“Parents défaillants” : quand le fils du commissaire fait des rodéos

Il vient d’être condamné : entre décembre 2020 et mars 2021, sans permis de conduire, ce jeune homme de 21 ans se filmait en plein rodéo urbain à des vitesses extrêmement dangereuses dans les rues de Clermont-Ferrand, roulant à près de 180 km/h. Pour partir en balade, il volait une voiture du commissariat central de la ville et utilisait les gyrophares ainsi que la sirène du véhicule. Il a fini par être interpellé lors d’une course poursuite.

Lui, c’est le fils du commissaire de Clermont-Ferrand. Le rejeton du boss de la police locale. Pour lui, pas de tirs mortels pour «refus d’obtempérer», pas de gros titres dans la presse, pas de mise en cause de sa famille, pas de peine expéditive. Il a écopé de prison avec sursis.

En janvier dernier, le fils du Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti était mis en examen pour des violences conjugales. En mai, Grégoire Morano, fils de l’Eurodéputée d’extrême droite Nadine Morano était interpellé et placé en garde à vue lors d’un délit de fuite après avoir causé un accident de la route, le tout sous l’emprise de cocaïne. Quelques jours plus tôt, c’était Hugo Zemmour, fils du fasciste multimillionnaire Eric Zemmour, qui provoquait un «accident spectaculaire» dans les beaux quartiers parisiens. Complètement ivre, rentrant probablement de soirée à 7h du matin, le jeune homme de 26 ans avait percuté un scooter en blessant gravement les deux passagers.

Il paraît que le gouvernement veut «pénaliser les parents défaillants». Élisabeth Borne annonçait le 26 octobre une série de mesures liberticides et scandaleuses après la révolte des banlieues de cet été contre les violences policières. Parmi ces mesures : forcer les familles à payer les dégâts dont serait soupçonné leur enfant, voire même leur infliger des peines de «travaux d’intérêt général». Ce qui est contraire aux droits les plus élémentaires : nul ne peut être considéré comme responsable des actes d’autrui.

Aurore Bergé vient pourtant de confirmer le 10 décembre la mise en place de «travaux d’intérêt général pour les parents défaillants». La punition collective comme outil du maintien de l’ordre, un véritable retour au XIXème siècle. Cette pénalisation parentale serait à la fois un non sens juridique, une faillite morale, une atteinte grave aux droits fondamentaux, mais aussi une énième violence de classe.

Car évidemment, les bourgeois, les commissaires et les politiciens ne seront jamais rendus responsables des crimes et délits de leur progéniture. Vous ne verrez pas un riche ou un ministre puni de travaux forcés pour les bêtises de son enfant, sachant que ces élites ne sont déjà quasiment jamais condamnées lorsqu’elles sont elles-mêmes mises en cause.

Cela ne viserait que les familles pauvres, non blanches, déjà stigmatisées. Ce serait une double voire une triple peine, une arme supplémentaire du régime autoritaire pour écraser et humilier toujours plus les opprimés et les exclus.

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