Le contexte : dans la métropole lyonnaise, un climat de terreur et de violence entretenu par l’extrême droite depuis 15 ans

On entend ces derniers jours les éditorialistes renvoyer dos à dos la violence de l’extrême droite et de l’extrême gauche, comme si ce n’était pas la première qui engendrait la riposte. Personne ne rappelle qu’à Lyon, c’est la terreur fasciste qui règne depuis de longues années, en toute impunité. Le média Rue 89 a recensé 102 agressions de groupuscules fascistes dans la capitale des Gaules entre 2010 et 2025. 70% d’entre elles restent impunies. Voici une liste non exhaustive d’affaires marquantes dont vous n’entendrez pas parler à la télé :
- Mars 2010 : peu avant minuit, trois militants libertaires de la CNT sont agressés par une douzaine d’individus. Des néo-nazis les attendaient à la sortie d’un restaurant pour leur tendre une embuscade, et les tabassent à coup de bâton et de bouteilles en criant «Lyon est fasciste» et «Sieg Heil». C’est le début d’une campagne de terreur méthodique et organisée de l’extrême droite pour conquérir la ville et détruire tout le tissu militant de gauche local.
- Janvier 2011, à Villeurbanne, en banlieue de Lyon. Un couple qui rentre d’un concert subit un guet-apens par 9 néo-nazis qui les ont suivi. Ils les tabassent à coups de batte de baseball et de barres de fer. La jeune femme reçoit un coup dans la tempe et s’effondre. Son copain tente de la protéger, il est roué de coups au sol avec une extrême violence au sol, et laissé pour mort. Ils gardent des séquelles à vie : épilepsie pour lui, traumatisme pour elle.
- Avril 2011 : les Identitaires lyonnais officialisent l’ouverture d’un local dans le Vieux Lyon, qui deviendra le QG du fascisme de toute la région : « la Traboule ». Quelques jours plus tard, une quinzaine de néo-nazis armés de barres de fer lancent une expédition punitive dans le quartier, depuis ce lieu. Ils vont s’approprier tout le quartier, qui devient une zone dangereuse pour les militants de gauche et les personnes non-blanches.
- Mai 2011 : 500 identitaires organisent une «marche des cochons» contre l’Islam. Ils attaquent un bar et détruisent la devanture d’un kebab en faisant des saluts nazis.
- A partir du mois de mai, chaque fin de semaine, des dizaines de néonazis sortent armés de barres de fer de « la Traboule » et se déplacent en cortège dans le quartier pendant des heures, frappant quiconque ne leur revient pas. Ils démontent aussi les plaques de la rue Juiverie, taguent «Hitler n’a pas fini le travail» et saccagent un bar oriental.
- Entre 2010 et 2013, le nombre d’attaques d’extrême droite explose dans la ville, après l’ouverture de locaux et de salles d’entraînement d’extrême droite. Selon le collectif Vigilance 69, les groupes néofascistes sont à l’origine de quarante agressions physiques rien que ces trois années, représentant cinq cents jours d’incapacité totale de travail uniquement à Lyon !
- Février 2014. Une bande de 5 néo-nazis attaque des adolescents mineurs, dans la rue. Ils croient avoir reconnu «des antifas». Les nostalgiques d’Hitler sortent des couteaux. Deux jeunes sont poignardés dans le dos. Et tabassés.
- Avril 2018, des dizaines de membres du Bastion social, un groupuscule néofasciste, organisent une descente devant un concert contre le racisme, et cognent des participants. Non seulement la justice ne poursuivra qu’un seul des fascistes arrêté sur place – les 8 autres ayant bénéficié d’un «non lieu» inexplicable – mais un antifasciste qui n’avait fait que s’interposer lors de cette agression se retrouve condamné.
- Février 2019 : des dizaines de néo-nazis attaquent une manifestation de Gilets jaunes qui portaient une banderole «fachés mais pas fachos» avec des fumigènes, des engins explosifs, des ceinturons et des bâtons. Deux semaines plus tôt, une trentaine de militants d’extrême droite et de hooligans avait déjà chargé un cortège de Gilets jaunes, causant de nombreux blessés.
- Juillet 2019, après la victoire de leur équipe de football, les supporters algériens qui font la fête dans la rue sont attaqués par des néo-nazis, à coups de barres de fer, aux cris de «sales bougnoules». La police tire des balles en caoutchouc vers les supporters agressés, un jeune est éborgné.
- Décembre 2019, une vingtaine d’individus cagoulés, armés de fumigènes et de barres de fer attaquent le bar «La pinte douce», considéré comme un repaire de gauche. Il est entièrement dévasté, et devra fermer peu après. Il avait été attaqué quelques mois plus tôt à coups de bélier. Sur Telegram, l’extrême droite revendique ces actions.
- Avril 2021, une cinquantaine de fascistes attaquent la marche des fiertés à coups de marteau et de couteau. Dans le même temps et toujours à Lyon, un groupe fasciste Turc, les «Loups Gris» tente de s’en prendre à la manifestation de commémoration du génocide arménien.
