Exclu pour un drapeau palestinien : le règlement insolite de l’Assemblée Nationale


Ce 28 mai : les hurlements stridents de Yaël Braun-Pivet, présidente macroniste du Parlement, qui résonnent dans l’Assemblée, pour un drapeau.


À gauche : un député de la France Insoumise brandit un drapeau palestinien à l'Assemblée.
À droite : le député Meyer Habib, député véreux et raciste, tenant des propos génocidaires à l'Assemblée.

Alors qu’il était question, lors de débats parlementaires, des ventes d’armes de la France à Israël, pays mis en cause par la justice internationale dans le cadre d’une procédure pour génocide, le député Insoumis Sébastien Delogu a brandi un drapeau palestinien. Ce qui a mis hors d’elle la présidente, qui avait affiché son «soutien inconditionnel» à Israël. Elle s’était d’ailleurs rendue tout sourire directement auprès de Netanyahou en octobre dernier.

Pour avoir brandi un drapeau donc, le député de gauche a immédiatement reçu la plus haute sanction prévue par le règlement de l’Assemblée : une exclusion temporaire durant 15 jours et le retrait de la moitié de l’indemnité parlementaire pendant deux mois. «Il s’est rendu coupable de provocation envers l’Assemblée nationale», a estimé Yaël Braun-Pivet. Le député puni a répliqué : «Je me fous complètement de la sanction» et a préféré se demander «Est-ce-que, enfin, le président va se réveiller et se dire qu’il faut cesser de vendre des armes ?»

L’élu franco-israélien Meyer Habib, quant à lui, jouit d’une impunité absolue et tout à fait étonnante. Pas plus tard qu’aujourd’hui, 28 mai, il est allé hurler et bousculer le député Insoumis David Guiraud lors d’une interview au sein même de l’Assemblée, provoquant une altercation qui failli en venir aux mains.

Le 20 octobre, il qualifiait la population de Gaza de «cancer», propageant ainsi un discours génocidaire. Hors de lui, sur la chaîne d’extrême droite I24, il avait aussi hurlé que «la haine d’Israël et du Juif est l’aphrodisiaque de toutes les masses arabes», un propos raciste, jamais sanctionné non plus.

Le 19 décembre, il provoquait un incident au Parlement. Alors que le député insoumis Eric Coquerel intervenait sur la situation en Palestine, Meyer Habib a crié deux fois : «ce n’est pas fini !»


Voici l’échange consigné dans le compte rendu de séance : «Qui peut douter maintenant des véritables objectifs de guerre du gouvernement Netanyahou qui, après le nord, bombarde le sud de la bande de Gaza, là où il avait précisément demandé aux Palestiniens de se réfugier ?»

Meyer Habib crie : «ce n’est pas fini !»

Le député poursuit : «Qui peut douter maintenant qu’il s’agit moins d’éradiquer le Hamas que d’en finir avec la bande de Gaza et la Cisjordanie, en tant que territoires palestiniens ?»

Il crie à nouveau : «ce n’est pas fini !»

C’est à minima une apologie de crime de guerre. 39 députés de gauche ont réclamé à la présidence de l’Assemblée la levée de l’immunité parlementaire de Meyer Habib. Sans succès.

Qui est Meyer Habib ?

C’est le représentant en France de l’extrême droite israélienne. Il est lié à l’aile droite du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahou, avec lequel il est ami. Lors de ses campagnes, Meyer Habib bénéficie du soutien officiel de Netanyahou, avec qui il réalise des clips de campagne. Meyer Habib a personnellement financé plusieurs voyages à l’étranger du Premier Ministre israélien dans les années 2000.

Meyer Habib est député des Français de l’étranger dans une circonscription qui englobe Israël mais également Chypre, Malte, la Grèce, la Turquie, l’Italie et Saint-Marin. Il y a été élu trois fois avec une énorme abstention, de l’ordre de 90%, et des méthodes peu scrupuleuses. Il a aussi été pressenti pour devenir l’ambassadeur d’Israël en France.

