Retro : quand des antiracistes sont tabassé·es en plein meeting de Zemmour, toute l’extrême droite valide et les médias font le service après-vente


Il faut reconnaître à l’extrême droite un talent fou : celui de se victimiser et de renverser le réel. Même lorsqu’elle commet les pires violences, elle parvient à inverser les responsabilités.


Au meeting de Zemmour en 2021, une bagarre éclate et une militante de SOS Racisme se retrouve en sang, dans l'indifférence des médiass.

Depuis hier les responsables politiques, de LFI à Reconquête, volent au secours d’un groupe d’extrême droite qui a attaqué un meeting de Rima Hassan à Lyon, et attaquent les antifascistes. Tout le monde y va de son message de soutien au groupuscule identitaire Némesis et à Quentin, membre de son service d’ordre, actuellement dans le coma. Aucun élément de l’affaire n’est connu, aucune image n’est diffusée, mais tout le monde est sommé de «condamner» la «violence» des «antifas». Pourtant, quand ce sont des antiracistes qui sont lynchés dans des meetings d’extrême droite, la situation est diamétralement inverse. Coup de rétro.

5 décembre 2021, nous sommes en pleine campagne présidentielle. Eric Zemmour, candidat d’extrême droite multi-condamné pour incitation à la haine organise son premier grand meeting à Villepinte, dans une salle au nord de Paris. Tous les médias sont là, les chaînes d’infos en continu retransmettent même l’événement en direct.

Ce jour là, une poignée de membres de SOS Racisme, organisation proche du Parti Socialiste, très modérée, totalement non-violente, s’invite au meeting de Reconquête. Au début du discours, ils enlèvent leurs pulls et dévoilent des T-shirts avec des lettres qui forment le slogan «Non au racisme». On ne fait pas plus gentil comme action. Mais c’est une provocation insupportable pour Reconquête. Les membres de SOS Racisme sont immédiatement passé·es à tabac par le public et un service d’ordre néo-nazi.

Des chaises sont lancées sur les militant·es, des coups de pied dans la tête sont donnés à une jeune femme au sol, c’est une véritable scène de lynchage en direct, devant toutes les caméras ! Le service d’ordre du meeting finit par emmener brutalement les antiracistes qui viennent d’être tabassé·es. Mais des militants de Reconquête continuent à leur donner des coups de lâche sur le chemin. Tout est filmé.

Au moins deux personnes sont en sang, dont une jeune femme. Elle expliquera avoir été enfermée dans une pièce en compagnie de deux de ses camarades, et avoir vu un homme «inconscient au sol, allongé. Il avait des traces de coups. Il était violet au niveau de son crâne. Il avait des hématomes au niveau du bras et du dos».

La France entière vient d’assister à un lynchage fasciste visant notamment des jeunes femmes, pour de simples T-Shirts contre le racisme. On apprendra plus tard que les assaillants sont membres d’un groupe nazi baptisé «Zouaves Paris», qui a commis d’innombrables violences par le passé.

Pourtant, personne dans la classe politique ne semble s’émouvoir. Il n’y a pas de grande campagne réclamant que les élus «condamnent» ce passage à tabac. Le service de sécurité d’Eric Zemmour est même filmé en train de remercier les militants d’extrême droite qui ont fait le coup de poing : «Sans vous ça aurait été compliqué», «Vous avez fait le job». Antoine Diers, membre de l’équipe de campagne de Zemmour, explique dans les médias que les victimes «n’avaient pas à être là». «Il ne faut pas venir faire de provocation dans notre salle, avec toutes les provocations qu’on subit, on est vraiment très, très calmes». Diers est aujourd’hui chroniqueur chez RMC.

Sur le plateau de BFM, un envoyé spécial dans le meeting parle d’une «provocation» de SOS Racisme. Geoffroy Lejeune, de Valeurs actuelles, déclare que les antiracistes ont «provoqué ce genre d’images». La présentatrice Amandine Atalaya déclare : «Si l’on veut exprimer une opposition, y a d’autres manières de le faire que de rentrer dans un meeting où l’on sait que ça va tourner à la confrontation». Bref, 100% des intervenants justifient le lynchage fasciste. Les autres médias ne sont pas très choqués non plus : le journal Le Monde parle d’une «violente bousculade». Loin du traitement de l’affaire lyonnaise.

Plus tard dans la soirée, BFM fera l’éloge du meeting de Zemmour qualifié de «classiquement bien», «il a le sens de la formule et il est efficace», «il y a une flamme particulière», «il se normalise»… Le tabassage ? Déjà oublié.

Et à l’extérieur du meeting ? Un énorme dispositif policier charge le cortège antifasciste. Des brigades à moto pourchassent les manifestant·es qui tentent de se rassembler, les CRS matraquent, des nasses sont organisées. Une soixantaine d’opposant·es à Zemmour sont arrêté·es et mis·es en garde à vue. Pendant ce temps, les «Zouaves Paris» posent devant le bâtiment : ils sont une soixantaine, armés, patrouillant autour du parc des expositions de Villepinte, avec le soutien de la police.

La justice non plus ne condamnera pas ce lynchage. Alors que tout a été filmé, qu’il s’agissait de tentatives d’homicide et de séquestration, il faut attendre trois ans pour que deux militants d’extrême droite seulement soient jugés. Une des victimes expliquera auprès de Libération qu’un des prévenus, le militant néo-nazi Gwendal P., s’est rendu devant chez lui avec une cagoule pour l’intimider. La victime a appelé la police, «quand elle a fini par arriver, je leur ai expliqué la situation mais c’est moi qu’ils ont contrôlé…»

S’il y avait la moindre équivalence de traitement, des policiers auraient chargé Némésis et les gros bras qui l’accompagnaient à Lyon. Ils auraient mis les militants d’extrême droite en garde à vue. Les médias auraient qualifié l’action de Némésis de «provocation» et auraient justifié les éventuels coups donnés à l’extrême droite. Des chroniqueurs de BFM auraient dit que Quentin «n’avait qu’à pas être là», comme ils l’ont fait pour SOS Racisme. Et personne, dans la classe politique, ne prendrait la peine de réagir. Mais évidemment, rien de tout cela n’a lieu.

Quand vous entendez l’extrême droite parler de «liberté d’expression» et se victimiser à propos des groupes qui provoquent les évènements de gauche, n’oubliez pas que la même extrême droite justifie sans aucune hésitation le tabassage voire la mise à mort de ses opposant·es dès qu’elle est en position de force. En l’occurrence ici, des militantes antiracistes frappées à la tête par des néonazis armés.

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