Une note interne de Place Publique révèle les «cibles à éviter» pour le candidat : les pauvres et les classes populaires

Raphaël Glucksmann ne cesse de le répéter : il est un homme «de gauche» fidèle à des valeurs comme «la justice sociale» et fait campagne pour «tous les Français». On peut le croire sur parole, si on oublie que Raphaël Glucksmann a d’abord animé un micro-parti de droite appelé «Alternative libérale», avant de rejoindre les rangs de Nicolas Sarkozy. Aux côtés de son papa André, ancien philosophe de gauche devenu néo-conservateur, Raphaël a assisté aux meetings de l’ancien président mafieux lors de sa campagne de 2007. Il a ensuite offert ses conseils à Sarkozy.
À cette époque, il est aussi conseiller officiel du président autoritaire de la Géorgie, Mikheïl Saakachvili, qui mène une politique néolibérale et pro-occidentale, et sabre les droits des travailleurs. Glucksmann se justifie aujourd’hui en disant qu’il le considérait comme «avant tout un ami», et qu’il a fait l’intermédiaire entre le pouvoir géorgien et le gouvernement français. Au pouvoir, Saakachvili s’en prend aux médias, réprime les manifestations, des cas de torture sont révélés dans les prisons, et il finira poursuivi, détesté, et devra quitter la Géorgie.
Glucksmann est aussi animateur d’une revue conservatrice et belliciste nommée «Le Meilleur des mondes», qui diffuse en France une propagande pro-USA et soutient notamment la présidence de George Bush et la guerre en Irak, reprenant les théories sur le choc des civilisations. Il est donc, dès sa jeunesse, un agent d’influence de l’impérialisme étasunien dans le débat public français. En 2017, assez logiquement, Glucksmann se dit «fier» de l’élection de Macron.
Depuis 2024, tout aussi logiquement, il est soutenu par les réseaux néoconservateurs et macronistes : Alain Minc, Manuel Valls, Xavier Niel, Daniel Cohn-Bendit ou François Hollande. Sa «famille» et son «histoire» ce sont ces cercles-là : milliardaires, néolibéraux, impérialistes. En juin 2024, l’élu centriste Bernard Guetta demandait : «Pourquoi Raphaël Glucksmann n’est pas avec nous ? Au Parlement européen, 9 fois sur 10, il vote les mêmes textes que nous».
Si c’était encore nécessaire, la publication d’une note interne de son parti Place Publique par le média Politico fait voler en éclats les discours creux de Glucksmann, et révèle une réalité encore moins reluisante.
Ce sont donc 48 pages d’un document pathétique qui ont fuité dans la presse, dans laquelle les équipes de Glucksmann multiplient les clichés déshumanisants sur son électorat potentiel. La note a été rédigée par Mathieu Lefèvre-Marton, un individu qui se décrit sur internet comme «social-entrepreneur» et qui a intégré le micro-parti du candidat. Il a bien travaillé : selon lui, Glucksmann a son public tout trouvé pour les présidentielles, «Les Fidèles ». En substance, les CSP+, «cadres sup, surtout dans le public» et de préférence dans «les moyennes et grandes métropoles». Candidat de tous les Français, oui, sauf s’ils ont le malheur d’êtres pauvres.

Plus grave, une page du document étrille directement les personnes «CSP -» gagnant «moins de 1500 euros», habitant «les banlieues» ou certains régions hostiles au parti. En gros, les personnes les moins favorisées. Ces fiches sont illustrées par des images générées par IA et des profils fictifs. Il faudrait séduire «Gérard de Guérande», vieux bourgeois macroniste, et «Nathalie de Nantes», professeure bobo qui regarde C dans l’air, ou encore «Romain de Romainville», qui n’aime pas les «woke», mais jeter sous le bus les habitants des quartiers populaires ou les ouvriers.
Nous tenons à souligner que, sociologiquement, ce rapport commet une erreur particulièrement grave : si Nathalie est une vraie nantaise, elle lit Contre Attaque et a déjà affronté les forces de l’ordre pour empêcher l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Nathalie n’a donc aucune envie de voter pour un néolibéral, productiviste et pro-police. Nous nous tenons à disposition des équipes de Place Publique pour les aider à corriger leurs bêtises, au tarif en vigueur dans les cabinets de conseil incompétents qu’ils ont rémunéré.
Blague à part, ces quelques pages sont largement suffisantes pour illustrer la froideur désintéressée d’un candidat qui n’a décidément rien envier à Emmanuel Macron. Ce rapport s’inscrit dans la continuité de la ligne «Terra Nova» validée par le PS en 2012 : une politique néolibérale, abandonnant définitivement toute idée de lutte des classes, au profit d’un discours moral vaguement progressiste.
Face à la polémique, Glucksmann se défend et explique qu’il a «jeté» ce rapport, et qu’il ne correspond en rien à sa vision politique. Cela n’abuse personne, car son entourage parle pour lui. Place Publique est un appareil à recycler des macronistes en fin de carrière. On y trouve Aurélien Rousseau, ex-ministre macroniste, Sacha Houllié, ancien député macroniste et cofondateur des «Jeunes avec Macron», Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère dans les cabinets d’Édouard Philippe et de Jean Castex, qui a élaboré la réforme des retraites. Quand Glucksmann se prétend de gauche, même les macronistes rigolent.
Au-delà de cette candidature, ces notes internes incarnent à elles seules la déconnexion absolue des classes politiques avec les populations qu’elles prétendent aider. Ces gens réfléchissent en part de marché, en niches électorales, et considèrent le peuple comme du bétail face auquel il faut trouver les meilleures stratégies pour les duper. Finalement, une campagne politique c’est ça. Des sondages, des statistiques, des tableaux. Des personnes transformées en «conquêtes» et réduites à leur simple vote, ni plus ni moins.
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