Des explosions, des drones et des hélicoptères de combat au-dessus des immeubles, d’énormes déflagrations : ce ne sont pas des images de Gaza ou d’Ukraine, mais de Caracas, la nuit dernière. Donald Trump est en train de bombarder le Venezuela, vaste pays d’Amérique Latine, comptant 28 millions d’habitants.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a décrété l’état d’exception puis appelé à la «mobilisation» en dénonçant une «très grave agression militaire». Ce samedi 3 janvier au matin, Trump annonce qu’il aurait été «capturé». C’est donc à la fois une guerre d’agression menée par les USA sur le continent américain, une attaque pour s’approprier les énormes réserves de pétroles du pays, et un coup d’État pour installer l’extrême droite au pouvoir qui sont en cours. Analyse.
Une menace adressée au monde entier
Cette attaque est promise depuis des mois par les USA. Le 19 octobre, Trump autorisait des opérations de la CIA sur le territoire vénézuélien. Le sénateur Républicain Rick Scott annonçait de manière totalement décomplexée : «Si j’étais Maduro, je partirais pour la Russie ou la Chine dès maintenant». En parallèle, des forces militaires phénoménales ont été massées au large du pays : 10.000 soldats, un sous-marin nucléaire, des avions de chasse, des drones, des avions espions ou encore des hélicoptères d’attaque… Et ces dernières semaines, des dizaines de frappes ont déjà visé des navires accusés de transporter de la drogue, mais aussi des infrastructures. Ces exécutions extra-judiciaires ont tué des dizaines de civils.
Depuis la nuit dernière, l’agression est donc montée d’un cran. Pourtant, le 1er janvier encore, Nicolas Maduro se disait prêt à «engager des pourparlers sérieux» avec les USA, et se soumettait largement en déclarant : «S’ils veulent discuter sérieusement d’un accord de lutte contre le narcotrafic, nous sommes prêts ; s’ils veulent du pétrole du Venezuela, le Venezuela est prêt pour des investissements américains». Le président du Brésil, Lula, appelait lui aussi à la désescalade et aux négociations. En attaquant le Venezuela sans aucune négociation et en violant toutes les règles internationales, Trump ne s’en prend pas seulement à un pays, il menace toute l’Amérique latine, mais aussi le monde. Il affirme qu’il peut prendre d’assaut n’importe quel autre nation selon son bon vouloir.
Une opération pour voler du pétrole
On le sait, pour les USA, les guerres servent d’abord à piller les richesses. C’était vrai en Irak, pays producteur de pétrole, démembré par la guerre lancée en 2003. Mais aussi plus récemment avec les négociations en Ukraine – Trump a obtenu des milliards de dollars de minerais ukrainiens en menaçant Zelensky – ou au Congo – en échange d’un accord de paix avec le Rwanda, Trump a obtenu 10% des ressources minières du pays, soit une valeur de 2.400 milliards de dollars. L’empire étasunien ne vit que du vol et de la mise à mort des autres peuples, depuis toujours.
Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, près de 20% du pétrole planétaire se trouve dans son sous-sol. Une richesse immense que l’impérialisme étasunien rêve d’exploiter. Le pays subissait des sanctions économiques et des tentatives de déstabilisation des USA depuis des années, mais pas encore de guerre ouverte.
Comme d’habitude, les USA maquillent leur violence derrière de belles valeurs : ils ont donné à la vénézuelienne Maria Corina Machado, le «prix Nobel de la paix». Elle est en réalité une militante d’extrême droite, pro-Netanyahou, liée au Parti Républicain et dont le programme consisterait à privatiser les ressources et entreprises du pays pour le compte des USA. C’est elle que Trump veut placer au pouvoir.
En même temps, le président des USA a le mérite d’être franc, il a déjà asséné : «Nous voulons récupérer nos droits pétroliers. Ils nous les ont pris. Nous avions beaucoup de pétrole là-bas, comme vous le savez. Ils ont expulsé nos entreprises et nous voulons les récupérer». Formulé autrement, il assume faire la guerre pour le pétrole, d’attaquer un pays souverain et de commettre des crimes de guerre.
