USA : l’antifascisme n’est pas un crime, mais il est désormais traité comme du terrorisme


Fuite en avant néofasciste : au Texas, neuf antifascistes condamné·es pour «terrorisme» pour avoir lutté contre un centre de détention pour migrants. En France, la droite et l’extrême droite aimeraient s’en inspirer.


Un feu d'artifice éclate devant un centre de détention de l'ICE, au Texas. De quoi être inculpé pour terrorisme pour 9 antifascistes étasunien·nes

Conséquence directe du décret pris par Donald Trump en 2025 qui classe les organisations «antifas» comme terroristes, cette première condamnation aux relents bruns crée un précédent inquiétant.

L’affaire commence le 4 juillet 2025, le jour de la fête nationale étasunienne, lorsque neuf activistes de gauche participent à une manifestation devant un centre de détention pour migrants de l’ICE au Texas. Symbole des exactions de la milice privée raciste de Trump, ces centres – comparables aux Centres de Rétention Administrative (CRA) en France, en plus gros – sont régulièrement pointés du doigt pour leurs conditions de détention s’apparentant à de la torture. En 2025, 32 sans-papiers sont morts dans ces camps d’enfermement aux États-Unis.

Pour avoir tiré des feux d’artifice sur les locaux de l’ICE et tagué les mots «Traître» et «Porc de l’ICE», les militant·es sont donc condamné·es et considéré·es comme «terroristes», contre toute cohérence historique et morale. Les médias à la botte de l’internationale réactionnaire, y compris en France, parlent «d’assaut» pour qualifier la manifestation, alors qu’il ne s’agit que de dégradations légères. Dans le même temps, les suprémacistes blancs et les masculinistes étasuniens tuent, commettent des crimes de masse, sans que la qualification terroriste ne soit retenue contre eux. Avec ses décrets, Trump veut étouffer toute forme d’opposition dans le pays. Quiconque confronterait les agents de l’ICE pourra demain être arrêté, accusé de terrorisme intérieur et enfermé.

Cette instrumentalisation inquiétante de la justice, mêlée à une campagne de diabolisation assidue de l’extrême droite, occasionne un précédent dangereux en matière de jurisprudence, et légitime les revendications similaires de l’extrême droite européenne. Ainsi, en Hongrie, le dirigeant ultranationaliste Viktor Orban, chien de garde préféré de Trump, a lui aussi signé un décret en septembre 2025 qui classe l’antifascisme au rang des activités terroristes. Des militant·es antifascistes sont recherché·es et traqué·es à travers toute l’Europe pour avoir participé à une mobilisation contre des néonazis à Budapest en février 2023. Maja, antifasciste allemand·e non-binaire, qui avait participé à la manifestation, a été condamné·e le 4 février 2026 à 8 ans de prison dans une parodie de procès pour s’être opposé·e physiquement à des nostalgiques du 3eme Reich.

En France, c’est le Parquet National Antiterroriste qui a été saisi après la mort du nazi Quentin Deranque. Ce choix judiciaire est passé inaperçu alors que c’est un précédent extrêmement grave : les autorité entérinent le fait qu’une bagarre qui a dégénéré s’apparente à du terrorisme ! Demain, cela veut dire que les services antiterroristes pourront de nouveau être appelés pour identifier, surveiller ou pourchasser d’autres antifascistes.

La police antiterroriste avait déjà été déployée pour arrêter des membres des Soulèvements de la terre en 2023. Les écologistes qui s’opposaient aux méga-bassines étaient alors qualifié·es « d’eco-terroristes » par Darmanin dans les médias. Ce qualificatif forgé dans les années 80 aux États-Unis et utilisé par le FBI contre les mouvements de libération animale outre-Atlantique début 2000, puis réutilisée par le pouvoir macroniste, visait à justifier la répression barbare et criminelle des forces de l’ordre à Sainte-Soline le 25 mars 2023.

En ces temps d’inversion du réel, souvenons-nous d’une constante historique : les régimes qui ont désigné comme terroriste l’antifascisme s’appelaient Allemagne Nazie, Italie fasciste ou l’Espagne Franquiste. Mais aussi le Régime de Vichy : nous avons tous appris sur les bancs de l’école que la propagande pétainiste désignait la résistance comme étant «terroriste». Dans leur croisade anti-antifasciste – c’est-à-dire fasciste – n’oublions pas non plus que ceux qui veulent nous faire croire que la lutte contre l’extrême droite serait une menace sont les mêmes qui transforment un signe SS en symbole de rap et organisent une minute de silence pour un nazi assumé.

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