Maja, militant·e antifasciste condamné·e à 8 ans de prison en Hongrie


Une lourde peine dans le cadre d’un procès politique, malgré l’illégalité de son extradition confirmée par la plus haute cour judiciaire allemande


Maja, militant·e antifasciste non binaire de 25 ans, lors de son procès en Hongrie pour «violences aggravées» et «participation à une organisation criminelle».

Le verdict est tombé ce mercredi 4 février : Maja, militant·e antifasciste non binaire de 25 ans, a été condamné·e à 8 ans de prison en Hongrie pour «violences aggravées» et «participation à une organisation criminelle». Ses soutiens réclament qu’iel puisse effectuer sa peine dans son pays d’origine, l’Allemagne, sans garantie jusqu’ici. Antifasciste, non binaire, internationaliste : Maja représente tout ce que le fascisme veut abattre.

Tout remonte au mois de février 2023, à Budapest. Comme chaque année, l’extrême droite célèbre le «Day of honour», un hommage aux soldats nazis et leurs collaborateurs hongrois durant la seconde guerre mondiale. Des milliers de nostalgiques d’Hitler, certains vêtus d’uniformes SS, se rassemblent pour défiler, organiser des concerts et surtout commettre des violences, sous le regard bienveillant de la police de Viktor Orbán.

À cette occasion, un affrontement éclate à la sortie d’un concert de rock néonazi. La police libère rapidement les militant·es d’extrême droite sans poursuites, alors que 17 antifascistes, parmi lesquels Maja, sont traqué·es dans toute l’Europe. Les autorités hongroises mettent d’énormes moyens, et Viktor Orbán instrumentalise ces événements pour mettre en scène un soi-disant «terrorisme antifasciste» qui s’en prendrait à «d’honnêtes citoyens».

En 2025, le dirigeant d’extrême droite emboîte le pas à Donald Trump et désigne «l’idéologie antifa» comme organisation terroriste. 14 mandats d’arrêt européens sont lancés par la Hongrie, et 20 personnes sont poursuivies. Parmi elles et eux : Tobias E., jugé en janvier dernier en Hongrie, a écopé d’un an et 10 mois de prison. Le 12 novembre dernier, Rexhino Abazaj (Gino) était interpellé à Montreuil par des policiers français de la sous-direction antiterroriste (SDAT). Malgré un premier refus de la France de l’extrader vers la Hongrie, c’est à présent l’Allemagne qui demande son extradition. Maja est arrêté·e en Allemagne en décembre 2023, avant d’être extradé·e en Honrie à la demande d’Orban en juin 2024.

La honteuse extradition de Maja ressemble à un mauvais roman. Sous couvert d’éviter les risques liés à une «extrême gauche» qui aurait lancé des appels sur internet pour «empêcher l’extradition», lae militant·e est emmené·e précipitamment, de nuit, en hélicoptère, dès l’autorisation d’extradition prononcée. Autorisation d’ailleurs contestée quelques mois plus tard par la Cour constitutionnelle allemande, la plus haute autorité judiciaire du pays.

Ainsi, l’Allemagne a tout simplement extradé illégalement un·e de ses propres citoyen·nes au bénéfice d’un pays autoritaire. En effet, la Hongrie, pays notoirement fasciste qui a interdit la marche des fiertés, fait vivre un enfer à Maja, en tant que militant·e antifasciste, mais aussi en raison de sa non-binarité. Depuis son arrivée en Hongrie, ses conditions de détention sont inhumaines : placé·e à l’isolement dans une cellule remplie de cafards, sous vidéosurveillance constante, subissant des fouilles répétées… Le 5 juin 2025, l’activiste démarrait une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Après 40 jours de lutte et la perte de 13 kilos, l’activiste finit par être hospitalisé·e et recommence à se nourrir devant les menaces de soins forcés.

Le père de Maja explique dans un communiqué que le verdict a été rendu à peine 30 minutes après la plaidoirie de la défense. Une preuve de plus que ce procès n’était qu’une parodie de justice, et que les antifascistes étaient condamné·es d’avance. D’autres étaient jugé·es en même temps que Maja : Gabri, condamné à 7 ans de réclusion, Anna, condamnée à 2 ans de réclusion. Pourtant, la justice n’a même pas été en mesure de prouver que ces personnes étaient présentes lors de la rixe, tant les témoignages étaient incohérents.

En France, beaucoup rêvent également de placer l’antifascisme comme organisation terroriste. Stéphane Le Rudulier, sénateur Les Républicains, «invite le Gouvernement à promouvoir l’inscription des groupes dits ‘antifas’ ainsi que de toutes les entités et les personnes physiques directement ou indirectement liées à ce mouvement, sur la liste des personnes, groupes et entités faisant l’objet de mesures restrictives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sur la base du règlement (CE) n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001». La fascisation n’a pas lieu qu’aux États-Unis ou en Hongrie : elle est généralisée.


Liberté pour tou·tes les antifascistes.


AIDEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide.

Faites un don à Contre Attaque, chaque euro compte.