
Le 7 janvier, au Journal télévisé de 20h de TF1. Ce soir là, le JT le plus regardé d’Europe cumule près de 6 millions de téléspectateurs à 20h34, touchant 27,9% du public devant sa télévision. La politicienne d’extrême droite Sarah Knafo apparaît à l’écran : elle est invitée en prime time, bénéficiant d’une publicité inexplicable et inespérée pour son parti néofasciste.
Selon Médiamétrie, la société qui mesure l’audience des chaînes de télévision, dès les premières secondes après l’apparition de son faciès sur le plateau, l’audience baisse brutalement à 5,24 millions de personnes. Après 5 minutes d’interview, elle descend à 4,96 millions de personnes. Le JT a perdu un million de spectateurs. Il faut croire que les gens ne regardent pas les infos pour se voir imposer les grognements racistes d’une obscure candidate, et dont le micro-parti réalise des scores négligeables.
En effet, malgré une couverture médiatique considérable avant les élections présidentielles de 2022, Éric Zemmour et Reconquête n’avaient pas dépassé 7%. Pourtant, l’empire de Bolloré et les autres chaînes privées n’avaient pas lésiné : sa campagne avait été diffusée presque intégralement, ses meetings retransmis en direct sur des chaînes d’info nationales, ses thèmes de prédilection matraqués en boucle… Un traitement de faveur unique. Reconquête a ensuite réalisé 5,5% des voix aux élections Européennes, marquées par une forte abstention. Puis en juin 2024, le parti s’est effondré, atteignant péniblement 0,7% des voix aux législatives et aucun élu.
Sarah Knafo, quant à elle, se présente aux élections à la mairie de Paris, et elle n’a aucune chance de victoire. Alors POURQUOI lui offrir une telle invitation ? Elle est probablement la seule politicienne du monde invitée à un JT national en heure de pointe pour parler d’une campagne municipale. Le système, ici la chaîne de Martin Bouygues, met les grands moyens pour promouvoir l’aile la plus radicale de l’extrême droite française.
Si tous les partis qui font 0,7% aux élections bénéficiaient d’une telle couverture, Philippe Poutou serait tous les soirs à la télé pour faire des discours anticapitalistes, et Nathalie Arthaud parlerait au JT. Cette surreprésentation délirante de l’extrême droite dans les médias, qu’ils soient publics ou privés, n’est donc pas une quête d’audimat, et encore moins une volonté de faire vivre la «pluralité démocratique». C’est un choix éditorial, et il est généralisé.
Prenez la radio France Inter, championne des ondes, qui battait tous les records d’audimat ces dernières années. Son audience vient de s’effondrer : 458.000 auditeurs et auditrices quotidiennes en moins l’année passée. Au sein de la radio, les salarié·es dénoncent une «confusion éditoriale», un «management brutal» et la crainte que Radio France «perde son âme». En réalité, c’est toute la maison Radio France qui subit une hémorragie. France Info perd 76.000 auditeurs et auditrices, France Culture en perd 162.000 et France Bleu 369.000.
Qui trouve-t-on à la tête de ce naufrage ? Deux macronistes de choc. Et ces dirigeantes ont purgé les radios en virant les humoristes à succès comme Guillaume Meurice qui critiquent Israël, ont placé des éditorialistes toujours plus à droite, parfois même issus des rangs de Cnews. Aucun intérêt : pourquoi écouter ces médias de service public si c’est pour avoir une copie de l’empire Bolloré ? Les auditeurs sont donc parti ailleurs, notamment sur la radio Nova, qui engrange une très forte hausse de ses audiences.
Dans la vision libérale, les médias seraient un grand marché de l’opinion et s’adapteraient aux consommateurs. Si vraiment les médias répondaient à la loi de l’offre et de la demande, il y aurait de grands médias de gauche dans ce pays. Il y a 20 ans, France 2 a imposé Eric Zemmour en prime time, et a ainsi lancé sa carrière politique. Les défenseurs de cette émission disaient que l’équipe de Laurent Ruquier ne faisait pas cela par idéologie mais uniquement pour satisfaire un certain public, et que les propos fasciste à l’antenne permettaient de créer du «buzz». Cette explication est fausse, car les rares propos anticapitalistes qui se fraient un chemin dans les grands médias ont bien plus d’écho que ceux des fascistes.
Prenez les quelques punchlines lancées par Philippe Poutou à la présidentielle de 2017 : il avait malmené Le Pen et Fillon en les traitant de voleurs. On s’en souvient encore 8 ans après. Il n’est pourtant jamais invité, alors qu’il ferait exploser l’audimat. On pourrait multiplier les exemples : sachant que l’écrasante majorité de la population soutenait les Gilets jaunes, le mouvement pour les retraites ou Bloquons tout, pourquoi aucun chroniqueur anticapitaliste, favorable à ces mouvements, n’est recruté, si l’on prétend entendre «toutes les opinions» ? La réponse est simple : les directions médiatiques ont uniquement pour but de préserver les intérêts de la classe dominante.
S’il ne s’agit pas de quête d’audimat, alors il s’agit bien d’idéologie. La caste médiatique fait le choix conscient d’inonder ses plateaux et studios d’intervenants de droite et d’extrême droite, et d’effacer toute parole de gauche. Il y a pourtant un espace médiatique à prendre. Dans toutes les enquêtes d’opinion depuis des années, les premières préoccupations des français sont économiques, sociales ou environnementales. Des sujets quasiment jamais présents sur les écrans, qui nous noient dans des reportages anxiogènes, mensongers ou débilitants. Notre camp ne perd pas la bataille des idées, c’est le petit clan qui s’est accaparé les grands médias qui nous fait croire que ses propres idées seraient majoritaires.
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