Le père de ce politicien était lui-même proche de Menahem Begin, un des pionniers du sionisme d’extrême droite, membre du Betar, un mouvement paramilitaire de type fasciste, raciste anti-arabe et opposé à tout compromis, considérant la Palestine comme un territoire exclusivement juif. Meyer Habib a lui-même milité au Betar dans les années 1980, comme son père.

Lors de ses campagnes, il se présente comme le candidat de «la cause sioniste» et des «valeurs de la Torah». La pseudo-laïcité républicaine est aux oubliettes. Ses discours sont imprégnés de religion et de conservatisme. Fermement opposé à toute paix avec les palestiniens, Meyer Habib qualifie la moindre opposition aux crimes d’Israël d’antisémite, et tente par exemple de faire interdire la campagne Boycott Désinvestissement Sanction contre les entreprises soutenant la colonisation. Pour lui, Israël est l’«État le plus moral et le plus humaniste au monde». Oui, il l’a vraiment déclaré, vous pouvez vérifier.

Et en politique intérieure ? Il est favorable à toutes les lois liberticides et sécuritaires, comme le port d’armes en permanence pour les policiers, les mesures antiterroristes qu’il appelle à durcir. Il favorise d’ailleurs la collaboration France-Israël en matière de lutte «antiterroriste». En tant qu’élu, il soutient en 2015 deux agresseurs de confession juive arrêtés après avoir agressé des musulmans, en téléphonant directement au commissariat pour les faire libérer.

Meyer Habib est lié à des milieux proches de la mafia et en a les méthodes. En 2018, il débarque à l’Assemblée avec un garde armé qui n’est pas accrédité. Celui-ci exhibe son pistolet pour forcer l’entrée au côté du député, qui qualifie d’antisémites les personnes qui refusent que l’homme armé ne pénètre le bâtiment. Meyer Habib entretient des connexions avec la mafia du carbone, responsable de l’une des plus grands vols du siècle : des escrocs franco-israéliens ont détourné la TVA sur la bourse du carbone et dérobé au moins 1,6 milliards d’euros à l’État français.

Meyer Habib a servi d’intermédiaire entre le chef de réseau, Arnaud Mimran – aujourd’hui incarcéré – et Benyamin Netanyahou. Cette affaire n’est pas seulement financière, puisqu’une personne liée au trafic a été abattue en plein Paris.

Par ailleurs, Habib est visé en 2022 par une enquête pour détournement de fonds publics.

Enfin, le Conseil Constitutionnel a annulé l’an dernier l’élection du député Meyer Habib de 2022, car son équipe s’était livrée à des «irrégularités et manœuvres de nature à altérer la sincérité du scrutin». Elle avait notamment proposé illégalement aux électeurs de voter par Internet à leur place ou encore mis en place des bus auprès des synagogues lui étant acquises afin d’encourager les électeurs à aller voter pour lui. De nouvelles élections sont organisées, qu’il remporte haut la main, et part fêter sa victoire en priant devant le mur des lamentations.

Depuis le 7 octobre, c’est un festival. Meyer Habib appelle à censurer toute expression pro-palestinienne, relaie les pires mensonges de l’État israélien, pleure et crie devant les caméras, fait des déclarations outrancières et racistes dans les médias. Le 15 novembre à l’Assemblée, il défend en toute impunité la colonisation illégale de la Cisjordanie par les colons d’extrême droite, transgressant toutes les règles du Droit International.

Vous l’aurez compris : pour Meyer Habib, les propos racistes, l’apologie de crimes de guerre, les altercations répétées au sein même de l’Assemblée et le trucage d’élection sont autorisés. Brandir les couleurs de la Palestine, en revanche, est sévèrement puni.


La classe politique française plus choquée par un drapeau que par un génocide.


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