Glucksmann ou le comique involontaire

Raphaël Glucksmann sur France Inter, pour cracher sur LFI et la gauche en général. Un comique qui fait rire jaune.

Les blagues s’écrivent toutes seules. Après avoir mené toute la campagne municipale – mais aussi les précédentes – sur les plateaux télé à vomir la France Insoumise, Raphaël Gluckmann a mis son réveil très tôt lundi 23 mars. En ce lendemain d’élections municipales, il a enfilé sa petite cravate, son costard, avant de se rendre en taxi chez Radio France, où il était invité à commenter les résultats du scrutin. Sur la base de quelle légitimité ? On se demande. Toujours est-il qu’il a de nouveau prononcé un discours aussi violent que comique.

En agitant ses bras, Raphaël Glucksmann criait : «LFI n’est pas de gauche. Ce n’est pas notre famille, ce n’est pas notre histoire, ce n’est pas nos traditions !» puis «Nous sommes la gauche, nous sommes la gauche qui peut gagner !»

De quelle «famille» et de quelle «histoire» parle Raphaël Glucksmann ? L’éditorialiste Benjamin Duhamel ne lui demandera pas.

Raphaël Glucksmann a d’abord animé un micro-parti de droite appelé «Alternative libérale», avant de rejoindre les rangs de Nicolas Sarkozy. Aux côtés de son papa André, ancien philosophe de gauche devenu néo-conservateur, Raphaël a assisté aux meetings de Sarkozy en campagne en 2007, puis il a offert ses conseils au président de droite extrême.

À cette époque, il est aussi conseiller officiel du président autoritaire de la Géorgie, Mikheïl Saakachvili, qui mène une politique néolibérale et pro-occidentale, et sabre les droits des travailleurs. Glucksmann se justifie aujourd’hui en disant qu’il le considérait comme «avant tout un ami», et qu’il a fait l’intermédiaire entre le pouvoir géorgien et le gouvernement français. Au pouvoir, Saakachvili s’en prend aux médias, réprime les manifestations, des cas de torture sont révélés dans les prisons, et il finira poursuivi, détesté, et devra quitter la Géorgie.

Glucksmann est aussi animateur d’une revue conservatrice et belliciste nommée «Le Meilleur des mondes», qui diffuse en France une propagande pro-USA et soutient notamment la présidence de George Bush et la guerre en Irak, reprenant les théories sur le choc des civilisations. Il est donc, dès sa jeunesse, un agent d’influence de l’impérialisme étasunien dans le débat public français. En 2017, assez logiquement, Glucksmann se dit «fier» de l’élection de Macron.

Depuis 2024, tout aussi logiquement, il est soutenu par les réseaux néoconservateurs et macronistes : Alain Minc, Manuel Valls, Xavier Niel, Daniel Cohn-Bendit ou François Hollande. Sa «famille» et son «histoire» ce sont ces cercles là : milliardaires, néolibéraux, impérialistes.

Son parti Place Publique est sur la même ligne : c’est un appareil à recycler des macronistes en fin de carrière. On y trouve Aurélien Rousseau, ex-ministre macroniste, Sacha Houllié, ancien député macroniste et cofondateur des «Jeunes avec Macron», Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère dans les cabinet d’Édouard Philippe et de Jean Castex, qui a élaboré la réforme des retraites. Quand Gluckmann se prétend de gauche, même les macronistes rigolent.

En juin 2024, l’élu centriste Bernard Guetta demandait : «Pourquoi Raphaël Glucksmann n’est pas avec nous ? Au Parlement européen, 9 fois sur 10, il vote les mêmes textes que nous». Sur un échiquier politique normal, ce pitre de Glucksmann et ses copains seraient considérés comme appartenant à la droite radicale, libérale, autoritaire et militariste. Et c’est cet individu qui décerne des brevets de gauche !

Le 23 mars, France Inter n’a pas non plus demandé sur quelle base Raphaël Glucksmann peut se proclamer comme étant «la gauche qui peut gagner». Car les chiffres ne mentent pas : sur l’ensemble des élus de gauche au municipales au premier tour, Place publique ne représente que 0,3% de ceux-ci. C’est le constat sans appel du journal Politis.

Place Publique n’a même pas eu la force de présenter ses propres listes, et n’a aligné que 570 candidats aux municipales dans toute la France. Cela veut dire que ce parti a si peu d’adhérents qu’il n’est pas capable de composer des listes. 62 conseillers municipaux Place Publique entrent donc dans les mairies, sur 35.000 communes en France. Et sans le soutien du PS, ce serait probablement proche de zéro.

Plus drôle encore, la «gauche qui peut gagner» de Glucksmann vient de perdre la seule mairie d’une ville de plus de 10.000 habitants qu’elle dirigeait : Saint-Brieuc. Et pas pour n’importe quelle raison : la mairie passe à droite parce que Place Publique a refusé de s’allier avec LFI !

Au second tour, le candidat Glucksmannien affrontait un candidat de droite, et réalisait 40% des voix contre 44% pour le gagnant. LFI, qui s’était maintenue faute d’accord, faisait 8%. Si le maire Place Publique avait accepté l’accord proposé par LFI, il aurait largement remporté l’élection. Il s’est donc suicidé politiquement. Par dogmatisme. Parce qu’il préfère voir gagner la droite que de laisser la moindre place à la gauche. C’est un bon résumé de ce que sont Glucksmann et son parti : une minuscule machine bénéficiant d’une médiatisation XXL, pour préparer le terrain au fascisme.

Le seul vrai mystère dans tout cela, c’est comment un clown de droite agaçant, sans talent ni soutien populaire, sans militant ni ancrage, ne représentant rien nulle part et pour personne, peut bénéficier de tous les plateaux télé et radio pour distribuer les bons points depuis plusieurs années maintenant ?

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