Des innocents avaient passé plusieurs années derrière les barreaux sur la base de faux procès-verbaux de police

L’affaire fait la Une de la presse dominante à la fin de l’année 2016 : des policiers avaient été blessés à Viry-Chatillon, en banlieue parisienne. Les «attaquants» présumés avaient été jugés dans le cadre de procès expéditifs, et sur fond de surenchère médiatique. À l’époque déjà, la classe politique réclamait des peines exemplaires, les syndicats policiers d’extrême droite organisaient des manifestations : il «fallait» des coupables. Plusieurs jeunes avaient été placés en détention préventive puis avaient pris de très lourdes peines de prison malgré un dossier vide.
En réalité ces jeunes, incarcérés alors qu’ils étaient parfois mineurs, étaient accusés à tort d’avoir attaqué une voiture de police au cocktail Molotov, sur la base de faux procès-verbaux, d’intimidations et de mensonges policiers. Ils avaient été arrêtés au hasard, des policiers leur avaient extorqué des aveux trafiqués avec la complicité d’avocats véreux. Ils sont ainsi condamnés et emprisonnés à tort pendant plusieurs années, avant d’être enfin innocentés et libérés en 2021. «Certains avaient à peine 15 ans quand ils ont été incarcérés, restant jusqu’à quatre années en détention provisoire».
Prenons l’exemple de Foued : il est arrêté en 2017 alors qu’il a tout juste 18 ans, et il est conduit au commissariat où il subit plus de huit heures d’auditions, durant lesquelles il clame son innocence. Rien n’y fait, il est mis en examen pour «tentative de meurtre aggravée sur personnes dépositaire de l’autorité publique, commise en bande organisée». Il est conduit sans procès à la prison de Fleury-Mérogis. Son jugement interviendra deux ans plus tard : 18 ans de réclusion criminelle, un véritable cauchemar. En 2021, en appel, il est finalement acquitté après 4 ans et trois mois d’emprisonnement indignes. Une enquête de Médiapart révélera que les «enquêteurs ont rédigé des procès-verbaux truqués, ne correspondant pas aux déclarations de plusieurs mis en cause et d’un témoin central» et que les policiers ont usés de techniques d’intimidation et de violences verbales lors de leurs interrogatoires. Et un avocat complice des policiers conseillait même aux jeunes placés de garde à vue d’avouer des faits qu’ils n’avaient même pas commis !
Finalement, début juin 2023, la Cour d’appel de Paris accorde aux jeunes condamnés à tort le droit d’être indemnisés pour avoir été incarcérés alors qu’ils étaient reconnus innocents. Des indemnisations qui vont de «25.000 à 150.000 euros en réparation du préjudice moral et entre 13.000 et 94.000 euros en compensation du préjudice matériel». Une somme ridicule comparée aux années de vie volées par la justice et des policiers mythomanes.
Mais qu’en est-il des agents qui avaient produit les faux procès-verbaux pour incriminer les jeunes de la banlieue de Grigny ? Suite au fiasco majeur de cette affaire, ils ont quand même été visés par une information judiciaire. Celle-ci avaient été «ouverte pour faux en écriture publique, violences volontaires et escroquerie au jugement, avec la circonstance aggravante qu’ils ont été commis par des personnes dépositaires de l’autorité publique» comme le précise Mediapart. L’enquête a duré 4 ans.
En octobre dernier, les magistrats ont annoncé la fin de l’instruction. Aucun policier n’a été mis en examen malgré les éléments accablants de l’enquête et les preuves de falsification de la procédure qui, rappelons-le, ont laissé croupir dans les geôles du régime plusieurs jeunes de quartier populaire, enfermés sur la base de manipulations policières.
Les avocats des agents avaient 3 mois pour faire part de leurs observations et, sauf nouveau coup de théâtre judiciaire, la magistrature s’apprête à disculper les auteurs des faux PV. Il n’y aura pas de procès. Circulez, il n’y à rien à voir ! Pourtant, la falsification d’un document officiel pour un agent assermenté est, en principe, passible de la Cour d’Assises : c’est un crime considéré comme très grave dans le droit.
On entend souvent dire chez les syndicats de police d’extrême droite que «le problème de la police, c’est la justice», ou encore chez les éditorialistes décérébrés des chaînes d’infos en continu que les magistrats seraient des «juges rouges». Rien n’est plus faux. Globalement la Justice protège les policiers et gendarmes, et les puissants de ce monde. L’institution judiciaire est au service d’un ordre policier, bourgeois et raciste. Le déni de justice dans l’affaire Viry-Châtillon n’en est qu’un énième exemple.
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