Bardella : du storytelling à la réalité


Dans le commerce, on parlerait de «tromperie sur la marchandise», et la répression des fraudes retirerait le produit des rayons. Mais en politique, tous les coups sont permis.


Jordan Bardella fait de la peine.

Le champion de l’extrême-droite, Jordan Bardella, l’a encore répété mercredi soir sur BFM : «J’ai grandi dans une cité modeste de Seine-Saint-Denis», il vante ainsi la «méritocratie» de son parcours, venu d’une «famille modeste» dont il aurait réussi à s’élever. Son “expérience” lui permet de frapper sur les banlieues, en se basant sur son prétendu vécu. Il parle ainsi dans ses discours de «zones de non France», de «dealers qui squattaient le hall à mon retour du lycée» ou de «la trentaine de gamines de 6, 7 ans avec un voile sur la tête sortant de l’école coranique».

En réalité, seule la mère de Jordan Bardella habite à Saint-Denis, dans un HLM fourni par la mairie communiste. Le Monde s’est rendu sur place et explique : «L’endroit n’est pas l’archétype des cités enclavées, isolées du centre-ville et dont seuls les résidents comprennent les dédales. On quitte la cité sans s’en rendre compte, d’un côté le tramway et le marché, de l’autre des pavillons bien entretenus. Les commerces ouverts restent nombreux et variés au pied des immeubles : un magasin de vélos, un tatoueur, une boulangerie, un salon de coiffure, un Franprix ou encore un fast-food. Dans les deux squares, au milieu des tours, règne en journée une forme de tranquillité.»

En réalité, Bardella n’a pas passé son enfance dans le ghetto. Car si sa mère vit en HLM, son père est patron d’entreprise, et habite dans une banlieue riche, Montmorency. C’est là que le jeune Jordan passe une partie de son temps, et pratique des loisirs comme «le football puis l’aïkido». Quand il est adolescent, son papa l’emmène passer plusieurs semaines à Miami, un luxe inaccessible à la majorité de la population. À 18 ans, la seule expérience professionnelle du jeune Jordan est un stage d’un mois dans l’entreprise de son père. À 19 ans, son père lui achète une voiture. À 20 ans, il lui offre carrément un appartement à Montmorency et alimente son compte en banque jusqu’aux premières rémunérations au sein du Front National, qui tomberont bientôt. Combien de jeunes de 19 ans sont propriétaires d’une voiture et d’un logement sans avoir eu à travailler ?

De même, sa scolarité n’a rien de «méritocratique» : il la passe à l’école privée Saint-Vincent-de-Paul, puis, à partir de la sixième, au collège-lycée Jean-Baptiste-de-La Salle. Des établissements catholiques. Après le lycée, il tente une entrée à Science Po, mais échoue à cause d’une question sur la guerre d’Algérie. C’est justement lors de cette guerre coloniale que Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National, a commis des actes de torture.

Par défaut, Bardella tente une licence de Géographie à l’université de la Sorbonne. Le Canard Enchaîné vient de révéler ses notes en tant qu’étudiant : 4/20, 2,6/20, 1,8/20… Comme au Parlement Européen, il est absent. Il n’obtiendra jamais sa licence. Peu importe, Bardella a déjà un poste d’assistant parlementaire au Front National, payé l’équivalent de 2,5 fois le SMIC pour un mi-temps.

Bardella capitalise sur son origine «banlieusarde». Il est recruté au FN et monte très rapidement dans le parti, pour séduire l’électorat des banlieues, en répétant qu’il vient de Saint-Denis. Un argument électoral plus qu’une réalité sociologique. C’est ainsi qu’il est très vite payé en tant qu’assistant parlementaire européen avec un salaire de cadre supérieur alors qu’il est à peine majeur, puis obtient son premier mandat de conseiller régional à 19 ans. Depuis, il bénéficie des généreux revenus qu’offre la vie politique et ses différents postes, avec tous les privilèges qui les accompagnent en terme de frais de restaurant, de déplacements gratuits, de chauffeurs et autres.

Bardella est désormais propriétaire d’un logement à Garches, près des villes huppées de Saint-Cloud et de Versailles, dans les Hauts-de-Seine «où l’on trouve davantage de verdure et de ménages assujettis à l’impôt sur la fortune immobilière» qu’à Saint-Denis, souligne Le Monde.

Le storytelling du «petit Jordan» venue d’une banlieue difficile a été construit plus tard, au sein du FN, par Pascal Humeau, ancien journaliste à LCI et coach en communication pour l’extrême droite. Il fallait un récit facile à vendre aux médias, de «self-made-man». Cela a fonctionné.


Marine Le Pen est l’héritière d’un clan millionnaire et a grandi dans un château. Bardella est un fils à papa dont le récit de vie a été formaté par des communicants professionnels. L’extrême droite reste une arnaque sociale totale.


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2 réflexions au sujet de « Bardella : du storytelling à la réalité »

  1. La méritocratie c’est seulement pour ceux qui ont pour unique mérite de bien naître … les première lignes sont toujours les plus compétents et les moins payés pendant que les héritier nuls à chier patronnent et banquent de loin. Le rasoir républicain est plus très loin là…

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