Rien ne va plus pour Trump aux États-Unis


Moins d’un an et demi après son retour au pouvoir, et après un début de mandat aussi sanguinaire que pathétique, Donald Trump se retrouve dans une sauce pas possible. Et il va avoir bien du mal à en sortir, car c’est désormais son propre camp qui se retourne contre lui. On récapitule.


L'image publiée par Donald Trump le représente en Jésus réalisant un miracle.

Le miracle de la discorde

Le 12 avril, le compte officiel du président des USA publie un montage christique généré par Intelligence Artificielle. Trump apparait au centre, en Christ thaumaturge, c’est-à-dire en guérisseur, détournant ainsi l’iconographie sacrée de la religion chrétienne, de Jésus accomplissant des miracles. Trump en tunique soigne donc un homme inconscient d’une main, et porte la lumière de l’autre, devant un drapeau des USA, des avions de guerre, un soldat, des feux d’artifice et de curieux personnages dans le ciel, auréolés de lumière. Dont une silhouette centrale avec des cornes. D’un point de vue religieux, dans un pays qui n’est pas laïc, cette image est blasphématoire en plus d’être mégalomane.

Trump n’est pas à une horreur près sur les réseaux sociaux : en février, il avait posté une vidéo caricaturant Barack et Michelle Obama en singes. Avant cela, il avait généré une vidéo le montrant en train de bombarder une manifestation avec des avions de guerre chargés de matières fécales. Mais cette fois-ci, c’est sa base électorale, composée d’évangélistes et de conservateurs religieux, qui est outrée. Certains membres du mouvement MAGA qualifient même leur ancien champion «d’Antéchrist». L’éditorialiste protestante et réactionnaire Megan Basham écrit : «Je ne sais pas si le président pensait être drôle, s’il est sous l’emprise d’une substance quelconque, ou quelle explication possible il pourrait bien avoir pour ce blasphème SCANDALEUX. Mais il doit retirer [ce montage] immédiatement et demander pardon au peuple américain, puis à Dieu».

Bref, aux USA, on peut vendre des armes à des enfants, arborer des symboles nazis dans la rue et considérer un génocide comme une mission divine, mais pas question de s’en prendre à l’image du Christ.

Un recul inédit

Trump a donc supprimé en urgence son image, ce qui est inédit, et a bégayé des explications ridicules à la télévision : «Je pensais qu’il s’agissait de moi en tant que médecin. Et cela avait trait à la Croix-Rouge – en tant que bénévole de la Croix-Rouge, une organisation que nous soutenons ; il n’y a que les fake news pour inventer une histoire pareille».

Il avait pourtant tout fait pour satisfaire les mouvements religieux intégristes. Trump a notamment créé un «bureau de la foi» à la Maison Blanche pour «renforcer la place de la religion dans le pays», qui a organisé des prières autour du président. Ce bureau est dirigé par une fanatique d’extrême droite liée aux intégristes. Un habitant des États-Unis sur cinq se définit en effet comme évangéliste, et leur soutien est décisif pour gagner une élection. Il vient de les perdre.

Trump VS Léon XIV

Trump s’est aussi mis à dos les catholiques la même semaine. Il a publié une violente attaque contre le pape Léon XIV, pour avoir critiqué la guerre en Iran. «Je ne veux pas d’un pape qui estime qu’il est acceptable que l’Iran possède l’arme nucléaire» avait-il menacé. Le souverain pontife a répondu : «Je n’ai aucune crainte ni de l’administration Trump ni de proclamer haut et fort le message de l’Évangile – ce que je crois être ma mission ici-bas».

Trois jours plus tôt, le Pape avait déclaré : «Assez de l’idolâtrie de soi et de l’argent ! Assez de l’étalage de puissance ! Assez de la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie». Ce qui avait déjà courroucé Donald Trump. Le président américain affirme qu’il ne présentera pas d’excuses, qualifiant le chef de l’Église catholique de «très faible». Les catholiques sont une minorité religieuse aux USA, mais perdre leur soutien pourrait aussi porter préjudice au Républicain.

Perte d’influence

Les influenceurs d’extrême droite ont été un soutien capital dans la conquête du pouvoir par Donald Trump. Réactionnaires, racistes, misogynes et complotistes, ils s’appellent Tucker Carlson, Megyn Kelly, Candace Owens ou Alex Jones. Ces figures influentes sur les réseaux sociaux représentent des dizaines de millions d’abonnés, et menaient le combat numérique pour Trump depuis des années.

Ces dernières semaines, ces influenceurs ont critiqué la guerre lancée contre l’Iran, et certains remettent même en doute le soutien inconditionnel des USA à Israël. Le 9 avril, il leur a répondu par un texte violent sur son réseau Truth Social. «Ils ont un QI bas. Ils sont stupides. Ce sont des losers qui essaient simplement de se raccrocher au mouvement Maga». Outre que le président de la première puissance mondiale se ridiculise en insultant ses anciens copains en ligne comme un vulgaire troll, ce conflit risque lui aussi de faire du mal du côté des jeunes soutiens du Trumpisme, qui ont été endoctrinés par la sphère réactionnaire en ligne.

La CIA contre Trump

L’ancien directeur de la CIA John Brennan rejoint lui aussi le front anti-Trump. Celui qui dirigeait l’officine criminelle et secrète supervisant les missions impérialistes des USA depuis des décennies considère à son tour que le président va trop loin. «Cette personne est manifestement dérangée, a-t-il déclaré samedi auprès du média américain MS Now. Je pense que le 25e amendement a été rédigé en pensant à Donald Trump».

Cet amendement permet de destituer un président qui n’a plus les capacités de diriger. Il faut dire que la CIA travaille depuis toujours à maintenir, coûte que coûte, l’hégémonie des USA dans le monde, et ne doit pas voir d’un bon œil les catastrophes diplomatiques en série du clan Trump, qui n’ont fait qu’isoler l’influence étasunienne ces derniers mois.

Coup de semonce

Enfin, les sénateurs et élus démocrates à la Chambre des représentants veulent aussi destituer Trump. Après les menaces nucléaires de ce dernier contre l’Iran, ils ont déclaré que Trump était «inapte» à gouverner. «Nous ne pouvons rester les bras croisés alors que Donald Trump menace d’anéantir une civilisation entière» a résumé le sénateur Ed Markey. Mais une telle procédure d’impeachment nécessite un vote à la majorité simple à la Chambre des représentants puis un vote à la majorité des deux tiers au Sénat pour aboutir, et les deux Chambres du Congrès sont à majorité républicaine. Cela reste un coup de semonce.

Contesté à l’international, dans les rues des villes américaines, par la classe politique et au sein même de son camp politique à la veille d’élections de mi-mandat, le Trumpisme commence à avoir chaud, et pourrait bien ne pas aller jusqu’au bout du mandat prévu.

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