une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes pour commettre un viol ou une agression sexuelle». Une infraction extrêmement grave punie de cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

La victime, une députée invitée chez le sénateur, s’était sentie mal après avoir pris un verre. Des prélèvements dans son organisme ont révélé la présence d’ecstasy. Drogue qui a été trouvée au domicile de Guerriau lors de la perquisition. Le sénateur a également été testé positif aux stupéfiants, «des traces d’amphétamines, d’opiacées, de cannabis, de cocaïne, de méthadone et de MDMA ont été trouvées dans le sang du parlementaire». Un sacré cocktail pour un représentant de la bourgeoisie réac’.

Après deux jours d’enquête, on apprend que le sénateur va être présenté à un-e juge en vue d’une éventuelle mise en examen. Si c’est le cas, le ou la juge devra statuer sur les mesures de sûreté à prendre le temps de l’enquête. Le parquet de Nantes, sans surprise, ne demande qu’un placement sous contrôle judiciaire. Celui-là même qui demande des placements en détention provisoire tous les jours à tour de bras, pour des faits d’une gravité parfois minime, en comparaison à de tels faits !

Cette affaire est malheureusement loin d’être un fait divers. On se souvient des accusations portées contre Damien Abad, ancien ministre de Macron. Accusé de viols et de tentatives de viols, avec soumission chimique notamment, par trois femmes. Les deux premières plaintes ont été classées sans suite par le Parquet. Il a fallu attendre une troisième agression, suivie d’une plainte, pour que le parquet de Paris daigne ouvrir une enquête pour des faits criminels ! Sorti libre de garde à vue, une enquête est actuellement en cours.

En février 2022, Laurent Bigorgne, un proche ami de Macron, était arrêté pour avoir drogué une de ses collègues à son insu dans l’objectif d’obtenir un rapport sexuel. Laurent Bigorgne est dans le premier cercle du président : directeur d’un lobby ultra-libéral, «l’Institut Montaigne», il fait partie des fondateurs de LREM. Il a hébergé le mouvement de Macron à son domicile personnel dès 2016 et a écrit une grande partie du programme présidentiel.

Laurent Bigorgne avait fini par reconnaître avoir «drogué sa collaboratrice après avoir lui-même consommé de la cocaïne» alors qu’il lui avait précédemment envoyé des SMS à connotation sexuelle. Les éléments étaient accablants. Laurent Bigorgne avait même avoué qu’il avait drogué sa propre compagne, qui s’était réveillée en pleine nuit avec une grande soif et avait dit s’être «sentie mal, bizarre». Ces faits n’ont fait l’objet d’aucune poursuite ni investigations supplémentaires.

L’avocat de la victime de Bigorgne avait dénoncé l’an dernier l’absence d’investigations sur le climat de harcèlement sexuel causé par Laurent Bigorgne au sein de l’Institut Montaigne et les lacunes flagrantes de l’enquête. Au lendemain de la plainte, l’un des enquêteurs a fait des recherches sur le passé de la plaignante dans le fichier du «traitement des antécédents judiciaires» (TAJ), qui regroupe les personnes ayant eu affaire à la justice. En principe, le fichier TAJ sert à enquêter sur les suspects, et en aucun cas à incriminer les plaignant-es !

L’avocat déclarait : «Il apparaît évident que le parquet de Paris a délibérément écarté certaines qualifications pénales […] aux fins de protéger une personne politique et, par là même, l’Institut Montaigne». En décembre 2022, au terme d’une procédure express, le copain de Macron obtenait une peine avec sursis…

L’usage de drogues ou de médicaments pour la commission de violences sexuelles n’est pas nouvelle et loin d’être un phénomène isolé. L’Agence nationale de sécurité du médicament tente ainsi chaque année de recenser le nombre de ces affaires, mais les données dont elle dispose sous-estiment très largement l’ampleur de ces violences. En 2019, l’ANSM relève 574 cas de violences sexuelles sous soumission chimique. Mais 90% de ces affaires ont été prises en compte par un dépôt de plainte. Le nombre de cas qui n’a pas fait l’objet de dépôt de plainte et qui n’a donc pas été pris en compte dans cette étude est donc colossal ! D’autant que l’amnésie provoquée par l’administration de drogue est bien souvent un argument supplémentaire pour justifier le mépris de la police et de la justice envers les victimes et la culpabilisation de ces dernières. Un moyen particulièrement efficace pour imposer le silence aux victimes.

Guerriau est le troisième macroniste accusé de droguer des femmes pour les agresser. On rappelle que l’égalité hommes-femmes devait être «la grande cause du quinquennat». En tout cas, selon les discours de Macron… Mais qui les écoute encore ?

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