⁨Quentin Deranque est-il «mort pour ses idées» ?

Les titres de la presse dominante qui voudrait que Quentin soit "mort pour ses idées".

C’est le nouvel élément de langage, repris de la gauche molle à la droite dure : Quentin Deranque serait «mort pour ses idées». Une curieuse expression, qui produit un effet d’admiration : une idée c’est beau, c’est pur, c’est abstrait. Mourir pour elle, c’est forcément injuste, c’est un sacrifice. C’est donner sa vie pour ses valeurs, comme l’aurait fait un martyr ou un Saint. Sauf que c’est factuellement faux.

D’abord, les «idées» ne sont pas des choses abstraites qui volent en l’air au milieu d’un débat apaisé et hors de toute réalité. Ça, c’est un mythe libéral : la politique serait un grand marché dans lequel on pourrait laisser débattre à égalité des nazis et des anti-nazis, des racistes et des antiracistes, des menteurs et des gens qui disent la vérité, et à chacun de choisir.

Sauf que certaines idées, quand elles sont au pouvoir, ont des conséquences bien réelles. Les idées répressives produisent des lois, par exemple l’autorisation pour les policiers de tirer sans être inquiétés, qui a conduit à plusieurs dizaines de morts. Les idées libérales, qui cassent le code du travail et la protection des salariés, qui ont provoqué des milliers de morts d’accident du travail ou de maladies professionnelles. Les idées productivistes, qui donnent carte blanche aux fabricants de pesticides pour l’agro-industrie, qui ont engendré des vagues de cancer. Les discours anxiogènes sur l’immigration, qui conduisent à la traque des sans-papiers et à la noyade de milliers de personnes dans la Méditerranée. Les idées ont des conséquences sur des vies.

Ensuite, toutes les idées ne se valent pas. Les idées de Quentin D., c’est la nostalgie du nazisme. Des millions de morts. Des villages rasés et leurs habitants brûlés vifs. Le racisme biologique comme outil de domination et d’anéantissement. La torture de masse. La terreur. La déportation et l’extermination. C’est d’ailleurs pour cela que des lois interdisent, en principe en France, de glorifier le nazisme ou de nier la Shoah. En France, après 1945, il a été décidé qu’on ne transigeait pas avec des idéologies qui avaient fait couler des rivières de sang. Ce temps est révolu. A l’époque, d’ailleurs, personnes n’aurait eu l’idée d’affirmer que les miliciens et les collabos exécutés par la Résistance étaient «morts pour leurs idées». Les temps changent. A l’inverse, dans notre histoire, nombreux sont ceux et celles qui sont mort.e.s pour leurs idées parce qu’ils tenaient tête aux dictatures et à la barbarie, et nous leur devons la chute de monarques, de tyrans et de fascistes. Les mettre sur le même plan qu’un militant néofasciste est une insulte à leur égard.

Enfin, et c’est le plus important, Quentin Deranque n’était pas un simple «nostalgique» qui fantasmait sur le fascisme depuis sa chambre : il mettait ses idées en pratique. Il n’est pas mort «pour ses idées», mais parce qu’il a tendu une embuscade. Avec sa bande, équipée de gazeuse, d’une béquille, de fumigènes et de cagoules, il patrouillait à proximité d’un meeting de gauche pour cogner des adversaires politiques. Il a participé à un assaut contre un groupe antifasciste. Une pratique courante de l’extrême droite lyonnaise, qui a causé des centaines de traumatismes graves.

Cette bagarre a mal fini pour ceux qui l’ont provoquée. On peut évidemment critiquer des coups donnés à terre et considérer cela comme une faute éthique. Nous ne serons jamais de ceux qui glorifient la mort et la violence, contrairement aux fascistes. Mais c’est justement un mode opératoire utilisé systématiquement par l’extrême droite, et glorifié par les camarades de Quentin Deranque eux-même, puisque l’on peut trouver des dizaines de vidéos de lynchages d’antifascistes sur les boucles Telegram d’extrême droite, qui montrent des coups de pieds donnés dans la tête. Cette escalade de violence, provoquée par les fascistes, ne pouvait conduire qu’à l’irréparable.

On peut trouver tout cela triste, bête, ou ne rien en penser, mais l’expression «mourir pour des idées» est une formidable hypocrisie, car ce sont bien d’actes dont il est question.

A chaque personne tuée par la police pour des «refus d’obtempérer» réels ou supposés, tout le monde politico-médiatique, surtout à l’extrême droite, estime que les victimes l’ont «bien mérité». A chaque manifestant blessé, on entend le même refrain : «il a joué, il a perdu, il n’avait rien à faire dans la rue». Alors pourquoi Quentin Deranque, qui a organisé un guet-apens armé qui a mal fini, est-il érigé en martyr national ?⁩

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