USA : dans le Colorado, des miliciens de l’ICE laissent des « cartes de la mort » dans les véhicules de migrants kidnappés

Un as de pique laissé par l'ICE après avoir kidnappé une personne migrante : une référence aux cartes de la mort laissées lors de la guerre du Vietnam.

Le symbole est lugubre. Le 23 janvier 2026, dans les colonnes des médias locaux de l’État du Colorado, aux États-Unis, on apprenait que des agents de l’ICE abandonnaient «des cartes de la mort» après avoir enlevé et arrêté des travailleur·ses immigré·es. Ces cartes ont été découvertes dans au moins 9 véhicules de familles de détenu·es.

Sur les réseaux sociaux, on voit circuler ces dernières semaines des vidéos montrant des voitures abandonnées sur la voie publique, moteurs ronflant, warnings allumés au milieu des rues. Des personnes ont été enlevées en pleine rue, dans leurs véhicules, lors de raids de la police de l’immigration sur tout le territoire. Des images qui rappellent les dictatures d’Amérique Latine qui faisaient disparaître leurs opposant·es.

Des photos prises par les familles de victimes d’arrestations de l’ICE ont été envoyées à la presse. On y découvre les cartes laissées à bord des voitures lors de ces kidnappings : un As de pique accompagné de la mention «ICE Denver Field Office» – Bureau de l’agence de l’immigration et des douanes du Colorado – ainsi que l’adresse et le numéro de téléphone du centre de détention pour sans-papiers située à Aurora en périphérie de Denver.

Si l’affaire fait couler beaucoup d’encre de l’autre côté de l’Atlantique, c’est parce qu’elle fait écho à la sombre histoire de l’Empire Étasunien et de ses guerres impériales. L’As de pique n’a pas été choisi par hasard. Ce choix iconographique conscient renvoie à la guerre civile vietnamienne et à une opération de guerre psychologique menée par des militaires étatsuniens entre 1966 et 1973.

En 1955, le Vietnam accède à l’indépendance après la défaite des troupes françaises durant la guerre d’Indochine. Nous sommes en pleine Guerre froide. Les communistes vietnamiens sont en position de force dans ce pays d’Asie du Sud-est, ce sont eux qui ont combattu vigoureusement les colons et militaires français. On pense notamment à la bataille légendaire de Diên Biên Phu, au leader de la guérilla marxiste et figure anti-coloniale, Hô Chi Minh, et à son général Giap.

Les accords de Genève instaurent alors la partition du pays de part et d’autre du 17ème parallèle nord. La séparation devait être temporaire mais les ingérences et les petites manœuvres géopolitiques des occidentaux vont entraîner un conflit armé fratricide extrêmement violent, sur fond d’affrontement entre blocs de l’Ouest et de l’Est. Des élections générales devaient avoir lieu pour unifier le pays en juillet 1956 mais le Sud-Vietnam, régime capitaliste et nationaliste soutenu par les États-Unis, décide d’organiser ses propres élections parlementaires pour saper l’autorité et l’avantage du Parti Communiste vietnamien. Elles vont précipiter la pays dans la guerre, l’horreur et le sang. Une guerre qui va durer près de 20 ans… Les USA interviendront militairement et massivement à partir de 1965. Cela va impliquer plus de 3,5 millions de jeunes étasuniens envoyés au front.

Lors de la guerre du Vietnam, les GI de la compagnie C du 2ème bataillon et 35ème régiment d’infanterie laissaient des cartes d’As de pique à l’entrée des villages Viet-congs – guérilleros du Sud alliés au Vietminh du Nord – après les avoir ravagé par les flammes. Parfois, «la carte de la mort» était déposée sur les cadavres encore chauds des communistes vietnamiens.

Ces pratiques se basaient sur une superstition supposée de la population vietnamienne, l’As de Pique censé représenter un signe de mort en apportant la malchance et la souffrance. Cette pratique macabre bien réelle avait été popularisée dans le célèbre film hollywoodien Apocalypse Now, réalisé par Francis Ford Coppola avec Marlon Brando. Le but de la manœuvre était d’instiller la peur parmi la population vietnamienne et marquer le territoire pour les troupes US.

Les opérations psychologiques – psy ops – trouvent leur genèse dans le manuel «contre-insurrection» théorisé et écrit par David Galula, un officier français. Une doctrine éprouvée durant la guerre d’Algérie contre les indépendantistes du FLN : le but est de terroriser l’ennemi afin de le broyer, de briser jusqu’à l’idée même de résistance.

Si l’ICE abandonne des cartes de la mort dans les voitures des personnes qu’elles enlèvent, c’est parce elles charrient un imaginaire coloniale et raciste. Les assassinats d’opposant·es, les kidnappings et les violences contre les personnes sans-papiers et les cartes laissées au gré des arrestations participent à installer un climat de terreur aux États-Unis. Les miliciens de Trump s’inscrivent dans une logique terroriste pour imposer un ordre néofasciste.

Un article de CBS NEWS, chaîne à l’audience nationale aux USA, a retranscrit le communiqué de Voices Unidas, une association de défense des droits des migrants. Son président Alex Sanchez, s’insurge : «Nous sommes révoltés par les agissements de l’ICE dans le comté d’Eagle… Laisser derrière soi une menace de mort raciste après avoir ciblé des travailleurs latino-américains est une intimidation délibérée, ancrée dans une longue histoire de violence raciale. Il s’agit d’un abus de pouvoir, et cela n’a pas sa place dans une société qui prétend défendre la dignité humaine».

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