- Mars 2021, une poignée de néo-nazis déambulent dans les rues de Lyon, à grand renfort de virilisme et de slogans nationalistes. Ils s’arrêtent devant les vitrines de La Plume Noire, une librairie dont le local sert à distribuer de la nourriture aux plus précaires. Ils fracassent la vitrine et taguent des croix celtiques. Tout est revendiqué en vidéo par l’extrême droite. La librairie a de nouveau été la cible de dégradations ces derniers jours.
- Juin 2022, Adrien Lasalle, 25 ans, figure de l’extrême droite locale et cadre de Génération identitaire, donne des coups de couteau à deux personnes qui collaient des affiches pour le candidat de gauche Raphaël Arnault, dans le cadre des législatives. Une victime est touchée au cou, une autre esquive et se fait entailler le bras.
- Octobre 2022, 5 néonazis, dont Sinisha Milinov, porte-parole des Remparts Lyon, l’organisation créée après la dissolution de Génération Identitaire, attaquent deux Maghrébins à la sortie d’une boîte de nuit. Ryad et Alexis reçoivent 12 coups de couteau. 25 points de suture au visage pour Alexis après un coup destiné à le défigurer. Il a failli mourir et dû être opérée en urgence. Son ami est blessé à l’œil.
- Décembre 2022, un soir de match France-Maroc, des dizaines de militants néonazis attaquent des supporters marocains aux cris de «on est chez nous» et «la France aux français». L’un d’eux, vêtu de noir, frappe avec une masse, un outil qui peut tuer quelqu’un (notre photo). La scène se déroule sous l’œil bienveillant des forces de l’ordre. Les témoins sur place assurent que les agresseurs ont pu se replier derrière la ligne de policiers, qui les ont laissé repartir, avant de tirer au LBD sur la foule qui ripostait.
- Le même mois, un jeune homme qui distribue des tracts contre les locaux d’extrême droite est tabassé en plein jour.
- Novembre 2023 à Lyon, une milice armée d’une cinquantaine de néo-nazis attaque une conférence organisée par le collectif Palestine 69 à coups de battes, de barres de fer, de bâtons et d’engins incendiaires. 6 personnes sont blessées, des dizaines de traumatisés. «On a cru que notre heure était venue», confie une participante.
- Décembre 2023, au petit matin devant un bar lyonnais. Un groupe d’une dizaine d’individus d’extrême droite passe à tabac deux personnes d’origine maghrébine en leur criant «Sales bougnoules, bientôt, il n’y aura plus de Musulmans en France».
- Juin 2024, après une manifestation contre l’extrême droite, 50 néo-nazis organisent une descente dans la Croix Rousse, quartier réputé pour être marqué à gauche. Ce cortège scande «on est nazi putain», et attaque des terrasses de bar à coup de chaînes de vélo et ceinturons. Plusieurs blessés.
- Dans ce même quartier, on recense deux attaques contre Radio canut, une radio militante, en 2017 et 2018, cinq attaques contre le local du Parti communiste français entre 2013 et 2018, et des descentes régulières contre les bars de gauche, librairies ou locaux.
- Septembre 2025, dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon, la chanteuse et chorégraphe Dorothée Munyaneza, le musicien Ben LaMar Gay et le poète Julianknxx ont été frappé-es et insulté-es parce que noir-es : «Nous, on aime Trump ! Est-ce que vous aimez Donald Trump ? Sale n**** rentrez chez vous !»
Cette liste déjà terrifiante est loin d’être complète. Pas un mois ne passe à Lyon sans une nouvelle agression. Et depuis ce recensement, d’autres affaires graves ont eu lieu en région Lyonnaise. Le 6 janvier 2026, des promeneurs découvraient un corps sous une couche de glace, dans un étang gelé du Rhône. La victime était un jeune homme d’origine maghrébine, âgé de 20 ans. Depuis, une information judiciaire a été ouverte pour «meurtre commis en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion». Le 19 janvier, un lycéen syrien de 17 ans était lacéré au visage à Décines-Charpieu, par trois individus cagoulés. Le parquet de Lyon ouvrait une enquête pour violences aggravées à caractère raciste. Il faut souligner que dans l’écrasante majorité des cas, la police n’arrête aucun auteur, les enquêtes ne sont pas menées, et parfois même, les plaintes sont refusées. Dans d’autres cas, les victimes ne portent pas plainte par peur ou refus, et les agressions ne sont donc pas comptabilisées. Lors des rares affaires donnant lieu à un procès, les magistrats font tout pour épargner les militants d’extrême droite, avec des poursuites et des peines minimales.
C’est dans ce contexte qu’ont émergé les collectifs antifascistes lyonnais : c’est tout simplement une question de survie. Quand l’extrême droite sème la terreur, dispose de locaux, et que les autorités laissent faire, que reste-t-il ? C’est la brutalisation maximale de la société et les attaques racistes de l’extrême droite qui nourrissent l’autodéfense populaire. Jamais l’inverse.
La rixe fatale initiée par Quentin Deranque et ses amis fascistes le 12 février n’est, finalement, que le dernier épisode de cette série dramatique, qui a détruit des dizaines de vies. Non seulement les antifascistes ne font que répondre, mais ils ont été très courageux de relever la tête dans un contexte aussi violent. Pourtant, vous n’entendrez jamais parlez de la centaine d’attaques qui ont précédé cette affaire durant les 15 dernières années.
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