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump il y a un an, les États-Unis ont déjà bombardé 7 pays dont le Venezuela, et constituent toujours la plus grande menace pour la paix mondiale.
La lutte contre le narcotrafic : un mensonge et un prétexte
Puisqu’il fallait trouver un prétexte à cette attaque, Trump a dénoncé le «narcotrafic». La drogue est en effet un problème majeur aux USA, en particulier à cause du Fentanyl, un médicament opiacé qui provoque de nombreuses overdoses. Ce produit tuait déjà 52.404 personnes en 2015, un bilan qui montait à 107.941 en 2022, et commence à peine à redescendre. En une décennie, les victimes de ce médicament approchent le million. C’est un bilan effroyable, le bilan d’une guerre.
Sauf que le Venezuela n’est en rien responsable de la crise du Fentanyl. Moins de 1% des drogues illégales mondiales sont produites sur son territoire, et les routes des opiacés ne passent quasiment jamais par ce pays. D’ailleurs, les responsables de la crise des opiacés se trouvent directement… aux USA ! C’est le cabinet Mc Kinsey – oui, le même qui a obtenu de juteux contrats par Macron – qui a aidé le laboratoire Purdue Pharma à vendre du Fentanyl à la population. Ce cabinet a fait du lobbying auprès des médecins pour encourager la surprescription du produit aux patients, créant une épidémie d’addictions et d’overdoses. En 2024, McKinsey a payé 650 millions de dollars pour éviter un procès pénal dans cette affaire. S’il fallait punir le narcotrafic, ce sont les bureaux de Mc Kinsey qu’il faudrait donc bombarder, pas le Venezuela.
Le retour du colonialisme sur toute l’Amérique du Sud
Les bombardements en cours sur le Venezuela sont d’une extrême gravité. Les USA ne se contentent donc plus de mener des guerres à l’autre bout du monde, en Irak, au Yemen ou en Afghanistan : ils frappent à coups de bombes et de drones sur leur propre continent !
À travers ces frappes, ils disent à tous les pays d’Amérique Latine qu’ils sont des colonies qu’ils peuvent contrôler et attaquer. Le Chili, l’Argentine, le Salvador et d’autres sont déjà dirigés par des politiciens autoritaires et vassaux de Donald Trump. Le reste, ceux qui ne s’alignent pas, par exemple le Brésil ou la Colombie, sont donc menacés. Et le Venezuela sert d’exemple.
Les USA ont une longue tradition de domination sur les autres pays d’Amérique. En 1973, ils renversaient le gouvernement de gauche de Salvador Allende au Chili, pour imposer une dictature d’extrême droite néolibérale. Dans les années 1980, ils finançaient les «contras» au Nicaragua, une guérilla d’extrême droite ayant commis des crimes massifs pour renverser le gouvernement de gauche. Ils ont bien évidemment multiplié les attaques et sanctions contre l’île de Cuba, dirigée par Fidel Castro. Pendant des décennies, la United Fruit Company, entreprise de vente de bananes basée aux USA, a littéralement fait et défait les gouvernements d’Amérique centrale, notamment au Guatemala, pour ses propres intérêts et ceux des grands propriétaires terriens. La United Fruit Company a aussi financé des groupes terroristes, comme les Autodéfenses unies de Colombie, des milices armées anti-communistes responsables de dizaines de milliers de morts.
Dernier exemple en date : en 1989, Bush envahissait le Panama pour destituer le dictateur Manuel Norriega, qui avait été installé au pouvoir par les USA eux-mêmes quelques années plus tôt, et qui avait été formé par la CIA ! Ce tyran était devenu incontrôlable, et a donc été arrêté et emprisonné par ses anciens maîtres.
Dans toute l’Amérique latine, les gouvernements de gauche ou ceux ne se soumettant pas assez vite aux USA ont été liquidés, souvent dans des rivières de sang, à l’aide de milice, de torture, d’attentats terroristes. Avec la guerre ouverte au Venezuela, Trump poursuit cette tradition, mais avec un cran supérieur, dans un contexte de fuite en avant militariste mondiale et de guerre inter-impérialiste.
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