La classe politique à l’heure de la post-vérité


Chronique d’un vertige


Quelques exemples des mensonges politiciens à l'heure de la post-vérité

Il n’a «jamais défendu un agresseur face à des victimes». Voilà ce que le président Macron affirme sans trembler mercredi 8 mai, à propos de Depardieu, dans une interview. En décembre dernier, il avait, dans le cadre d’un discours présidentiel retransmis sur plusieurs chaines de télévisions nationales et visionnées par des millions de personnes, intégralement pris la défense du comédien mis en examen pour viol qu’il avait qualifié d’«immense acteur» qui «rend fière la France» et avait dénoncé «une chasse à l’homme».

Des propos tellement scandaleux qu’ils avaient suscité une réaction nationale, des pétitions largement relayées et des mobilisations nationales. Quelques mois plus tard, Macron jure donc qu’il n’a jamais dit quelque chose dont il existe pourtant des preuves largement vues et commentées. Voilà comment s’écrit un récit alternatif, en-dehors de toute logique, en dépit des faits. Pour les cyniques qui nous gouvernent, le réel n’existe plus.


«Faut-il interdire toutes les manifestations pro-palestiniennes en France ?» demandait au mois d’octobre dernier un journaliste à Carole Delga, politicienne du Parti Socialiste, présidente de la région Occitanie. Elle répondait sans aucune ambiguïté : «Oui, il faut interdire toutes les manifestations pro-palestiniennes en France», et validait ainsi la répression totale des mobilisations par Gérald Darmanin. Un cas unique au monde.

Ces derniers jours, la même Carole Delga créée une polémique de toutes pièces : la candidate Insoumise Rima Hassan a tweeté la citation de la socialiste accompagnée du commentaire : «gauche coloniale». Carole Delga aurait pu se taire, se cacher et avoir un peu honte de la position qu’elle a tenue ou même s’excuser. Mais non, elle a osé répondre : «Manipulation de l’information, diffamation, violence, vos pratiques vous déshonorent […] Chacun connaît mon attachement viscéral à la liberté d’expression, donc de manifester». Ici encore, ces déclarations ont été diffusées dans les médias, elles sont factuelles, incontestables. Mais Carole Delga les qualifie de fake news. Peu importe le réel.


Dans le même registre, le chef du Parti Socialiste Olivier Faure tweetait le 9 mai, à propos de la suspension de ventes d’armes à Israël : «La mobilisation internationale semble porter ses fruits». Une mobilisation que son parti n’a jamais cessé de condamner, salir et combattre. Ahurissant.


Yaël Braun-Pivet, présidente macroniste de l’Assemblée Nationale, avait de son côté scandé son «soutien inconditionnel à Israël», puis enfilé, littéralement, un équipement de l’armée israélienne devant les caméras lors d’une tournée médiatique en Israël, pour aller soutenir le gouvernement fasciste. Le tout en compagnie du député d’extrême droite Eric Ciotti et de Meyer Habib, autre député radicalement sioniste, ami de Netanyahou et mythomane avéré.

Un mois plus tard, la même Yaël Braun Pivet assurait sur le plateau de France 3 : «Ce qui est fou dans ce débat c’est qu’on vous prête des pensées qui ne sont pas les vôtres. En aucun cas je n’ai apporté mon soutien, le soutien de l’Assemblée Nationale, au gouvernement israélien». Les macronistes mentent tellement tout le temps qu’ils pensent que nous n’avons aucune mémoire.


Bientôt, ceux qui répriment férocement les mobilisations pour la Palestine tenteront de faire croire qu’ils ont toujours défendu la paix et qu’ils étaient du bon côté. Ils essaient déjà de nous faire croire qu’ils seraient un “barrage” à l’extrême droite et même que Raphaël Glucksmann est de gauche.

La classe dirigeante s’est entièrement convertie à la post-vérité. Les mots n’ont plus aucune valeur, le réel n’a plus aucune importance, les faits plus aucune place dans le débat public. Ces gens peuvent affirmer tout et son contraire en dépit de la réalité objective, mentir éhontément, dans une stratégie de confusion mentale volontaire. Leur rapport à la parole est pathologique.

C’est une stratégie. Il s’agit de briser tous nos repères, de réécrire notre mémoire, de nier ce que nous voyons et vivons. Quand personne ne croit plus en rien, alors le pire est possible.

Déjà, lors du soulèvement des Gilets Jaunes, même confrontés aux images de répression extrêmes, les dirigeants macronistes niaient sans l’ombre d’une hésitation devant la presse, l’existence même des violences policières. Même devant l’évidence, ces gens sont capables de nier en bloc. Et ce sont ces gens qui commandent la police, l’armée, l’économie, et décident de nos vies.

Dans cette abyme vertigineuse où le réel est renversé, toutes les digues ont sauté. Ces mêmes dirigeants répètent alors que protester contre un génocide serait «antisémite», que des mains rouges brandies pour dénoncer un massacre de palestinien seraient une apologie occulte d’un massacre de juif, que le premier mouvement d’opposition en France ferait l’apologie du terrorisme. Encore une fois, peu importe les faits, il s’agit d’imposer un récit. C’est une guérilla contre le réel, le débat est donc impossible et superflu.


La post-vérité est devenue un mode de gouvernement. Macron et son clan sont des trumpistes.


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