
La famille Klarsfeld porte voix de l’extrême-droite
«Regardez ce que fait Trump aux Etats-Unis, il le fait, c’est-à-dire il a décidé une politique, une politique dure d’envoyer des forces qui sont dures aussi et qui commettent parfois des erreurs. Si on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser comme fait Trump avec ICE, des sortes de grandes rafles un peu partout, mais en organisant des grandes rafles, c’est-à-dire en essayant d’attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière, on commet aussi des injustices».
Ces propos orduriers ont été tenus samedi 24 janvier, par Arno Klarsfeld. Le chroniqueur de Cnews et proche d’Emmanuel Macron, puisqu’il a été nommé au Conseil d’État, a déversé ses idées fascistes sans contradiction. Les dizaines d’assassinats dans la rue par la police de l’immigration et les morts dans les camps de détention pour les personnes exilées seraient aux USA des dommages collatéraux, un «mal nécessaire» dans le cadre d’une politique dont il faudrait s’inspirer en France.
Tandis qu’outre Atlantique l’autodéfense populaire commence à s’organiser face à la violence des milices de Trump, la pourriture brune se répand à toute vitesse dans notre pays. Cette déclaration intervient dans un contexte général d’érosion des remparts médiatiques et institutionnels sensés garantir un semblant de droit.
L’extrême-droite française désire tellement le fascisme qu’elle admet son souhait de brutaliser la société française à un niveau maximal, comme le régime trumpiste. Il faudrait une police encore plus raciste, plus violente, plus agressive déployée contre les sans-papiers sur tout le territoire hexagonal. Faut-il rappeler que Bruno Retailleau, organisait il y a quelques mois seulement, en tant que ministre de l’Intérieur, des rafles de masse à grand renfort de flics et de communication. Mais les affects racistes de l’extrême droite ne sont jamais rassasiés.
Le grand-père d’Arno Klarsfeld a été déporté à Auschwitz et il est le fils d’un couple de chasseurs de nazis. Dans les années 1930, les juifs européens étaient considérés comme des indésirables, déshumanisés dans les discours nazis mais aussi par l’extrême droite française. On leur refusait toute idée de justice et d’égalité des droits. C’est cet antisémitisme qui a servi à légitimer le cycle de violence et d’extermination engagé contre les populations juives en Europe. Les élucubrations d’Arno Klarsfeld sur Cnews produisent les conditions de l’acceptation de violences encore plus massives contre les minorités.
Et ce n’est pas un ballon d’essai, Arno Klarsfeld est connu pour ses propos xénophobes et racistes. En octobre 2023, alors que la population gazaouie commençait à être décimée par les bombes, il insinuait : «Les musulmans travaillent beaucoup sur les chantiers, ont accès à des explosifs». Une diarrhée verbale visant à jeter un climat de suspicion généralisée sur les musulmans qui seraient tous de potentiels terroristes.
C’est aussi lui qui considère la France Insoumise comme le principal vecteur d’antisémitisme tout en considérant le Parti de Marine Le Pen comme raisonnable… Serge Klarsfeld lui-même, le fameux «chasseur de nazis», a plusieurs fois appelé indirectement à voter pour le Rassemblement National en cas de duel avec des élus de la France Insoumise lors d’élections. En réalité, Serge Klarsfeld n’était anti-nazi que par tribalisme et suprémacisme. En 2023, il expliquait : «Pour moi, un parti d’extrême droite ne peut être appelé d’extrême droite que s’il est antijuif». Selon lui, si demain un parti exterminait les musulman·nes, les tziganes, les homosexuel·les ou toute autre minorité, mais qu’il épargnait les juifs et juives, Klarsfeld ne le considérerait donc pas comme étant d’extrême droite.
En juin 2024, avant les élections législatives, le même expliquait qu’il préférait «sans hésitation» voter Le Pen que Mélenchon : «Le RN soutient les juifs et soutient l’État d’Israël. Il est donc normal qu’entre un parti antisémite et un parti pro-juif, je voterai pour un parti pro-juif». Suprémacisme encore. L’extrême droite génocidaire lui convient très bien, tant qu’elle est des son côté. Et Arno marche dans les pas de son père.
Le lexique déroulé hier sur CNews, alors qu’il devrait être réservé aux manuels scolaires dédiés à l’histoire des génocides, mélange pelle-mêle «grandes rafles», «stratégie politique» ou encore «en attraper le plus possible» et remet au goût du jour les outils linguistiques pour justifier la répression des minorités. Plus effrayant encore, face à sa tirade raciste longue d’une minute, aucune des personnes présentes sur le plateau n’a trouvé quoi que ce soit à redire.
Même le RN tente aujourd’hui de masquer sa proximité avec Trump tellement les atteintes au droit international et les violences à l’intérieur des frontières étasuniennes choquent le monde. En quête de respectabilité et d’une une légitimité à gouverner, les accointances du parti frontiste avec les politiques trumpistes, ou ceux qui rêvent de les importer en France, font tâche. Bardella avait par exemple annulé au dernier moment sa participation à un congrès d’extrême droite aux USA en janvier 2025, après qu’Elon Musk, en roue libre, avait effectué un salut nazi le soir de la victoire de son mentor aux présidentielles.
L’ARCOM s’autodissout
Depuis 2022, il existe pourtant l’ARCOM, organisation chargée, en principe, de la régulation audiovisuelle, issue de la fusion de plusieurs entités pré-existantes. Cet organisme est pourtant d’une étonnante clémence, voire d’une grave complicité avec Cnews. Médiapart explique que pour l’ensemble de l’année 2025, l’institution n’a prononcé qu’un rappel à l’ordre et deux sanctions à l’encontre de la chaîne. Pas d’amendes, uniquement deux timides mises en demeure, alors même que CNews a déjà été sanctionnée cinq fois pour les mêmes motifs, notamment pour des propos discriminatoires envers les personnes de confession musulmane.
Le média d’investigation révèle que l’autorité de régulation aurait été bridée, ses agent·es ayant reçu des consignes appelant à être «plus indulgent·es» avec le média de Bolloré. Concrètement, les deux saisines pour l’année 2025 n’ont en réalité jamais été transmises au rapporteur indépendant, chargé d’instruire d’éventuelles procédures. Arnaud Froger, de l’ONG Reporters Sans Frontières, déclare que «L’Arcom est en train de complètement faillir et a quasiment abandonné sa mission de régulation». Rassurant.
Loin d’être anodin, le délitement progressif des institutions en charge de garantir un semblant de pluralité est le moteur de la fascisation. Les digues érigées dans les systèmes démocratiques pour contrer les menaces du XXème siècle s’érodent une par une, et les attaques contre l’État de droit et la justice se multiplient. Sans gêne, Bruno Retailleau, du temps où il était ministre de l’intérieur, avait même osé dire que «L’État de droit n’est pas intangible».
Toujours chez l’extrême droite, qui entretient une vieille histoire d’amour avec la justice, le RN a de son côté fait du procès de ses dirigeants pour l’affaire des faux assistants parlementaires un vaste complot, dénonçant «un gouvernement des juges». Victime d’une vaste campagne de cyber-harcèlement, la juge en charge du procès en première instance avait reçu le soutien du Syndicat National de la Magistrature (SNM), pourtant très mesuré.
De manière générale, depuis la ré-élection de Trump, les grands médias français, comme Le Monde ou Libération, semblent complètement largués dans leur rôle de contre-pouvoir. Face à la monté de l’extrême droite, les rédacteurs et les éditorialistes en sont réduits à se succéder de tribunes en tribunes, à manifester de vagues indignations chacun leur tour, ou à multiplier les textes supposés démontrer à quel point le président étasunien est un «grand mégalomaniaque». Et c’est tout.
Assis dans leurs bureaux, les journalistes documentent froidement les invasions, les kidnappings et les meurtres dans une indifférence glaçante, sans entraver la fuite en avant de régimes fascistes et impérialistes.
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